Le nom de la prochaine cheffe du gouvernement n’est désormais plus une question de spéculation. Quelques jours après les élections législatives qui ont recomposé la carte parlementaire, le Roi Mohammed VI a reçu, ce mardi 29 septembre 2026, au Palais Royal à Rabat, Fatima Zahra Mansouri, coordinatrice de la direction collégiale du Parti Authenticité et Modernité (PAM), et l’a nommée cheffe du gouvernement, en la chargeant de former le nouveau gouvernement.
Fatima Zahra Mansouri Appointed Head of Government: The Appointment Is Settled, the Government Starts Now
فاطمة الزهراء المنصوري رئيسةً للحكومة.. التعيين حُسم، أما الحكومة فبدأت الآن pic.twitter.com/5EJMHXixyH— Diplomatique.ma الدبلوماسية (@diplomatique_ma) September 29, 2026
Cette nomination intervient après l’arrivée en tête du PAM aux élections législatives, avec 97 sièges, devant le Rassemblement national des indépendants (RNI), avec 66 sièges, et le Parti de l’Istiqlal, avec 65 sièges. Le Parti de la justice et du développement (PJD) en a obtenu 54.
La scène peut sembler être le prolongement direct du résultat des urnes. Mais la Constitution place entre le résultat électoral et la formation du gouvernement une autre étape qui n’est pas moins importante : le choix de la personnalité issue du parti arrivé en tête est une chose, la constitution d’une majorité gouvernementale capable de donner à cette équipe son soutien parlementaire en est une autre.
L’article 47 de la Constitution de 2011 dispose que le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants, sur la base de leurs résultats. Les membres du gouvernement sont ensuite nommés par le Roi sur proposition du chef du gouvernement.
Fatima Zahra Mansouri entre donc dans ses fonctions avec une mission qui dépasse la seule annonce de sa nomination. Le nom est désormais connu, mais les partis qui formeront la majorité, la composition du gouvernement, la répartition des portefeuilles et la nature des accords politiques restent à déterminer.
C’est là que commence une autre séquence politique.
Le PAM, malgré son arrivée en tête, ne dispose pas à lui seul du nombre de sièges nécessaire pour constituer une majorité parlementaire. Les 97 sièges lui donnent la première place, mais ils laissent ouverte la question des alliances. Les résultats placent le RNI, l’Istiqlal, le PJD et les autres forces représentées au Parlement dans une nouvelle configuration, sans que cela signifie qu’une quelconque coalition soit déjà arrêtée.
Fatima Zahra Mansouri avait elle-même rappelé, après l’annonce des résultats, que la nomination du chef du gouvernement relevait des prérogatives constitutionnelles du Roi. Elle assume désormais effectivement la mission autour de laquelle les discussions politiques et médiatiques s’étaient concentrées depuis l’annonce des résultats.
Mais il y a un autre changement, qui ne se mesure pas en nombre de sièges.
Avec sa nomination, une femme accède pour la première fois dans l’histoire du Maroc à la tête du gouvernement. Ce n’est pas la première fois qu’une Marocaine atteint une position centrale dans l’architecture de la décision publique. C’est en revanche la première fois qu’une femme prend la tête de l’appareil gouvernemental lui-même.
Le parcours n’a pas commencé aujourd’hui. Zoulikha Nasri fut la première femme marocaine à occuper le poste de conseillère du Roi, à partir de 2000, fonction qu’elle conserva jusqu’à son décès en 2015.
Dans les institutions de l’État, Zineb El Adaoui préside la Cour des comptes, institution constitutionnelle chargée notamment du contrôle supérieur des finances publiques et de l’évaluation de plusieurs politiques et programmes publics.
Fatima Zahra Mansouri, elle, n’arrive pas à la tête du gouvernement sans expérience politique. Elle a présidé le Conseil communal de Marrakech, siégé au Parlement, puis occupé le portefeuille de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville dans le gouvernement d’Aziz Akhannouch, avant de prendre la direction du PAM. Son parcours relie ainsi gestion locale, travail parlementaire, responsabilité gouvernementale et direction partisane.
La portée de sa nomination ne se résume donc pas au fait qu’une femme accède au poste de cheffe du gouvernement. La question politique la plus immédiate est désormais de savoir comment elle utilisera cette nouvelle position à la tête d’un parti qui dirige le groupe parlementaire arrivé premier, et comment elle travaillera avec une Chambre des représentants composée de plusieurs forces politiques.
Les chiffres sont ici plus précis que les spéculations.
97 sièges constituent le point de départ. La suite nécessite une négociation politique : majorité, programme gouvernemental, répartition des portefeuilles, choix des ministres, priorités et modalités de fonctionnement entre les partis. Rien dans l’article 47 ne signifie que la nomination du chef du gouvernement équivaut automatiquement à la nomination des autres membres du gouvernement ou à la conclusion des alliances.
Les prochains jours seront donc différents de ceux qui ont précédé la nomination. Avant celle-ci, la question était : qui le Roi allait-il choisir ? Après la nomination, la question devient concrètement : quel gouvernement sortira de cette configuration parlementaire plurielle ?
Fatima Zahra Mansouri arrive à ce poste avec une expérience politique et exécutive déjà établie, mais aussi face à un gouvernement qui devra traiter des dossiers lourds : emploi, services publics, investissement, réformes sociales, poursuite des grands chantiers stratégiques et préparation des grands rendez-vous qui attendent le Maroc au cours des prochaines années, notamment l’organisation de la Coupe du monde 2030.
Ces dossiers ne détermineront toutefois pas à eux seuls la forme du prochain gouvernement. L’équation commence d’abord au Parlement, et dans la capacité de la cheffe du gouvernement désignée à transformer une victoire électorale en majorité politique stable et en programme gouvernemental susceptible d’être mis en œuvre.
L’arrivée d’une première femme à la tête du gouvernement constitue un événement institutionnel dont la portée dans l’histoire de la participation politique des femmes au Maroc est évidente. Mais la portée concrète de ce changement se mesurera aussi à ce qui suivra la cérémonie de nomination : à la composition du gouvernement, à la manière dont sera gérée la majorité et aux décisions qui seront prises lorsque le gouvernement passera du statut d’équipe attendue à celui d’équipe responsable de l’action publique.
La nomination a clos une question constitutionnelle qui était encore ouverte.


