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« Un ministre de Sa Majesté »… Ibrahim Boulaid décrypte le malaise du porte-parole du gouvernement face à une question journalistique sur la dignité et la responsabilité

D’une question portant sur une expression controversée prononcée au Parlement à une réponse invoquant le statut du ministre : lorsque la fonction de porte-parole devient un moyen de se réfugier derrière le prestige institutionnel plutôt que d’assumer la responsabilité politique, le problème dépasse largement un simple incident de communication gouvernementale.

La rédaction de « Maroc Maintenant » a relevé, sur la plateforme Facebook, une publication de l’auteur Ibrahim Boulaid, intitulée « Samir Bellakih, un porte-parole d’une autre époque à l’ère de l’intelligence artificielle ». Dans ce texte, il revient sur la manière dont le porte-parole du gouvernement, Samir Belfkih, aurait répondu à une question d’un journaliste concernant l’expression « mariage mongolien », précédemment employée par le ministre de l’Enseignement supérieur devant la Chambre des représentants, et qui a suscité des critiques en raison de sa portée jugée offensante à l’égard des personnes en situation de handicap.

La réflexion d’Ibrahim Boulaid mérite d’être examinée au-delà de l’incident lui-même. Son propos ne se limite pas à relever une réponse maladroite. Il soulève une question plus profonde concernant les rapports entre le pouvoir et l’interrogation journalistique, entre le statut institutionnel et la responsabilité politique et morale, ainsi qu’entre le droit des responsables publics à exercer leurs fonctions et celui de la société à leur demander des comptes.

Au cœur de sa publication, Boulaid relève une contradiction essentielle : le journaliste ne demandait pas des explications sur la composition du gouvernement, les circonstances d’une nomination ou les relations entre le ministre et l’institution monarchique. Il interrogeait le gouvernement sur une expression prononcée par l’un de ses membres au sein d’une institution législative, sur sa position à cet égard et sur la possibilité de présenter des excuses et de corriger les propos concernés.

Cette distinction n’est pas un simple détail de langage. Elle constitue le cœur même de l’affaire. La question ne portait pas sur la légitimité de la nomination du ministre, mais sur le respect de la dignité humaine et sur la responsabilité d’un membre du gouvernement quant aux termes qu’il emploie dans l’exercice de ses fonctions.

De la responsabilité morale au refuge derrière le statut

Ibrahim Boulaid s’arrête particulièrement sur la réponse attribuée au porte-parole : « C’est un ministre de Sa Majesté ». Il considère que le recours à cette formule, dans le contexte d’une question portant sur le contenu d’une déclaration ministérielle, déplace le débat de la responsabilité vers le prestige institutionnel, et de l’analyse des propos vers la position de celui qui les a tenus.

C’est ici que réside l’intérêt du décryptage proposé par l’auteur de la publication. Le porte-parole n’était pas interrogé sur la légitimité de la nomination du ministre, ni sur l’origine de son mandat. Il devait expliquer la position du gouvernement à propos des propos tenus par l’un de ses membres.

La réponse attendue aurait donc dû porter sur le contenu de la déclaration, sa compatibilité avec le devoir de respect des citoyens et les éventuelles mesures permettant de corriger ce qui a été considéré comme une atteinte à la dignité d’une catégorie de la population.

La responsabilité gouvernementale ne se limite pas aux grandes décisions politiques ou économiques. Elle concerne également le langage employé par les responsables publics. Une expression prononcée par un ministre au Parlement n’est pas une conversation privée ou une remarque sans conséquence : elle entre dans l’espace public et devient, à ce titre, légitimement susceptible de débat et de questionnement.

La question soulevée par Boulaid dépasse ainsi la personne du porte-parole : les titres et les fonctions sont-ils parfois mobilisés dans la communication politique comme des instruments destinés à mettre fin à la discussion plutôt qu’à clarifier les responsabilités ?

Le porte-parole n’est pas là pour filtrer les questions

L’un des passages les plus significatifs de la publication d’Ibrahim Boulaid concerne la nature même de la fonction de porte-parole du gouvernement.

