La décision du bureau politique du Mouvement populaire de proposer Rim Chabat à la présidence du groupe parlementaire à la Chambre des représentants place un visage féminin et relativement nouveau au premier plan de l’opposition parlementaire. Mais elle révèle aussi quelque chose de la manière dont Mohamed Ouzzine conduit son parti.
Rim Chabat retrouve le Parlement après avoir remporté le siège de Fès-Nord sous les couleurs du Mouvement populaire lors des élections du 23 septembre. Selon les résultats annoncés, elle a obtenu 7 515 voix, arrivant deuxième dans la circonscription derrière le candidat du Parti de la justice et du développement, Abdelmajid Benchenouf.
Ces chiffres comptent parce qu’ils replacent le choix dans son contexte naturel : présider un groupe parlementaire n’est pas, au sens strict, une récompense électorale. Il faut toutefois disposer d’une élue capable de porter la parole du parti au sein de la Chambre des représentants. Rim Chabat avait déjà siégé au Parlement lors de la précédente législature, avant de démissionner de son mandat en juillet 2026 et de rejoindre le Mouvement populaire.
C’est à ce moment que le rôle d’Ouzzine commence à apparaître plus clairement.
Le secrétaire général du Mouvement populaire avait lui-même présenté Rim Chabat comme candidate du parti à Fès-Nord lors d’un meeting en août dernier. La scène était révélatrice : Ouzzine plaçait devant les militants un nom qui ne faisait pas partie des figures traditionnelles de la « Sounboula », tandis que Hamid Chabat, son père et ancien secrétaire général du Parti de l’Istiqlal ainsi qu’ancien maire de Fès, était présent à ses côtés.
À ce moment-là, il s’agissait d’abord d’un pari électoral.
Puis le résultat est arrivé.
Et voici maintenant la présidence du groupe parlementaire.
Il serait difficile de considérer cette succession comme une simple coïncidence organisationnelle. Ouzzine a choisi Rim Chabat pour se présenter dans l’une des circonscriptions les plus sensibles de Fès. Après sa victoire, le parti la place à son tour en première ligne au Parlement.
Cela signifie que le choix ne semblait pas limité à l’objectif de gagner un siège supplémentaire pour le Mouvement populaire. Il pouvait aussi s’agir de faire émerger une personnalité capable d’occuper une fonction politique à l’intérieur de l’institution.
C’est là qu’apparaît une partie de l’habileté politique que l’on peut observer dans la méthode d’Ouzzine.
Il repère des profils, mais il repère aussi les signaux. L’arrivée de Rim Chabat au Mouvement populaire constituait déjà un signal sur la capacité du parti à attirer une personnalité disposant d’une expérience parlementaire et d’un ancrage local à Fès, malgré un parcours politique différent.
Les élections ont ensuite donné au choix une légitimité électorale.
Et la décision du bureau politique vient désormais lui donner une traduction institutionnelle.
Mais un autre détail mérite l’attention.
Le Mouvement populaire ne choisit pas une femme pour diriger son groupe parlementaire dans un vide politique. Le choix de Rim Chabat intervient après des élections qui ont porté Fatima-Zahra Mansouri à la présidence du gouvernement, dans une évolution inédite de l’histoire gouvernementale marocaine.
Les partis se retrouvent donc face à une nouvelle réalité politique dans laquelle la représentation des femmes dans les lieux de décision prend davantage de poids, au niveau exécutif comme au niveau législatif.
Pour autant, relier directement la décision du Mouvement populaire à une « orientation royale » ou la présenter comme une application politique directe de cette dynamique nécessiterait davantage de prudence. Rien, dans les éléments disponibles, ne permet d’affirmer que la direction du parti a officiellement expliqué le choix de Rim Chabat de cette manière.
Ce que les faits permettent davantage de dire, c’est qu’Ouzzine a lu la tendance générale et qu’il y a trouvé également une opportunité pour son parti.
La nuance est importante.
Une femme appelée à présider un groupe parlementaire n’est pas choisie uniquement parce qu’elle est une femme. Elle doit pouvoir prendre la parole au Parlement, affronter le gouvernement, coordonner les membres du groupe, négocier avec les autres formations et transformer une position d’opposition en présence politique réelle.
Rim Chabat dispose précisément d’une première expérience parlementaire. Lors de la précédente législature, elle avait travaillé notamment au sein de la commission de l’enseignement, de la culture et de la communication, tout en intervenant sur différents dossiers sociaux et de services publics.
Son profil permet donc de défendre le choix sur le terrain de l’expérience parlementaire, et pas seulement sur celui de la symbolique féminine.
Puis il y a Fès.
Ouzzine n’a pas fait venir Rim Chabat au Mouvement populaire depuis une circonscription secondaire. Il l’a choisie à Fès, où le nom de Chabat conserve une histoire politique et un réseau électoral qu’il serait difficile d’ignorer.
La présence de Hamid Chabat aux côtés de sa fille lors de sa présentation par Ouzzine avait d’ailleurs été largement remarquée.
Mais la présidence du groupe change désormais la nature du pari.
Pendant une campagne électorale, un nom peut contribuer à obtenir un siège.
Au Parlement, une autre étape commence.
Que fera Rim Chabat de cette position ? Parviendra-t-elle à devenir une véritable voix du Mouvement populaire ou la présidence restera-t-elle principalement une fonction interne ?
C’est précisément là que le choix d’Ouzzine sera véritablement testé.
Le secrétaire général qui calcule ses mouvements sait que confier la présidence du groupe à Rim Chabat lui apporte davantage qu’une image politique favorable.
Il place une femme à la tête du groupe, donne au parti un visage différent à la Chambre, valorise son implantation à Fès et adresse, en même temps, un message à l’intérieur du Mouvement populaire : la direction ne signifie pas nécessairement le retour permanent aux mêmes figures.
Mais ce choix comporte aussi un coût.
Rim Chabat porte le nom de Chabat. Et ce nom suffit à attirer l’attention sur chacune de ses déclarations, chacune de ses confrontations et chacun de ses positionnements.
Si elle réussit à diriger le groupe, cette réussite lui appartiendra, mais elle sera aussi comptabilisée au crédit d’Ouzzine.
Si le groupe devient au contraire une source de tensions ou de désordre interne, la décision reviendra également à celui qui l’a prise.
C’est pourquoi l’une des descriptions possibles de Mohamed Ouzzine serait peut-être celle d’un responsable qui écoute beaucoup, observe davantage encore, puis choisit le moment où ce qu’il a entendu doit devenir une décision.
Cette qualité peut constituer une force politique.
Elle peut aussi devenir une faiblesse si la multiplication des signaux, des attentes et des intérêts finit par rendre difficile leur rassemblement autour d’une seule décision.
La présidence de Rim Chabat sera donc son premier véritable test.
Les élections sont terminées. Le siège est remporté. Le nom est choisi.
Commence maintenant la séquence dans laquelle la lecture des tendances ne suffit plus.
Le choix devra faire ses preuves au Parlement.


