lundi, mai 11, 2026
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Quand l’image devient un privilège réglementé : le Maroc redéfinit silencieusement qui a le droit de produire le cinéma à l’ère des flux mondiaux

Un matin ordinaire dans les coulisses du cinéma marocain, un producteur — marocain ou étranger — arrive avec un projet de film sous le bras. Avant même de parler scénario, casting ou lieux de tournage, une seule question s’impose silencieusement : qui a le droit de produire ici, et selon quelles règles invisibles mais structurantes ? C’est souvent dans ce moment banal que commence une mécanique bien plus profonde que l’acte artistique lui-même.

Derrière ce geste quotidien se déploie une architecture réglementaire précise, portée par le Centre Cinématographique Marocain. Le message est clair : l’exécution des productions cinématographiques au Maroc n’est pas un espace ouvert sans filtre, mais un champ structuré par un système d’agréments.

https://www.ccm.ma/en/actualite.php?id=2295

Les productions nationales ne peuvent être exécutées que par des sociétés disposant d’un agrément national d’exécution. Les productions étrangères, elles, sont réservées aux détenteurs d’un agrément international. Dans les deux cas, ces autorisations ne sont accordées qu’à des sociétés de production déjà titulaires d’une autorisation d’exercice.

Ce dispositif dépasse la simple logique administrative. Il traduit une volonté de structuration d’un secteur devenu stratégique : le Maroc s’impose aujourd’hui comme une destination majeure pour les tournages internationaux. Cette attractivité nécessite donc un encadrement capable de garantir à la fois la crédibilité, la traçabilité et la responsabilité des opérateurs.

Sur le plan économique, ce système crée une hiérarchisation claire des acteurs et permet de sécuriser les flux financiers liés aux productions. Sur le plan institutionnel, il renforce l’idée d’un secteur où la production cinématographique n’est pas seulement une activité créative, mais aussi une activité régulée, inscrite dans une logique de gouvernance culturelle.

Socialement, il redéfinit la notion même de métier de producteur : non plus simple intermédiaire entre une idée et une image, mais acteur reconnu, encadré et responsable dans une chaîne de valeur complexe.

Derrière ce système d’agréments, une question demeure en filigrane : s’agit-il seulement de protéger un secteur… ou de redessiner silencieusement qui a le droit de fabriquer les images dans un pays devenu un plateau de tournage mondial ? La réponse dépasse le cinéma lui-même — elle touche à la manière dont un État organise désormais la circulation des récits, des images et des imaginaires.

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