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« 350 milliards » à l’épreuve : Benali ouvre la piste d’un nouvel impôt dans le programme du PAM

Leila Benali ne parlait pas seulement d’énergie. Au premier jour de la campagne électorale, la ministre de la Transition énergétique et membre du bureau politique du Parti authenticité et modernité (PAM) s’est retrouvée face à la question qui risque d’accompagner le parti durant les prochaines semaines : d’où viendront les 350 milliards de dirhams promis aux Marocains ?

Sa réponse allait dans une direction claire, mais laissait encore plusieurs détails ouverts.

Benali a déclaré que le prochain gouvernement devrait instaurer une taxe sur ce qu’elle a qualifié de « bénéfices excessifs », en visant les entreprises qui « profitent des crises », afin qu’elles contribuent au financement des programmes de soutien direct. Elle a relié cette proposition à l’expérience des ministres du PAM au sein du gouvernement et à ce qu’elle considère comme des déséquilibres apparus dans la gestion des prix et de l’approvisionnement.

L’élément important n’est pourtant pas seulement la formule employée, mais sa place dans le programme électoral du PAM.

Le document officiel du parti évalue à 350 milliards de dirhams sur cinq ans, soit environ 70 milliards par an, le coût additionnel de ses engagements. Il identifie trois principales sources de financement : 300 milliards provenant de l’impact additionnel de la croissance, 40 milliards issus de la contribution des collectivités territoriales à travers le Fonds de la TVA, et 10 milliards provenant de la réaffectation des dépenses et des gains d’efficacité budgétaire.

Il existe donc une différence entre ce qui figure dans le document électoral et ce que Benali vient d’ajouter dans le discours politique.

Le programme présente une équation financière. La ministre y ajoute désormais, dans le débat électoral, l’idée d’un impôt visant certains bénéfices qu’elle considère comme « excessifs » et qu’elle associe aux entreprises ayant tiré profit de situations de crise.

C’est là que les promesses commencent à être confrontées à une autre réalité : celle du calcul.

Car instaurer une nouvelle taxe ne relève pas uniquement d’une décision politique annoncée depuis une tribune électorale. Il faut définir l’assiette fiscale, déterminer ce qu’est un « bénéfice excessif », identifier les secteurs concernés et surtout distinguer un bénéfice réalisé normalement dans un marché tendu d’un profit résultant d’une situation exceptionnelle ou d’un déséquilibre de concurrence.

Sur ce point, les déclarations de Benali ne fournissent pas encore de chiffres permettant de mesurer le rendement potentiel de cette taxation.

Or le PAM n’a pas présenté son programme comme une simple liste de promesses. Le document officiel parle de 20 engagements regroupés autour de cinq pactes et affirme que leur coût ainsi que leurs mécanismes de financement ont été identifiés. Parmi les objectifs annoncés figure la création nette d’un million d’emplois au cours de la prochaine législature.

La question qui vient ensuite est donc assez simple : combien cette taxe rapporterait-elle, qui la paierait et serait-elle intégrée aux 350 milliards annoncés ou constituerait-elle une ressource supplémentaire qui n’apparaît pas encore dans l’équation ?

À ce stade, les déclarations publiées ne permettent pas d’y répondre.

Benali a également repris un dossier qu’elle connaît directement : l’énergie et la raffinerie de La Samir. Elle a affirmé que son ministère avait délivré en 2023 une première autorisation d’utilisation des capacités de stockage de la raffinerie, tout en annonçant l’engagement de son parti à œuvrer à leur remise en service.

Elle a expliqué que cette autorisation était liée à deux conditions : éviter qu’une seule entreprise du secteur énergétique ne monopolise les infrastructures de stockage et garantir la sécurité des populations riveraines.

Puis le discours a changé de terrain.

La ministre a évoqué les lenteurs administratives qui affectent certains projets et rapporté la question qui lui aurait été posée par un responsable d’un autre ministère sur l’écart désormais observé entre le Maroc et la Turquie en matière de réalisation des projets. Sa réponse a été directe : « Ils nous ont largement dépassés ».

Cette phrase ramène le débat à un problème qui ne se règle pas uniquement avec de nouvelles recettes fiscales.

Un programme peut disposer d’une enveloppe financière, mais il faut encore être capable de transformer cette enveloppe en projets, en infrastructures, en emplois et en services publics. Or Benali elle-même met en avant, dans son intervention, les difficultés administratives qui ralentissent encore une partie de l’investissement.

Younes Sekkouri a abordé la question par l’autre bout. Pour lui, l’emploi commence avant l’entrée du jeune sur le marché du travail : dans la formation, l’accompagnement et la capacité à franchir les obstacles qui séparent les compétences disponibles des besoins des entreprises.

Le PAM met en avant l’objectif d’un million d’emplois nets sur cinq ans et insiste sur la formation et l’accès des jeunes aux dispositifs d’insertion.

On retrouve alors, dans le même discours électoral, trois dossiers qui peuvent sembler distincts : taxer certains bénéfices jugés excessifs, financer les mécanismes de soutien et créer un million d’emplois.

Mais leur véritable lien n’est pas dans le slogan. Il est dans la capacité à faire tenir les chiffres ensemble.

Le PAM affirme que les 350 milliards de dirhams sont finançables et a présenté une première architecture de financement. Benali introduit désormais une nouvelle piste fiscale dans le débat. Le programme, lui, devra être jugé sur sa capacité à transformer ces annonces en mécanismes budgétaires réellement applicables.

Quant à l’expression « bénéfices excessifs », elle devra, si elle devient une proposition gouvernementale, passer du langage politique à une règle fiscale précise, mesurable et applicable.

C’est précisément cette partie de l’équation que la campagne électorale n’a pas encore entièrement documentée.

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