L’auteur refuse de réduire cette mission à la défense systématique des ministres ou à la gestion des questions embarrassantes. Il considère que le porte-parole doit être la voix du gouvernement, son interlocuteur institutionnel et celui qui maîtrise suffisamment les références constitutionnelles, politiques et morales pour apporter des éclaircissements lorsque les circonstances l’exigent.

Cette observation touche à l’une des difficultés auxquelles se heurte aujourd’hui la communication institutionnelle au Maroc.

Le citoyen ne reçoit plus l’information uniquement à travers les canaux officiels. Le journaliste n’est plus obligé d’attendre le rendez-vous hebdomadaire avec la presse pour poser une question ou demander une clarification. L’espace numérique a profondément transformé les rapports entre institutions, médias et opinion publique.

La circulation rapide des déclarations fait désormais de chaque réponse gouvernementale un élément susceptible d’être enregistré, diffusé, comparé et soumis à l’appréciation des citoyens.

Le porte-parole ne représente d’ailleurs pas sa seule personne dans ces circonstances. Il véhicule également l’image de la capacité du gouvernement à accueillir la critique et à gérer les désaccords.

Lorsque la question professionnelle devient une source de tension ou donne lieu à une référence au statut du responsable interrogé, le message transmis à l’opinion publique risque de produire davantage de dommages que la question initiale.

Le véritable enjeu est donc le suivant : le porte-parole doit-il protéger l’image du gouvernement contre les questions difficiles ou préserver sa crédibilité en apportant des réponses claires à ces questions ?

La différence entre ces deux approches sépare une communication institutionnelle fondée sur la transparence d’une communication défensive qui considère le travail journalistique comme une gêne qu’il convient de contenir.

La Constitution ne place pas le ministre à l’abri de la responsabilité

Dans sa publication, Ibrahim Boulaid interroge également la formule « ministre de Sa Majesté », estimant qu’elle ne correspond pas à une qualification constitutionnelle définissant le statut du ministre au sein des institutions marocaines.

Cette question mérite d’être replacée dans son cadre constitutionnel précis.

La Constitution marocaine de 2011 encadre, dans son article 47, la nomination des membres du gouvernement. L’article 88 traite de la procédure d’investiture du gouvernement devant la Chambre des représentants, tandis que l’article 89 définit l’exercice du pouvoir exécutif. L’article 70, pour sa part, établit les compétences du Parlement, notamment en matière de contrôle de l’action gouvernementale.

Ces dispositions rappellent que les ministres, une fois nommés conformément aux procédures constitutionnelles, exercent leurs responsabilités au sein d’un gouvernement dont l’action est soumise au contrôle parlementaire.

Leur statut institutionnel ne les place donc pas en dehors du champ de la critique, du débat public ou de la responsabilité politique.

Il convient toutefois de distinguer la nomination royale des ministres, qui relève d’une prérogative constitutionnelle, de la responsabilité qui découle de l’exercice des fonctions gouvernementales.

Le respect dû à l’institution monarchique ne saurait devenir une forme d’immunité verbale empêchant de questionner les membres du gouvernement sur leurs déclarations et leurs décisions.

L’objection soulevée par Ibrahim Boulaid ne porte donc pas uniquement sur la formulation employée par le porte-parole. Elle concerne surtout le risque d’utiliser cette formulation dans un contexte où une question sur le comportement d’un ministre pourrait être présentée comme une interrogation portant sur l’autorité qui a procédé à sa nomination.

Une telle confusion, si elle s’installe dans le discours institutionnel, risque de brouiller les responsabilités et d’entraîner l’institution monarchique dans une controverse qui ne concerne ni ses prérogatives ni sa responsabilité à l’égard d’une déclaration prononcée par un membre du gouvernement.

La dignité des personnes en situation de handicap : le véritable test du discours public

Au milieu du débat sur le porte-parole et le ministre, une dimension sociale et humaine mérite de conserver toute sa place : celle des personnes concernées par l’expression à l’origine de la question journalistique.

Les personnes en situation de handicap ne sont pas de simples sujets de débat linguistique ou politique. Ce sont des citoyens disposant des mêmes droits fondamentaux et de la même dignité humaine que tous les autres membres de la société.

