samedi, novembre 7, 2026
AccueilActualitésCasablanca-Settat : lorsque les fortunes politiques présumées deviennent un test de la...

Casablanca-Settat : lorsque les fortunes politiques présumées deviennent un test de la volonté de l’État de lutter contre la corruption

De la question « D’où vient votre richesse ? » à celle de la responsabilité politique et administrative : décryptage des observations du journaliste Mustapha El Fenn sur la direction du Groupement des collectivités territoriales Casablanca-Settat pour la distribution.

Par la rédaction de Morocco Now, à partir de l’article du journaliste Mustapha El Fenn.

Les observations publiées par le journaliste Mustapha El Fenn au sujet du processus électoral ayant abouti à la mise en place de la direction du Groupement des collectivités territoriales Casablanca-Settat pour la distribution ouvrent un débat qui dépasse largement les enjeux de compétition pour les postes au sein d’une institution territoriale.

La question soulevée par le journaliste porte sur les critères de sélection des personnes appelées à superviser un service public stratégique, mais également sur la capacité des institutions à distinguer la légitimité électorale de la crédibilité morale et politique de ceux qui accèdent aux responsabilités publiques.

L’idée centrale défendue par Mustapha El Fenn est claire : le respect des procédures légales ne suffit pas, à lui seul, à conférer aux résultats d’une élection toute leur légitimité aux yeux de la société. La question de l’intégrité, celle de la confiance publique et celle de la cohérence entre les profils retenus et les discours officiels sur la moralisation de la vie publique et la reddition des comptes demeurent tout aussi déterminantes.

Sous cet angle, le journaliste met en évidence une contradiction qui mérite attention : comment une institution appelée à contribuer à la modernisation de la gestion des services publics et à l’amélioration de la gouvernance peut-elle se retrouver au centre d’un débat portant sur des soupçons d’enrichissement illicite concernant certains noms associés à sa direction ?

Une élection légale ne règle pas la question de la légitimité morale

Mustapha El Fenn qualifie le processus électoral organisé dans la région Casablanca-Settat de « formel » et évoque un « accord préalable » qui aurait, selon son appréciation, favorisé le maintien de certaines personnalités politiques à la tête du Groupement des collectivités territoriales.

Cette qualification relève du jugement journalistique et politique de l’auteur. Elle ne constitue pas, en elle-même, la preuve juridique d’une quelconque entente illicite. Son intérêt analytique réside cependant dans la question qu’elle soulève : les élections au sein de certaines institutions locales deviennent-elles de simples mécanismes de répartition des responsabilités, ou restent-elles de véritables occasions d’évaluer la compétence, l’intégrité et la capacité à assumer une mission d’intérêt général ?

La démocratie locale ne se mesure pas uniquement au nombre de voix recueillies par un candidat. Elle se mesure également à la confiance qu’il est capable de construire avec les citoyens, ainsi qu’à son aptitude à gérer les ressources publiques et les services collectifs sans conflits d’intérêts ni soupçons d’utilisation abusive des fonctions.

Cette interrogation prend une dimension particulière lorsqu’elle concerne le Groupement des collectivités territoriales Casablanca-Settat pour la distribution, étroitement lié à la société régionale multiservices chargée de la distribution de l’eau potable, de l’électricité et de l’assainissement liquide dans l’une des régions les plus importantes du Royaume.

Il s’agit d’un service qui touche directement à la vie quotidienne des citoyens, mobilise des investissements considérables et engage des infrastructures ainsi que des ressources financières exigeant un niveau élevé de gouvernance et de contrôle.

Au-delà des noms, un véritable test pour la moralisation de la vie politique

Mustapha El Fenn ne s’arrête pas aux résultats du processus électoral. Il aborde une question plus sensible : la présence de personnalités politiques dont les noms seraient, selon lui, associés dans la mémoire collective à des soupçons de corruption, d’enrichissement soudain et de transactions financières opaques.

