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Croissance de 4,5% et 850 000 emplois créés… des chiffres éclatants qui cachent une question plus profonde : qui bénéficie réellement des retombées de la croissance économique ?

Dans le cadre de la présentation du bilan gouvernemental relayé par l’Agence Maghreb Arabe Presse (MAP) et les médias nationaux, les données économiques officielles dessinent une trajectoire de croissance pour la période 2021-2025, portée par une dynamique macroéconomique présentée comme plus robuste et plus diversifiée. Mais derrière la densité des chiffres, se pose une question essentielle : dans quelle mesure cette amélioration macroéconomique se traduit-elle concrètement dans la vie quotidienne des citoyens ?

Une croissance en hausse, tirée par les secteurs non agricoles

Selon les données officielles, le taux de croissance de l’économie nationale aurait atteint environ 4,5% sur la période 2021-2025, contre 2,4% entre 2017 et 2021. Cette progression est principalement attribuée à la performance des activités non agricoles, elles aussi en croissance moyenne de 4,5%.

Cependant, une lecture plus fine révèle une économie à deux vitesses : d’un côté, des secteurs modernes soutenus par l’investissement et la demande interne ; de l’autre, un secteur agricole fragilisé par les aléas climatiques, notamment la sécheresse, qui continue de peser sur l’emploi rural et la production.

L’investissement public comme moteur central

L’un des éléments structurants du bilan réside dans la montée en puissance de l’investissement public, passé d’environ 230 milliards de dirhams en 2021 à 380 milliards en 2026.

Cette évolution traduit une stratégie de relance par la dépense publique, visant à soutenir les infrastructures, l’activité économique et la création d’emplois. Toutefois, l’enjeu central demeure la durabilité de cet impact : dans quelle mesure cet effort massif d’investissement génère-t-il des effets structurants sur la productivité et l’emploi à long terme ?

Emploi : des chiffres en hausse, mais quelle qualité ?

Le gouvernement fait état de la création de 850 000 emplois non agricoles entre 2021 et 2025, soit une moyenne annuelle d’environ 170 000 emplois, en nette progression par rapport aux périodes précédentes.

Mais ces chiffres soulèvent une question qualitative essentielle : ces emplois sont-ils stables, qualifiés et durables ? Et surtout, compensent-ils réellement les pertes enregistrées dans le secteur agricole, estimées à environ 105 000 emplois par an en raison de la sécheresse ?

Cette dynamique met en lumière un déséquilibre structurel entre création et destruction d’emplois selon les secteurs.

Inflation : une baisse rapide aux multiples interprétations

L’inflation aurait reculé de 6,6% en 2022 à 0,8% en 2025, selon les données du Haut-Commissariat au Plan.

Si cette évolution est présentée comme un signe de stabilisation macroéconomique, elle peut également être interprétée comme le reflet d’un ralentissement de certaines composantes de la demande intérieure, ce qui invite à nuancer l’analyse purement positive de ce repli des prix.

Finances publiques : amélioration des équilibres budgétaires

Les recettes fiscales atteignent 342 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 59% par rapport à 2021. Cette progression est portée par l’impôt sur les sociétés, la TVA et l’impôt sur le revenu, tous en forte croissance.

Dans le même temps, le déficit budgétaire poursuit sa trajectoire de réduction, passant de 5,5% du PIB en 2021 à un objectif de 3% en 2026. La dette du Trésor, quant à elle, recule progressivement pour atteindre 65,9% du PIB en 2026.

Ces indicateurs traduisent une volonté de consolidation budgétaire, mais soulèvent également la question de la soutenabilité sociale de cette amélioration.

Secteur extérieur : des performances en consolidation

Les indicateurs du commerce extérieur affichent une amélioration notable :

  • Les investissements directs étrangers atteignent 56 milliards de dirhams en 2025
  • Les réserves de change couvrent plus de 5 mois d’importations
  • Les transferts des Marocains résidant à l’étranger atteignent 122 milliards de dirhams
  • Les recettes touristiques s’élèvent à 138 milliards de dirhams
  • Les exportations de biens progressent fortement

Ces performances traduisent une économie ouverte et intégrée aux flux internationaux, mais également dépendante de certaines sources externes de financement structurel.

Crédibilité financière et confiance internationale

Le bilan met en avant des avancées significatives en matière de crédibilité financière : sortie de la liste grise du GAFI en 2023, rétablissement de la notation « investment grade » en 2025, confirmé en 2026, ainsi que l’amélioration de la perspective souveraine par l’agence Moody’s.

Ces éléments renforcent la perception d’un Maroc économiquement stable et attractif, tout en traduisant une reconnaissance internationale de la discipline macroéconomique.

Lecture globale : entre performance macroéconomique et enjeu social

Au total, les indicateurs présentés dessinent un tableau globalement positif en matière de croissance, d’investissement, de stabilité financière et d’ouverture économique.

Cependant, une lecture plus analytique invite à dépasser la logique des agrégats macroéconomiques pour interroger leur impact réel :

  • Dans quelle mesure cette croissance est-elle inclusive ?
  • Les emplois créés répondent-ils aux attentes des jeunes et des territoires ?
  • Et la réduction des déséquilibres macroéconomiques se traduit-elle par une amélioration tangible des conditions de vie ?

Entre les chiffres et le vécu social, persiste une zone d’écart qui demeure au cœur du débat sur la nature réelle du modèle de développement en cours.

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