Il appartient aux institutions publiques de garantir leur respect, leur participation et leur pleine inclusion dans la vie collective.

La question prend une dimension supplémentaire lorsque les propos concernés sont attribués au ministre chargé de l’Enseignement supérieur. L’université n’est pas seulement un espace de transmission des connaissances. Elle est également une institution appelée à contribuer à la construction de la conscience citoyenne, au respect des différences et à la lutte contre les stéréotypes et les formes d’exclusion sociale.

C’est précisément à cet endroit que le débat moral rejoint celui du développement social.

Le développement ne se mesure pas uniquement au nombre d’universités, de places pédagogiques ou aux budgets consacrés à l’enseignement. Il se mesure aussi à la capacité des institutions à promouvoir une culture de citoyenneté, d’égalité et de reconnaissance de la dignité humaine.

Il devient difficile de demander à la société d’adopter une véritable culture de l’inclusion lorsque le langage de certains responsables publics suscite lui-même des interrogations en raison de formulations susceptibles de porter atteinte à des catégories sociales qui ont besoin de reconnaissance et de protection de leurs droits.

Dans cette perspective, présenter des excuses et apporter des clarifications, lorsque l’offense est établie, ne constitue pas un signe de faiblesse gouvernementale. C’est au contraire une manifestation de responsabilité et de respect envers les citoyens.

La presse n’est pas l’adversaire du gouvernement : la question dérangeante fait partie de sa mission

La publication d’Ibrahim Boulaid replace également le journaliste dans sa fonction naturelle au sein de l’équilibre démocratique : poser des questions, y compris celles auxquelles les responsables préféreraient ne pas répondre.

La presse, souvent qualifiée de quatrième pouvoir dans son rôle de contre-pouvoir et de contrôle social, ne tire pas sa valeur de la seule transmission des communiqués officiels. Elle joue également un rôle essentiel lorsqu’elle interroge les responsables, confronte leurs déclarations à leurs engagements et permet à la société de comprendre ce qui se passe au sein des institutions.

Selon le récit présenté par Boulaid, la question posée au porte-parole ne relevait ni d’une provocation personnelle ni d’une intrusion dans les prérogatives de l’institution monarchique. Elle concernait directement la position du gouvernement face à une déclaration attribuée à l’un de ses ministres.

Si le responsable public dispose du droit d’expliquer sa position ou de contester la formulation d’une question, cela ne remet pas en cause le droit du journaliste de la poser. Cela ne confère pas davantage à un responsable le privilège de décider quelles questions peuvent ou non lui être adressées.

Une relation saine entre le gouvernement et la presse ne repose pas sur la complaisance, mais sur la reconnaissance des fonctions respectives.

Le gouvernement conduit les affaires publiques et rend compte de son action. La presse observe, questionne, révèle les contradictions et permet à la société de mieux comprendre les décisions prises en son nom.

Plus l’espace réservé aux questions se rétrécit, plus celui du doute s’élargit. Et lorsque la réponse devient une défense du statut plutôt qu’une présentation des faits, la confiance dans la communication officielle s’affaiblit.

L’intelligence artificielle ne fabrique pas la crédibilité, mais rend l’évitement plus visible

Le choix du titre de la publication d’Ibrahim Boulaid, qui fait référence à l’ère de l’intelligence artificielle, n’est pas dépourvu de signification.

Il établit un contraste entre les anciennes méthodes de communication institutionnelle et les nouvelles réalités de l’espace numérique.

À l’époque de la documentation permanente, les déclarations ne dépendent plus uniquement de la mémoire des témoins ou des récits rapportés. Les vidéos sont conservées, les séquences circulent, les propos peuvent être retrouvés dans différents contextes et l’opinion publique dispose de moyens pour comparer la question posée à la réponse apportée.

L’intelligence artificielle, malgré les progrès de ses outils, ne peut cependant remplacer le courage politique, la qualité de la formation ou la capacité d’un responsable à reconnaître une erreur.

La technologie offre des moyens de documentation, de vérification et d’analyse. Elle ne produit pas automatiquement des responsables capables d’assumer leurs propos, ni des institutions disposées à considérer la critique comme une composante normale de leur fonctionnement.

