vendredi, septembre 11, 2026
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Akhannouch s’en prend à Lekjaa avant les élections… quand les grands projets du football entrent dans l’arène politique

Il n’a pas fallu à Aziz Akhannouch beaucoup de temps pour que son discours d’ouverture de la campagne électorale du RNI à Médiouna, jeudi 10 septembre, fasse apparaître clairement qu’une partie de ses propos visait Fouzi Lekjaa, l’homme que le Parti authenticité et modernité a choisi de placer parmi ses figures de proue pour ces élections.

Tout est parti du stade de Benslimane. Puis la critique s’est élargie aux promesses sportives et au dossier de la Coupe du monde 2030, avant de prendre une forme plus politique : personne, selon Akhannouch, ne devrait présenter un projet de l’État comme s’il s’agissait d’une réalisation personnelle ou partisane.

Le chef du gouvernement a ainsi contesté la manière dont certains responsables présentent le grand stade de Benslimane, rappelant qu’il n’était pas acceptable qu’un responsable se rende sur place et affirme aux habitants qu’il était celui qui avait obtenu le projet pour la région. Selon Akhannouch, le choix du site relève d’une décision royale et son financement provient des ressources de l’État, donc des contribuables.

À première vue, le propos ressemble à un rappel d’un principe assez simple : les grands projets de l’État ne constituent pas une propriété électorale individuelle.

Mais le moment choisi lui donne une autre dimension.

Le discours intervient au premier jour de la campagne électorale, dans une confrontation politique qui commence à prendre des contours plus nets entre le RNI et le PAM, alors que Fouzi Lekjaa figure désormais parmi les personnalités politiques que le parti a décidé de placer au premier plan de sa bataille électorale.

Le même jour, Lekjaa ouvrait d’ailleurs la campagne de son parti à Anfa, dans un discours offensif, défendant le programme du PAM et répondant aux critiques dont sa formation fait l’objet.

Mais Akhannouch ne s’est pas arrêté à Benslimane.

Il a élargi son attaque aux promesses sportives elles-mêmes, évoquant des engagements qui, selon lui, n’ont pas été réalisés. Il a notamment cité la victoire à la Coupe d’Afrique des nations féminine, le sacre chez les hommes ainsi que l’objectif d’atteindre la finale de la Coupe du monde.

C’est à partir de là que la nature du débat commence à changer.

Car le football marocain n’est plus, depuis plusieurs années, un simple dossier de gestion sportive séparé du reste de l’action publique. Les infrastructures construites pour accueillir les grandes compétitions, la place acquise par le Maroc dans le football continental et international, et l’organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal sont autant de dossiers où le sport croise désormais l’économie, la diplomatie et l’image internationale du Royaume.

Ce constat ne repose pas uniquement sur le discours électoral.

En décembre 2024, Akhannouch avait lui-même signé, aux côtés de Gianni Infantino et de Fouzi Lekjaa, un accord portant sur la création d’un bureau de la FIFA au Maroc. Le bureau a ensuite été inauguré au Complexe Mohammed VI de football.

Le gouvernement dirigé par Akhannouch avait également consacré, en février 2025, une réunion au suivi des projets de stades liés à la CAN 2025 et à la Coupe du monde 2030, en présence de Fouzi Lekjaa. Le stade de Benslimane figurait alors parmi les grands projets suivis par les autorités, avec une mise en service annoncée pour décembre 2027.

Autrement dit, les deux hommes ont longtemps évolué, sur ces dossiers, dans le même paysage institutionnel.

Aujourd’hui, avec l’entrée en campagne, le même projet devient l’objet d’une autre bataille : celle de savoir à qui revient le mérite politique de sa réalisation.

C’est aussi ce qui donne du poids à une autre séquence du discours d’Akhannouch.

Évoquant les appels à faire du stade de Benslimane le théâtre de la finale de la Coupe du monde 2030, il a déclaré que cette question n’avait pas encore été discutée avec l’Espagne et le Portugal, appelant à ne pas créer de difficultés avec les partenaires du Maroc.

Cette partie du propos doit cependant être traitée avec prudence.

Il est établi que la Coupe du monde 2030 est un projet porté conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal. Il est également établi qu’Akhannouch affirme que la question de la finale n’a pas encore été discutée avec les deux partenaires.

En revanche, les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer que les déclarations de Lekjaa auraient réellement porté atteinte aux négociations avec Madrid ou Lisbonne, ni qu’elles auraient provoqué une quelconque crise diplomatique.

La différence est importante.

Une critique politique n’est pas un dommage diplomatique démontré.

Un autre dossier se déroule parallèlement, sans qu’il soit possible d’établir un lien direct avec les propos d’Akhannouch.

Le 25 mars 2026, le Tribunal arbitral du sport a enregistré l’appel de la Fédération sénégalaise de football contre la CAF et la Fédération royale marocaine de football au sujet de la finale de la CAN 2025. Une audience est prévue le 8 octobre à Lausanne. Le Sénégal demande notamment l’annulation de la décision de la CAF ayant constaté son forfait et attribué la victoire au Maroc sur le score de 3-0, ainsi que la reconnaissance du Sénégal comme vainqueur de la compétition.

Mais le TAS a lui-même fixé les limites de ce qu’il est possible d’affirmer publiquement sur cette procédure. L’audience sera à huis clos, les parties n’ayant pas demandé de procédure accélérée, et le tribunal n’est actuellement pas en mesure d’indiquer la date à laquelle sa décision sera rendue. Il a par ailleurs rappelé que ses communications officielles constituent la référence pour les informations relatives à l’affaire.

Il serait donc excessif d’affirmer qu’Akhannouch aurait « offert un cadeau » aux adversaires du Maroc devant le TAS.

Rien ne permet de l’établir.

Rien ne permet non plus de dire que le tribunal tiendra compte d’un discours électoral prononcé au Maroc lorsqu’il examinera le dossier.

La vraie question journalistique se situe ailleurs : que se passe-t-il lorsque des dossiers sportifs à dimension internationale deviennent une composante du débat électoral intérieur ?

Akhannouch n’a pas contesté la légitimité des institutions sportives marocaines. Il n’a pas affirmé que le Maroc ne méritait pas d’organiser la Coupe du monde. Il n’a pas évoqué le dossier du TAS.

Il a fait quelque chose de plus précis : il a contesté l’utilisation politique de certaines réalisations et promesses sportives, en rappelant qu’elles relèvent de l’État et de ses décisions, tout en lançant une offensive politique contre la manière dont ses adversaires présentent ces projets.

Cela suffit déjà à installer une confrontation électorale.

Quant à savoir si cette confrontation pourrait être exploitée à l’extérieur du pays ou utilisée par les adversaires du Maroc, cela relève pour l’instant de l’hypothèse, et non d’un fait établi.

En politique, surtout lorsque le sport est devenu un instrument d’influence internationale, cette distinction entre le fait et la possibilité n’est pas secondaire. C’est précisément là que se situe la frontière entre le journalisme et la communication politique.

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