Entre une information annoncée devant les membres du Conseil national de l’Istiqlal et la rectification qui a suivi, les dernières heures ont été marquées par l’un des revirements les plus révélateurs des consultations pour la formation du prochain gouvernement.
La première information était claire : le Parti authenticité et modernité aurait décidé de ne pas s’allier au Rassemblement national des indépendants.
Nizar Baraka, secrétaire général de l’Istiqlal, a relayé cette information devant les membres du Conseil national de son parti. Dans la salle, elle a été accueillie par des applaudissements. À ce moment-là, le scénario semblait presque écrit : l’un des principaux partis de la précédente majorité aurait été écarté des premières équations de la nouvelle coalition, tandis que le PAM aurait déjà tranché l’une des questions les plus sensibles avant même que l’architecture du gouvernement ne soit connue.
Puis le récit a changé.
Il est apparu que le Parti authenticité et modernité n’avait pas, selon les éléments disponibles, pris de décision officielle visant à exclure le RNI. Baraka a alors rectifié les propos qui lui avaient été attribués.
Cette rectification aurait pu rester une simple correction politique.
Elle prend une autre dimension à la lumière de ce qui s’est passé ensuite.
Selon des sources proches des consultations, les canaux de communication entre des dirigeants du PAM et du RNI n’étaient pas fermés. Des rencontres et des contacts auraient même eu lieu ces derniers jours avec Mohamed Chouki, président du RNI, dans le cadre de discussions portant sur une éventuelle participation du parti à la majorité que cherche à constituer Fatima Zahra Mansouri.
Autrement dit, l’image apparue devant le Conseil national de l’Istiqlal ne correspondait pas, selon ces mêmes sources, à l’état réel des discussions en coulisses.
C’est à partir de là que commence la véritable question politique.
Il ne s’agit plus seulement de savoir si le RNI participera ou non au prochain gouvernement.
Les discussions auraient déjà dépassé cette étape pour entrer dans une phase plus concrète : sous quelle forme le parti participerait-il et avec quel poids, notamment en matière de portefeuilles ministériels ?
Le changement est loin d’être secondaire.
Le parti qui apparaissait, quelques heures plus tôt, comme écarté des calculs gouvernementaux se retrouve désormais, selon les informations disponibles, autour d’une table où l’on discute des conditions de sa participation et de sa place au sein de la future majorité.
Il serait toutefois prématuré de parler de portefeuilles définitivement attribués au RNI ou de fixer dès maintenant le poids exact de sa représentation gouvernementale. Ces éléments restent soumis à la négociation et peuvent évoluer jusqu’au dernier moment.
Mais le passage de la question « le RNI entre-t-il au gouvernement ? » à celle de « à quelles conditions et avec quels portefeuilles ? » indique déjà que la porte n’était pas aussi fermée que les premières déclarations pouvaient le laisser penser.
Mohamed Chouki aborde, lui aussi, cette nouvelle séquence avec une marge de manœuvre différente.
Le président du RNI a obtenu de son parti un mandat pour gérer le dossier de la participation gouvernementale. Il dispose donc d’un espace de négociation pour défendre directement les intérêts du parti, plutôt que de se contenter d’attendre la décision de la future majorité.
Ce mandat prend une importance particulière si les informations faisant état d’une rencontre entre Chouki et Fatima Zahra Mansouri lundi se confirment.
La rencontre devrait se tenir dans la « villa » connue pour accueillir une partie des consultations, à l’écart du siège du PAM à Agdal.
Le lieu, en lui-même, ne permet évidemment pas de tirer des conclusions politiques. C’est la nature de la rencontre qui mérite davantage d’attention.
D’un côté, la cheffe du gouvernement désignée cherche à construire une nouvelle majorité parlementaire. De l’autre, le président d’un parti qui dirigeait le précédent gouvernement arrive avec un mandat clair pour négocier sa participation.
La question ne sera donc plus théorique.
Elle portera sur les conditions concrètes permettant de transformer une proximité politique en participation gouvernementale.
C’est précisément à ce moment que les portefeuilles entrent dans l’équation.