C’est pourquoi la modernisation de la communication gouvernementale doit dépasser la simple recherche d’une meilleure image publique. Elle doit devenir une composante de la bonne gouvernance et du principe de responsabilité assortie de reddition des comptes.

Un gouvernement qui souhaite convaincre la société de la pertinence de ses programmes économiques et sociaux doit également démontrer sa capacité à respecter les questions des citoyens, leur dignité et leur droit à l’information.

D’un incident de communication à des questions stratégiques

La lecture proposée par Ibrahim Boulaid fait émerger plusieurs interrogations qui méritent de dépasser les limites de cette seule affaire.

Le gouvernement dispose-t-il d’une conception claire du rôle de son porte-parole, ou cette fonction se réduit-elle parfois à défendre les membres de l’exécutif, quelle que soit la nature des questions qui leur sont adressées ?

Quelles sont les limites de la responsabilité politique et morale d’un ministre concernant les déclarations qu’il prononce au Parlement ou dans l’espace public ?

Comment construire une communication gouvernementale qui respecte l’indépendance de la presse et considère la question journalistique comme un instrument d’amélioration de l’action institutionnelle plutôt que comme une menace ?

Existe-t-il des mécanismes concrets permettant de corriger le discours public lorsqu’il porte atteinte à des catégories sociales ou contribue à entretenir des stéréotypes contraires aux principes d’égalité et d’inclusion ?

Enfin, comment l’État peut-il développer son projet économique et social, investir dans l’université, l’économie sociale et la justice territoriale, sans faire de la dignité humaine une composante fondamentale de la culture de responsabilité au sein des institutions ?

Ces interrogations montrent que l’incident dépasse largement un échange tendu entre un journaliste et un porte-parole. Il constitue un test de la nature des relations entre le pouvoir, la responsabilité et le contrôle démocratique.

La responsabilité ne se protège pas derrière les titres

La force de la publication d’Ibrahim Boulaid réside dans sa capacité à partir d’un fait précis pour soulever une problématique plus large : comment un responsable public comprend-il sa place dans un État fondé sur des institutions et des règles constitutionnelles ? Comprend-il que la fonction qu’il exerce lui confère des compétences et des responsabilités, et non un privilège face à la critique ?

Le ministre, quelle que soit la procédure ayant conduit à sa nomination, demeure responsable de la gestion de son département, de ses déclarations, de ses positions et de ses décisions.

Le porte-parole, quelle que soit la nature de sa mission, demeure tenu de présenter des réponses claires sur les positions du gouvernement, plutôt que de mettre fin au débat par le recours aux titres et aux fonctions.

Quant au journaliste, son rôle n’est pas de sélectionner les questions les plus confortables pour les responsables publics, mais d’exercer sa mission professionnelle dans le respect de la loi et de la déontologie journalistique.

En définitive, il ne s’agit pas de défendre un journaliste contre un responsable, de soutenir un ministre ou d’attaquer le gouvernement. Il s’agit de défendre un principe institutionnel fondamental : aucune fonction ne dispense son titulaire d’assumer la responsabilité de ses propos, et aucune position constitutionnelle ne rend illégitime une question journalistique pertinente.

C’est là que se trouve le message le plus profond que l’on peut dégager de la réflexion d’Ibrahim Boulaid : la valeur d’un responsable ne se mesure pas à l’importance du titre qu’il porte, mais à sa capacité à assumer ses responsabilités, à répondre aux questions et à respecter la dignité des citoyens.

Le temps qui doit prendre fin n’est donc pas celui des personnes ou des institutions. C’est celui où l’on croit encore que le prestige peut remplacer l’argumentation et qu’un titre peut tenir lieu de réponse à une question légitime.

Source intellectuelle et publication originale : Ibrahim Boulaid, « Samir Bellakih, un porte-parole d’une autre époque à l’ère de l’intelligence artificielle », publication diffusée sur son compte Facebook. Les idées, la lecture initiale et la position exprimées dans le texte original appartiennent à son auteur. Le présent article en propose un travail de décryptage, d’analyse et d’élargissement dans un cadre journalistique indépendant.

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