mardi, septembre 29, 2026
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De « l’Escobar du désert » à la « valise de Tanger »… des affaires de drogue aux bulletins électoraux, pourquoi le nom du PAM revient-il ?

Le Parti authenticité et modernité n’aura pas eu beaucoup de temps pour mesurer la portée de sa victoire aux élections législatives, avec 97 sièges, avant de se retrouver face à une tout autre épreuve. Alors que le PAM venait à peine de prendre la tête du scrutin du 23 septembre, une affaire née autour d’une valise contenant des bulletins de vote à Tanger s’est progressivement élargie, passant des bureaux de vote à l’enquête judiciaire, avant d’atteindre l’un des responsables les plus en vue du parti dans la ville : Monir Limouri, maire de Tanger et coordinateur provincial du PAM.

Le parquet général près la Cour d’appel de Tanger avait annoncé que les premières investigations avaient conduit à l’arrestation de cinq suspects, parmi lesquels deux présidents de bureaux de vote et leurs adjoints, ainsi qu’une autre personne. Selon le communiqué du parquet, les investigations préliminaires avaient montré que des bulletins de vote avaient été sortis d’un bureau avant d’y être réintroduits, tandis que l’encre utilisée sur certains bulletins différait de celle utilisée à l’intérieur des deux bureaux concernés. Sur cette base, le parquet a demandé l’ouverture d’une instruction pour des faits susceptibles de relever d’atteintes aux opérations électorales, de falsification et de participation à ces actes.

Puis est venu un développement plus sensible, lundi 28 septembre. Les services de sécurité ont interpellé Monir Limouri dès son arrivée à l’aéroport Ibn Battouta, en provenance de Malaga, en exécution d’un mandat de recherche émis à son encontre, avant son placement en garde à vue dans le cadre de l’enquête judiciaire en cours.

Cette situation mérite d’être juridiquement distinguée de ce qu’elle pourrait devenir. Le placement en garde à vue et l’existence d’une enquête ne constituent pas une condamnation. L’affaire demeure soumise aux investigations et aux décisions judiciaires qui détermineront les faits, les responsabilités éventuelles et les liens entre les différentes personnes concernées.

C’est d’autant plus important que l’affaire n’a pas commencé par le nom du maire de Tanger. Elle a commencé par des bulletins de vote et par des personnes directement liées au fonctionnement de bureaux de vote. Le champ de l’enquête s’est ensuite élargi. Rien, dans les éléments publics disponibles à ce stade, ne permet donc de transformer l’interpellation de Limouri en condamnation politique ou judiciaire du parti lui-même, ni d’établir que le PAM serait responsable des faits faisant actuellement l’objet de l’enquête.

Mais la politique ne commence pas toujours son calcul au moment où la justice rend son jugement.

Le PAM sortait des élections du 23 septembre avec 97 sièges, devant le Rassemblement national des indépendants avec 66 sièges, l’Istiqlal avec 65 et le Parti de la justice et du développement avec 54. Cette première place lui conférait un poids nouveau dans les équilibres politiques de la prochaine étape.

Elle intervient pourtant à un moment où le nom du parti n’est déjà plus complètement dissocié de plusieurs dossiers judiciaires ayant concerné, au fil des années, certains de ses élus et figures importantes.

Abderrahim El Kamel, ancien président de la commune de Ouled Sidi Brahim et ancien conseiller parlementaire du PAM, a vu en avril 2021 la Cour d’appel de Marrakech confirmer sa condamnation à six ans de prison ferme dans une affaire de corruption, après avoir été poursuivi notamment pour avoir reçu 110.000 dirhams en contrepartie d’une autorisation administrative.

À El Jadida, Abdelhakim Sajda, ancien président de la commune et ancien député du parti, a été condamné en première instance à neuf ans de prison ferme dans une affaire liée à des marchés publics. La Cour d’appel de Casablanca a confirmé cette condamnation en septembre 2025.

