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Après la résolution 2797… le rapport de Guterres documente l’attaque de Smara contre une zone civile et révèle les restrictions imposées à la MINURSO

Le rapport du Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, daté du 1er octobre 2026, n’avait pas besoin d’un langage politique particulièrement dur pour faire apparaître une réalité claire sur le terrain : après l’adoption de la résolution 2797, qui a relancé le processus politique et placé la proposition marocaine d’autonomie au centre des négociations, les activités militaires n’ont pas disparu. L’un des incidents les plus clairement établis est survenu à Smara, le 5 mai 2026, lorsqu’un tir a atteint une zone civile et blessé une personne.

Présenté au Conseil de sécurité sous la référence S/2026/781, le rapport ne classe pas l’incident parmi les seules accusations contradictoires des parties. La MINURSO a enquêté sur les faits, constaté deux cratères d’impact ainsi que des fragments de projectiles, notamment à proximité d’un centre de détention, et fait état d’un civil blessé et de dégâts matériels.

Avant même la publication du rapport, les Nations unies avaient traité l’incident du 5 mai comme un tir de missiles attribué au Front Polisario à proximité de Smara. Le 7 mai, le bureau du Secrétaire général indiquait que l’Envoyé personnel Staffan de Mistura partageait les préoccupations de la MINURSO concernant cette attaque, après que la mission eut exprimé sa profonde inquiétude face à des tirs dans des zones civiles et appelé les parties à éviter toute action susceptible de porter atteinte au processus politique.

Ce qui donne à l’incident son poids dans le rapport de Guterres n’est donc pas seulement l’existence d’un civil blessé. C’est aussi sa place dans la séquence politique ouverte par la résolution 2797.

Adoptée par le Conseil de sécurité le 31 octobre 2025, cette résolution ne s’était pas limitée à proroger le mandat de la MINURSO. Elle avait demandé aux parties de s’engager dans des négociations et fait de la proposition marocaine d’autonomie la base de ces négociations, tout en maintenant l’objectif d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable. Elle avait également insisté sur le respect du cessez-le-feu et sur la nécessité d’éviter toute action susceptible de compromettre le processus politique.

Moins de sept mois après cette décision, les tirs de Smara sont intervenus dans une zone où vit une population civile, et non dans un secteur isolé du mur de sable. C’est ce qui donne à l’incident sa place particulière dans le rapport : la MINURSO y a établi la blessure d’un civil et des dommages matériels, alors même que l’ONU cherchait à exploiter la nouvelle ouverture politique pour réduire les tensions militaires.

Cela ne signifie pas que le rapport attribue tous les incidents militaires à une seule partie. Il présente au contraire une situation instable des deux côtés du mur. La MINURSO a continué de recevoir des informations sur des tirs du Front Polisario en direction des positions de l’armée marocaine situées sur ou à proximité du mur de sable, tout comme elle a reçu des informations faisant état de frappes de drones de l’armée marocaine à l’est du mur.

La différence apparaît lorsqu’on passe des déclarations aux enquêtes.

Entre le 1er octobre 2025 et le 15 août 2026, l’armée marocaine a signalé à la MINURSO 129 incidents de tirs à l’ouest du mur. Le rapport précise que, dans la plupart de ces cas, la mission n’a pas pu déterminer le lieu d’impact des projectiles ni y accéder. Les incidents sur lesquels elle a pu enquêter, à l’exception de celui de Smara, se sont produits dans des zones isolées et n’ont pas causé de dommages importants.

De l’autre côté du mur, la MINURSO a poursuivi ses enquêtes sur les frappes présumées de drones de l’armée marocaine. Le rapport relève toutefois une baisse importante du nombre et de la gravité des incidents faisant l’objet d’une enquête. Quatre frappes de drones seulement ont fait l’objet d’investigations pendant la période considérée. Trois ont causé des dommages à des véhicules sans faire de blessés ni de morts ; dans le quatrième cas, l’enquête n’a pas permis d’établir l’existence d’une frappe.

Ces éléments empêchent de réduire le rapport à une lecture militaire construite autour du récit d’une seule partie. Ils donnent en même temps à l’incident de Smara une particularité que le document établit précisément : un civil blessé dans une zone civile, alors que la résolution 2797 venait d’ouvrir une nouvelle fenêtre politique destinée à faire baisser le niveau de confrontation.

Et le rapport ne s’arrête pas aux tirs.

La MINURSO ne se déplaçait pas avec la même liberté des deux côtés du mur.