Le RNI ne négocie pas comme une formation découvrant pour la première fois l’exercice gouvernemental. Il sort de cinq années à la tête de l’Exécutif, avec une expérience dans la gestion de plusieurs secteurs majeurs et un poids politique qui ne peut être dissocié de cette expérience.
Face à lui, Mansouri tente de bâtir une équipe différente, avec sa propre architecture et ses propres priorités.
La négociation ne porte donc pas uniquement sur le nombre de ministres que chaque parti pourrait obtenir. Elle touche aussi à la nature des secteurs confiés à chacun et, derrière les portefeuilles, à la capacité réelle d’influer sur l’action du gouvernement.
C’est souvent à ce niveau que les équilibres d’une coalition prennent leur véritable forme.
Chaque parti cherche une représentation à la hauteur de son poids politique et parlementaire. Le chef du gouvernement, lui, doit conserver suffisamment de latitude pour conduire son équipe selon ses priorités. Entre ces deux exigences se joue une partie des négociations qui n’apparaît généralement pas dans les communiqués officiels.
Le nom de Mohamed Chouki devient ainsi central dans cette nouvelle phase.
Si la rencontre avec Mansouri a bien lieu comme annoncé, les deux parties devront aborder des questions très concrètes : quel niveau de participation pour le RNI ? Quels secteurs le parti souhaite-t-il obtenir ? Que peut accepter Mansouri ? Et jusqu’où chaque partie est-elle prête à aller dans les concessions ?
Les réponses ne sont pas encore connues.
Une chose, en revanche, apparaît plus clairement : le scénario d’une mise à l’écart du RNI n’a pas résisté longtemps à la poursuite des contacts politiques avec le parti.
C’est ici que l’épisode Nizar Baraka revient dans le tableau.
Le point important n’est pas seulement qu’une information ait été annoncée puis corrigée. C’est aussi son timing et sa portée. Parler de l’exclusion d’un parti entier d’un futur gouvernement n’est pas une donnée interne à la vie d’un parti. Une telle information modifie immédiatement la lecture des rapports de force et de la future majorité, surtout lorsqu’elle est annoncée devant l’instance nationale d’un parti directement concerné par les consultations.
Quant à savoir comment cette information est arrivée jusqu’à Baraka, s’il s’agissait d’une mauvaise interprétation d’une position interne au PAM, d’une information transmise de manière imprécise ou d’une lecture politique formulée avant qu’une décision ne soit réellement arrêtée, les éléments disponibles ne permettent pas, à ce stade, d’en faire une certitude.
La rectification a néanmoins eu un effet immédiat sur la lecture du dossier.
Alors que certains, au sein du « Parlement » de l’Istiqlal, pouvaient considérer l’exclusion du RNI comme acquise, les canaux de négociation continuaient, selon nos sources, à fonctionner dans la direction opposée.
C’est précisément ce qui donne aux dernières vingt-quatre heures leur intérêt dans la lecture de la formation du prochain gouvernement.
La question ne se résume plus à savoir quel parti entre ou sort. Elle touche désormais aux rapports de force à l’intérieur même de la majorité que Mansouri tente de construire.
Et plus les discussions s’approchent de la répartition des portefeuilles, plus il devient évident que les partis ne négocient pas seulement leur présence au gouvernement. Ils négocient le poids qu’ils pourront conserver une fois à l’intérieur.
La rencontre entre Chouki et Mansouri pourrait apporter une première partie de la réponse.
Si elle se confirme, les consultations passeront d’une phase de calculs généraux à une négociation beaucoup plus directe : celle de la répartition des responsabilités.
Il sera alors possible de mesurer si la participation du RNI au prochain gouvernement relève d’une simple présence numérique ou si elle s’accompagne d’un poids politique et sectoriel significatif.
Quant à l’histoire du « veto » apparue devant le Conseil national de l’Istiqlal, elle se retrouve désormais face à une question beaucoup plus concrète : que restera-t-il de cette mise à l’écart lorsque les dossiers et les portefeuilles seront posés sur la table ?
Pour l’heure, une chose est établie : le RNI n’est pas sorti des consultations, Mohamed Chouki négocie au nom de son parti et Fatima Zahra Mansouri cherche à construire une nouvelle majorité.
Pour le reste, la répartition des cartes se joue encore à huis clos.


