dimanche, mai 17, 2026
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Quand l’investiture devient une arme et la justice une ombre politique… la confrontation Ouzzine–Lakhsem révèle les non-dits de la machine électorale marocaine

En politique marocaine, certaines batailles ne commencent pas dans les urnes, mais derrière des téléphones fermés, dans ces réunions où beaucoup de choses se disent sans jamais être officiellement écrites. Il existe toujours une zone grise entre “l’investiture” et “l’exclusion”, entre le langage du parti et celui du pouvoir, entre ce qui est déclaré devant les caméras et ce qui se murmure en coulisses. C’est précisément dans cette zone que Mustafa Lakhsem a choisi d’exploser une nouvelle fois, non plus seulement comme ancien champion du monde ou président de commune, mais comme un homme convaincu que le conflit n’est plus uniquement politique, mais profondément personnel.

La récente sortie médiatique de Lakhsem, lors de son entretien avec le journaliste Hamid El Mahdaoui, n’avait rien d’une simple réponse aux déclarations de Mohamed Ouzzine sur la chaîne publique Al Aoula. Elle ressemblait davantage à une tentative de démonter publiquement les mécanismes complexes qui lient l’élu local au parti politique, et les ambitions électorales aux calculs qui président à la fabrication des candidatures au Maroc. Le ton était parfois nerveux, parfois chargé d’amertume, celui d’un homme persuadé d’avoir été “trompé politiquement”, après avoir attendu une investiture du Mouvement Populaire avant de se retrouver, selon son récit, face à des discussions autour de “consultations avec le ministère de l’Intérieur” et de dossiers judiciaires susceptibles de bloquer sa candidature.

Ce que raconte Mustafa Lakhsem dépasse largement un simple différend personnel avec le secrétaire général du Mouvement Populaire. Ses propos réactivent une vieille interrogation dans la vie politique marocaine : jusqu’où les partis disposent-ils réellement d’une autonomie totale lorsqu’il s’agit de candidats controversés ou dotés d’une popularité difficile à contrôler ? Lorsque Lakhsem affirme qu’Ouzzine lui aurait parlé de “concertations avec l’Intérieur”, le débat quitte immédiatement le terrain partisan pour toucher une question plus sensible encore : l’image de la relation entre administration, politique et processus électoral.

Mais l’aspect le plus explosif de ses déclarations réside ailleurs. Lakhsem accuse directement Mohamed Ouzzine d’avoir, à travers ses propos, “incité la justice” contre lui, notamment lorsqu’il évoque les poursuites judiciaires dont il fait l’objet pour justifier l’hésitation autour de son investiture. Ici, le conflit ne relève plus seulement des calculs électoraux ; il touche à la frontière délicate entre commentaire politique et influence symbolique sur l’institution judiciaire. Dans un pays où la confiance d’une partie de l’opinion publique envers les institutions reste intimement liée à la question de l’indépendance de la justice, ce type de déclarations ouvre inévitablement la porte à de multiples interprétations, même en l’absence de toute implication juridique directe.

Derrière cette confrontation politique apparaît aussi une autre crise, plus silencieuse mais plus profonde : celle de la confiance au sein même des partis. Mustafa Lakhsem parle comme un homme qui estime avoir été utilisé électoralement avant d’être abandonné lorsque les complications ont commencé. De son côté, Mohamed Ouzzine donne l’image d’un responsable politique tentant d’équilibrer ambition électorale, respect des institutions et contraintes juridiques. Entre ces deux récits, le citoyen se retrouve une nouvelle fois perdu dans une vaste zone floue où il devient difficile de distinguer la vérité des stratégies politiques.

Ce qui rend cette affaire encore plus révélatrice, c’est que Mustafa Lakhsem n’est pas un produit classique des appareils partisans traditionnels. Sa notoriété s’est construite bien avant la politique, dans le sport de combat, le spectacle et la popularité médiatique. Son entrée en politique portait ainsi l’image d’un “homme fort” venu défier les réseaux locaux et dénoncer certaines pratiques. Mais l’expérience lui rappelle progressivement que la politique n’est pas toujours un ring où la force et la popularité suffisent. Elle fonctionne aussi à travers des équilibres invisibles, des réseaux d’influence et des arrangements qui échappent souvent au regard du public.

Dans cette séquence, le nom de Hamid El Mahdaoui apparaît lui aussi comme un élément central du paysage médiatique actuel. Non seulement comme journaliste, mais comme symbole d’un espace médiatique alternatif devenu refuge pour les figures politiques en rupture avec les circuits traditionnels. L’entretien avec Lakhsem s’est ainsi transformé en matière politique inflammable, parce que cette plateforme représente pour certains un lieu de révélation des coulisses et, pour d’autres, un terrain propice à la montée du populisme politique et des affrontements médiatiques.

Au fond, cette affaire dépasse largement Mustafa Lakhsem et Mohamed Ouzzine. Elle révèle quelque chose de plus profond dans le paysage marocain : la fragilité du lien entre les partis et leurs élus, la persistance des soupçons autour des limites de l’intervention de l’autorité dans le jeu politique, et la transformation des nouveaux médias en arènes parallèles de règlement des conflits. Et peut-être que la question la plus inquiétante n’est plus de savoir qui dit vrai ou qui ment, mais plutôt de comprendre si la politique, aujourd’hui, reste réellement un espace de gestion de l’intérêt général, ou si elle est devenue un terrain de rapports de force où investitures, justice et médias servent désormais d’armes de pression réciproques.

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