À Tanger même, Mohamed El Hamidi, président du Conseil préfectoral de Tanger-Assilah et dirigeant du PAM, a été condamné en première instance en décembre 2024 à deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme et un an avec sursis, dans une affaire comprenant des accusations liées au détournement et au gaspillage de deniers publics, à la falsification et à l’abus de pouvoir. Il a fait appel et continue de contester les accusations portées contre lui.

Puis est venue l’affaire dite de « l’Escobar du désert », celle qui a donné à cette accumulation une dimension nationale beaucoup plus lourde. Elle a notamment concerné Abdenbi Bioui, ancien président de la région de l’Oriental, et Saïd Naciri, ancien député et ancien président du Conseil préfectoral de Casablanca. En juin 2026, la chambre criminelle de première instance près la Cour d’appel de Casablanca les a condamnés respectivement à 12 et 10 ans de prison ferme, dans un dossier comprenant plusieurs chefs d’accusation, dont ceux liés au trafic de stupéfiants, à la falsification et à l’abus de pouvoir.

Ces affaires ne constituent évidemment pas, sur le plan judiciaire, un seul et même dossier. Chacune possède ses faits, ses prévenus, ses preuves, son instruction et son parcours judiciaire. Il serait donc juridiquement et journalistiquement imprudent de les fondre dans une responsabilité collective du parti.

Mais leur accumulation pose au PAM une autre question, politique celle-là : comment un parti gère-t-il le coût public d’actes commis par des personnes auxquelles il a accordé son investiture, qui ont exercé des mandats sous ses couleurs et dont les noms restent associés à son image politique ?

La question n’est pas nouvelle au sein du PAM.

En 2017, lorsqu’Ilyas El Omari a annoncé sa démission de la direction générale du parti, il avait lui-même évoqué sa responsabilité dans les choix effectués, notamment concernant certains parlementaires et présidents de collectivités territoriales investis par le PAM. La question de l’investiture apparaissait alors comme une responsabilité politique de la direction, et non comme une simple procédure interne prenant fin avec l’annonce des résultats.

Quelques années plus tard, le parti a tenté de donner une forme institutionnelle plus claire à cette logique. En mai 2024, son Conseil national a adopté à l’unanimité une charte d’éthique destinée à encadrer les responsabilités et le comportement de ses membres. Le texte était présenté comme un instrument de moralisation de la vie politique et comme un cadre interne permettant au parti de traiter les manquements de ses responsables.

La charte n’est pas restée longtemps théorique. En 2024, le parti a suspendu les fonctions de Salah Eddine Abou El Ghali au sein de sa direction collective, avant que le Conseil national ne prenne des décisions organisationnelles à son encontre et désigne Fatima Saadi pour lui succéder. Le dossier avait suscité des contestations de la part d’Abou El Ghali, qui avait présenté sa propre lecture de l’affaire et contesté les décisions prises contre lui.

Entre-temps, le PAM avait lui-même changé son architecture dirigeante. Lors de son cinquième congrès, en février 2024, il avait abandonné le modèle classique du secrétaire général unique au profit d’une direction collégiale réunissant Fatima Zahra Mansouri, Mohamed Mehdi Bensaid et Salah Eddine Abou El Ghali. Quelques mois plus tard, Fatima Saadi remplaçait ce dernier.

Le parti entrait donc dans l’affaire de Tanger avec une expérience déjà significative des crises internes, des mécanismes d’éthique et de la question de la responsabilité politique liée aux choix de ses cadres et de ses élus.

L’affaire actuelle intervient, en outre, à un moment particulièrement sensible.

Le PAM n’est plus simplement l’un des partis de la majorité sortante. Il vient de prendre la tête des élections législatives avec 97 sièges. Dans le même temps, Fouzi Lekjaa, qui avait rejoint le parti durant l’été 2026, s’est rapidement imposé comme l’un de ses visages les plus visibles pendant la campagne électorale et a présenté plusieurs éléments importants de son programme économique.

Avant même les élections, cette montée en visibilité avait alimenté des spéculations sur l’avenir de la direction du PAM et sur une éventuelle évolution de son leadership. Fatima Zahra Mansouri avait cependant écarté publiquement cette lecture, affirmant notamment que Lekjaa « n’était pas venu pour prendre la place de quelqu’un » et qu’un congrès extraordinaire n’était pas à l’ordre du jour.

