Lorsqu’il évoque le prochain championnat arabe des jeunes de Muay Thaï, prévu à Benghazi du 20 au 27 août, Lahcen Hilali, directeur technique de la Fédération arabe de Muay Thaï, présente en apparence un nouveau rendez-vous de la compétition sportive arabe. Mais à la lecture de son propos dans son contexte, cette compétition remplit une fonction plus large : elle devient l’occasion de parler du passage du Muay Thaï arabe à une nouvelle étape, fondée sur le rapprochement des niveaux techniques, l’élargissement du vivier de talents et la préparation précoce aux échéances internationales.
Le choix de Benghazi porte lui-même une signification dans cette logique. Après l’expérience de Tripoli, la compétition se déplace vers une autre ville libyenne, donnant à voir, dans le discours de Hilali, que l’organisation des rendez-vous arabes ne se limite plus à un seul centre et que le sport peut créer de nouveaux espaces de rassemblement et de confrontation. En mars dernier, Hilali avait d’ailleurs participé à Rabat à une réunion de travail avec le président de la Fédération libyenne de Kickboxing et Muay Thaï consacrée aux préparatifs de l’échéance arabe en Libye. Cela montre que le rendez-vous de Benghazi s’inscrit dans une préparation déjà engagée et non dans un simple calendrier sportif. M-Sport
Mais le message essentiel apparaît lorsque Hilali évoque le niveau technique des combattants arabes. Il ne présente pas le championnat comme une simple course aux médailles. Il insiste plutôt sur le rapprochement des niveaux et sur l’ouverture de la compétition à un nombre croissant de prétendants. Cette formulation traduit un constat important : le Muay Thaï arabe ne fonctionne plus selon le schéma de quelques sélections dominantes face à d’autres venues essentiellement pour participer. Le paysage devient plus compétitif, ce qui donne davantage de valeur aux résultats obtenus et renforce la portée du championnat lui-même.
À partir de là, le propos dépasse Benghazi pour se projeter vers ce qui vient après. Pour Hilali, la compétition libyenne n’est pas une destination finale, mais une étape dans la préparation aux prochaines échéances internationales, notamment au championnat du monde des jeunes prévu en Grèce en novembre. Cette transition est révélatrice : le véritable enjeu n’est pas seulement le nombre de médailles distribuées en Libye, mais la capacité à identifier des combattants capables, quelques mois plus tard, de franchir le seuil de la compétition arabe pour se mesurer au niveau mondial. Le championnat devient ainsi un maillon d’une chaîne de préparation plutôt qu’un événement isolé.
C’est précisément là que prend tout son sens l’insistance de Hilali sur la jeunesse et les talents. Les catégories d’âge sont le lieu où se construit la force future d’une discipline avant qu’elle ne se traduise par des résultats dans les grandes compétitions. Parler de perfectionnement, d’expérience, de confrontation et de préparation revient en réalité à parler d’un investissement dans la durée, avec l’objectif de créer un renouvellement permanent des générations plutôt que de dépendre d’un nombre limité de champions.
Cette vision s’inscrit dans l’évolution de la présence arabe dans le Muay Thaï au cours des dernières années. Lors du championnat arabe organisé à Abou Dhabi en 2023, le Maroc avait remporté le titre après avoir décroché neuf médailles, dont cinq en or, tandis que son entraîneur Lahcen Wassou avait reçu pour la deuxième fois consécutive le prix du meilleur entraîneur.
En 2025, l’Union arabe avait par ailleurs renouvelé sa confiance à Abdullah Saeed Al Neyadi à la présidence, avec une composition exécutive comprenant des représentants de plusieurs fédérations arabes, dont le Maroc et la Libye.
Mais le plus révélateur dans le propos de Hilali réside peut-être dans ce qu’il ne dit pas. Il n’entre pas dans les détails de la situation du Muay Thaï marocain, n’établit pas de bilan de la scène nationale et ne cherche pas à défendre une quelconque performance nationale. Il choisit un autre espace : l’Union arabe, les sélections nationales, la compétition internationale et la jeunesse. Ce choix donne à son discours une dimension particulière. Il suggère que l’évolution d’une discipline ne devrait plus être évaluée uniquement à l’intérieur du cadre national et que l’expertise technique acquiert une portée plus grande lorsqu’elle s’inscrit dans un projet régional et international.
C’est aussi ce qui donne du poids à l’hommage qu’il rend, à la fin de son intervention, à la direction de l’Union arabe et à son président Abdullah Saeed Al Neyadi. Cette reconnaissance n’apparaît pas comme une simple formule protocolaire. Elle vient soutenir l’idée que les progrès évoqués par Hilali sont, à ses yeux, liés à une vision institutionnelle et à un travail continu. La progression du Muay Thaï arabe ne serait donc pas uniquement le produit de talents individuels, mais le résultat d’un processus associant compétitions, formation, préparation des sélections et confrontation internationale.
En arrière-plan, la question marocaine demeure présente, même lorsqu’elle n’est jamais formulée directement. Si le discours fait état d’un développement réel à l’échelle arabe, de l’émergence de nouveaux talents et d’une préparation tournée vers les championnats du monde, une interrogation s’impose : où se situe le Maroc dans cette dynamique ? Et surtout, est-il capable de transformer son expérience et son capital technique en un projet durable, ou certaines compétences et expertises trouvent-elles désormais un espace d’expression plus large au sein des structures arabes et internationales ?
C’est pourquoi le championnat de Benghazi apparaît, à travers les lignes de Lahcen Hilali, comme davantage qu’un rendez-vous sportif. Il constitue un test d’une nouvelle phase du Muay Thaï arabe, mais aussi l’occasion de poser une question plus sensible : lorsque la discipline progresse à l’échelle régionale, les résultats individuels et les performances nationales suffisent-ils encore à mesurer la solidité d’une organisation ? Ou la véritable bataille se situe-t-elle désormais dans la capacité à construire des institutions capables de retenir les talents, de développer les compétences et de transformer l’expérience accumulée en projet de long terme ?
Hilali ne formule pas la question de cette manière. Mais en choisissant de parler de Benghazi, de la jeunesse, du monde et de la fabrication des champions de demain, il la place clairement au centre du débat.