À l’ouest, entre le 1er octobre 2025 et le 15 août 2026, les patrouilles terrestres de la mission ont parcouru environ 296 164 kilomètres et effectué 8 076 visites auprès de positions, unités, points de déploiement et sites d’observation de l’armée marocaine. La mission a également effectué 152 vols de reconnaissance aérienne.

À l’est du mur, le Front Polisario a continué, selon le rapport, de limiter les mouvements des patrouilles terrestres de la MINURSO à un rayon ne dépassant pas 20 kilomètres autour de chaque site d’équipe, avec des restrictions supplémentaires à Tifariti et Mijek, où les patrouilles ont été limitées à des itinéraires déterminés et approuvés.

Plus important encore, les vols de reconnaissance par hélicoptère de la MINURSO sont restés interdits à l’est du mur depuis novembre 2020.

Cette restriction n’est pas un simple chiffre dans un rapport opérationnel. La mission chargée d’observer la situation militaire et de fournir aux Nations unies une image indépendante du terrain se trouve confrontée à des zones auxquelles elle ne peut accéder selon ses propres modalités. Dans certains cas, ses convois terrestres doivent obtenir une autorisation préalable.

Dans le même temps, le commandant de la force continue de ne pas pouvoir établir de contact direct avec le commandement militaire du Front Polisario. Les principales communications militaires passent toujours par des échanges écrits, tandis que les rencontres avec les officiers de liaison se déroulent dans certains sites déterminés.

Les chiffres eux-mêmes font apparaître le contraste : la MINURSO a pu parcourir des centaines de milliers de kilomètres et effectuer des milliers de visites à l’ouest du mur, alors que ses mouvements à l’est restent soumis à des périmètres et à des itinéraires définis, tandis que les vols de reconnaissance par hélicoptère y sont interdits depuis plusieurs années.

Le rapport ne dissimule pas pour autant les risques liés aux frappes, aux mines et aux munitions non explosées. La mission a continué d’enquêter sur des incidents liés aux frappes de drones et le Service de l’ONU chargé de l’action contre les mines a poursuivi ses opérations à l’est du mur, où subsistent des champs de mines et des zones contaminées par des sous-munitions nécessitant encore des opérations de déminage.

Même la situation financière de la mission entre dans cette réalité. Au 20 août 2026, les contributions évaluées mais non versées au compte de la MINURSO atteignaient environ 80,3 millions de dollars, avec des conséquences sur plusieurs activités de la mission, notamment la surveillance militaire, l’action contre les mines, les opérations aériennes et les services d’urgence.

Mais la difficulté centrale relevée par le rapport ne se résume pas au financement.

Guterres décrit un conflit entré dans sa sixième année d’hostilités de faible intensité, alors même que les contacts directs entre les parties ont repris après près de sept années d’interruption. Au cours du premier trimestre 2026, trois cycles de discussions ont été organisés avec la participation du Maroc, du Front Polisario, de l’Algérie et de la Mauritanie, avec l’appui et la facilitation des Nations unies et des États-Unis.

La résolution 2797 avait donné à cette dynamique politique une ouverture claire. Le rapport d’octobre place devant le Conseil de sécurité les faits intervenus depuis cette décision : les négociations ont repris, mais les tirs n’ont pas cessé ; une mission des Nations unies continue d’opérer, mais sa liberté de mouvement reste limitée dans une partie de sa zone d’action ; les tirs se poursuivent à proximité du mur ; un incident à Smara a atteint une zone civile ; et plusieurs frappes de drones à l’est du mur ont fait l’objet d’enquêtes, dans un contexte où leur nombre et leur intensité ont diminué.

C’est dans cette situation que Guterres recommande la prorogation du mandat de la MINURSO pour une année supplémentaire, jusqu’au 31 octobre 2027, en tenant compte de l’évolution du processus politique et en avertissant que l’absence de la mission pourrait accroître les risques d’une nouvelle escalade militaire.

Ce que le rapport documente n’est donc pas l’arrêt du processus politique, mais sa fragilité. Les négociations qui ont repris après des années d’impasse n’ont pas encore fait disparaître les tirs. L’accalmie relative ne s’est pas transformée en cessez-le-feu pleinement rétabli. Et la mission chargée d’observer le terrain continue de rencontrer des restrictions directes dans une partie de sa zone de responsabilité.

Au milieu de cette situation, l’incident de Smara reste l’un des faits les plus clairement établis du rapport : des projectiles ont atteint une zone civile, la MINURSO a constaté qu’un civil avait été blessé et que des dégâts matériels avaient été causés, alors même que les Nations unies tentaient d’exploiter l’ouverture politique créée par la résolution 2797.

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