C’est précisément pour cette raison qu’il serait facile, mais prématuré, de transformer l’arrestation de Limouri en premier épisode d’un changement de direction et de construire immédiatement autour du nom de Lekjaa un scénario de succession.

Les faits disponibles ne permettent pas d’aller jusque-là.

Ce qui existe, en revanche, est la rencontre de trois dynamiques : un parti qui vient de remporter le plus grand nombre de sièges, une affaire électorale qui s’élargit à Tanger jusqu’à atteindre un responsable politique local de premier plan, et une direction collective qui a déjà connu des tensions et des procédures internes autour de la question de l’éthique et de la responsabilité organisationnelle.

Le lien entre ces trois éléments et un éventuel changement de direction n’est, à ce stade, ni une décision annoncée ni un processus officiellement engagé.

Le propre discours du parti sur l’affaire de Tanger a d’ailleurs évolué. Dans les premières heures, certaines réactions avaient évoqué un « scénario préparé » et une volonté de viser le parti. À mesure que l’enquête avançait, le discours s’est davantage déplacé vers l’attente des conclusions de la justice et la possibilité de prendre les mesures organisationnelles et politiques nécessaires si une implication de membres ou de responsables du parti était établie.

Cette évolution ne vaut pas reconnaissance de responsabilité. Elle montre surtout que le parti a dû passer d’une lecture politique immédiate de l’événement à une gestion plus prudente d’un dossier désormais placé sous le contrôle de la justice.

L’affaire ne concerne d’ailleurs pas uniquement le PAM. Le ministère de l’Intérieur a annoncé l’envoi d’une commission centrale d’inspection à Tanger afin d’examiner les irrégularités qui auraient marqué le déroulement du scrutin dans deux bureaux de vote, parallèlement à la procédure judiciaire.

Cela élargit encore la lecture du dossier. Il existe d’un côté une enquête judiciaire portant sur des actes précis et sur des personnes déterminées. Il existe de l’autre une vérification administrative portant sur le fonctionnement du processus électoral. Les deux dimensions ne doivent pas être confondues. La responsabilité dans la gestion d’un bureau de vote n’est pas automatiquement une responsabilité partisane, pas plus qu’une responsabilité partisane éventuelle ne constitue une condamnation pénale.

Pour le PAM, la difficulté politique la plus concrète n’est donc pas de transformer chaque dossier judiciaire concernant un de ses membres en procès du parti. Ce serait juridiquement infondé.

Elle tient plutôt au coût cumulé d’une succession de dossiers dans lesquels apparaissent, à des degrés différents, des élus ou responsables portant les couleurs du parti. À chaque nouvelle affaire, le PAM doit réexpliquer la frontière entre la personne et l’organisation, entre l’investiture et la responsabilité individuelle, entre la sanction interne et la condamnation judiciaire.

Cette fois, la « valise de Tanger » est apparue quatre jours seulement après l’annonce de la victoire électorale du parti. Le calendrier est politiquement lourd, mais il ne constitue pas, à lui seul, la preuve d’une quelconque stratégie ou responsabilité.

La justice doit encore établir pourquoi les bulletins ont été sortis des bureaux de vote, qui les a sortis, dans quelles circonstances ils ont été réintroduits, quelles relations existaient entre les différentes personnes visées par l’enquête et, surtout, si l’élargissement des investigations conduira à établir d’autres responsabilités.

Jusque-là, le seul constat solide est que le PAM, après avoir obtenu son meilleur résultat dans cette séquence électorale, se retrouve immédiatement confronté à une épreuve d’une autre nature : non plus celle de gagner les voix, mais celle de gérer les conséquences politiques et organisationnelles des choix effectués au niveau local lorsque certains de ces choix entrent dans le champ de la justice.

Et sur ce terrain-là, les conclusions de l’enquête à Tanger pèseront davantage que toutes les spéculations qui l’ont précédée.

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