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Benkirane en guerre contre Akhannouch : l’argent a-t-il confisqué la politique et entraîné le Maroc vers l’ère de l’hégémonie ?

Ce n’était pas simplement un discours de plus prononcé par Abdelilah Benkirane. À travers cette sortie virulente contre Aziz Akhannouch, l’ancien chef du gouvernement a semblé vouloir dépasser le cadre de la confrontation partisane classique pour poser une question plus profonde : qui gouverne réellement le Maroc aujourd’hui, le politique ou l’argent ?

Dans son intervention, Benkirane n’a pas seulement critiqué des décisions gouvernementales ou des choix économiques. Il a construit un récit plus large où se croisent pouvoir, fortune, influence médiatique, éducation, valeurs sociales et participation citoyenne. Le nom d’Akhannouch est alors devenu, dans son discours, le symbole d’un modèle où la puissance économique serait progressivement en train de redessiner les frontières de la décision politique.

La structure même de son intervention révèle cette volonté de transformer un affrontement politique en bataille de société. En passant de l’éducation aux marchés publics, puis des médias à la morale, avant d’évoquer les élections et la participation populaire, Benkirane a tenté de reconnecter plusieurs colères diffuses qui traversent aujourd’hui une partie de la société marocaine : sentiment d’injustice sociale, hausse du coût de la vie, perte de confiance envers les partis et impression que les centres réels du pouvoir échappent au citoyen ordinaire.

Mais derrière cette offensive politique se cache aussi une autre réalité : Benkirane sait que le paysage marocain a profondément changé. Le citoyen mobilisé autrefois par l’idéologie ou l’appartenance partisane semble désormais davantage préoccupé par les questions du quotidien — emploi, inflation, santé, éducation, pouvoir d’achat. En attaquant frontalement Akhannouch sur la question de la richesse et du “mariage entre argent et pouvoir”, l’ancien chef du gouvernement tente ainsi de réactiver une lecture populaire de la politique fondée sur l’opposition entre “élites économiques” et “peuple”.

La contradiction demeure toutefois évidente. Car Benkirane lui-même a dirigé le gouvernement durant une période sensible de l’histoire récente du Maroc, notamment après les secousses du “Printemps arabe”. Son mandat fut marqué par des réformes controversées, particulièrement celles liées aux retraites et à la compensation, qui avaient suscité de fortes tensions sociales. Son retour actuel dans une posture de dénonciation traduit donc aussi une tentative de reconstruction politique et symbolique de son image auprès d’une partie de l’opinion publique.

Ce qui frappe également dans son discours, c’est sa volonté constante de distinguer critique du gouvernement et défense des institutions de l’État. Malgré la violence politique de certaines attaques contre Akhannouch, Benkirane a pris soin de réaffirmer son attachement à la monarchie et à la stabilité institutionnelle. Ce positionnement n’est pas anodin. Il reflète une caractéristique centrale du champ politique marocain : l’opposition peut hausser le ton contre l’exécutif, mais elle veille généralement à ne pas remettre en cause les fondements du système politique.

Le discours révèle aussi une autre bataille, plus culturelle et idéologique. Lorsque Benkirane associe médias, productions artistiques, drogue ou “affaiblissement des valeurs” à la crise du pays, il tente de réintroduire une lecture conservatrice selon laquelle les difficultés économiques et politiques seraient également le symptôme d’une crise morale et éducative. Le débat dépasse alors les simples rivalités électorales pour devenir une confrontation autour du modèle de société que différentes forces souhaitent imposer au Maroc de demain.

Au fond, l’ancien chef du gouvernement semble surtout préoccupé par la question de la participation politique. Son insistance répétée sur l’inscription électorale et la mobilisation des citoyens traduit une inquiétude profonde face à l’abstention croissante, notamment chez les jeunes. Car dans un contexte de faible participation, les appareils les mieux structurés et les réseaux d’influence les plus puissants disposent souvent d’un avantage décisif.

Et c’est peut-être là que réside la véritable portée de cette intervention. Au-delà des accusations, des formules choc et des tensions partisanes, le discours de Benkirane met en lumière une interrogation qui traverse aujourd’hui de nombreuses sociétés : que devient la démocratie lorsque les citoyens commencent à penser que la politique ne change plus réellement leur quotidien ? Car les crises les plus profondes ne naissent pas uniquement des conflits entre gouvernement et opposition, mais du moment où une partie de la population cesse de croire que la participation politique peut encore produire un changement réel.

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