L’auteur prend toutefois soin de ne pas généraliser ses accusations ni de présenter des personnes déterminées comme coupables, rappelant implicitement le principe de la présomption d’innocence. Cette distinction est fondamentale : évoquer un soupçon dans un article de presse ne signifie pas établir une infraction, pas plus que la circulation d’accusations ne peut remplacer une enquête ou une décision judiciaire.

Mais l’interrogation soulevée dépasse le statut juridique des personnes concernées : qu’est-ce qui permet à certaines personnalités, malgré les controverses et les soupçons qui entourent leur parcours, de retrouver des positions de responsabilité locale ?

Le débat passe ainsi de la responsabilité individuelle à celle de l’ensemble du système politique et institutionnel, notamment les partis qui accordent les investitures, négocient les alliances et désignent leurs représentants dans les instances décisionnelles.

Les partis politiques ne sont pas de simples instruments d’accès aux institutions. Ils portent également une responsabilité politique et morale dans le choix de ceux qui les représentent. Cette responsabilité ne s’arrête pas au moment du vote : elle implique un suivi permanent de l’action des élus, le respect des règles d’intégrité et l’obligation de rendre compte aux citoyens.

Le risque majeur est que la persistance de controverses autour du patrimoine de certains élus, sans éclaircissements institutionnels convaincants lorsque des éléments sérieux méritent vérification, accentue la distance entre les citoyens et les institutions représentatives.

Elle peut également alimenter l’idée que, pour certains, la politique serait devenue un moyen d’accumuler influence et privilèges plutôt qu’un espace consacré au service de l’intérêt général.

« D’où vient votre richesse ? » : la question qui met à l’épreuve l’efficacité du contrôle patrimonial

L’un des passages les plus significatifs de l’article de Mustapha El Fenn est celui où il passe des personnalités politiques à ce qu’il appelle « le premier million » de certains détenteurs de grandes fortunes.

Le journaliste évoque notamment le cas d’un ancien responsable communal qui serait passé d’une situation de fonctionnaire aux revenus modestes à la possession d’un important patrimoine immobilier.

Il mentionne notamment onze hectares de terrains situés dans la périphérie de Nouaceur, entrés dans le périmètre urbain, dont la valeur serait estimée à environ 110 millions de dirhams, selon des professionnels de l’immobilier cités dans son article. Il fait également état d’autres biens immobiliers et de villas.

L’auteur établit, dans son récit, un lien entre cette fortune et une ancienne période de gestion communale, au cours de laquelle auraient été exploitées les opportunités liées à l’urbanisme, au budget communal et à la tolérance présumée de certaines infractions immobilières en contrepartie d’avantages financiers.

Ces éléments et accusations sont rapportés par Mustapha El Fenn. Ils nécessitent une vérification indépendante et l’examen de documents officiels. Ils ne peuvent être présentés comme des faits judiciairement établis. Leur portée institutionnelle réside néanmoins dans la question qu’ils font émerger : comment retracer l’évolution patrimoniale d’un responsable public lorsque des écarts apparents entre les revenus connus et les biens qui lui sont attribués appellent des explications ?

La question « D’où vient votre richesse ? » n’est pas une simple formule journalistique destinée à provoquer. Elle renvoie à tout un dispositif de contrôle du patrimoine, de déclaration des biens, de prévention des conflits d’intérêts, de vérification de l’origine des fonds et de suivi des décisions administratives susceptibles d’avoir contribué à la constitution d’une fortune.

Dans le domaine de l’urbanisme, cette question prend une importance particulière. Une décision communale ne se limite pas à la délivrance d’un permis de construire ou d’un document administratif. Elle peut modifier la valeur d’un terrain, influencer l’avenir d’un quartier, affecter la répartition des richesses, les droits des habitants et le coût des équipements urbains.

Lorsque les compétences en matière d’urbanisme deviennent un domaine potentiel de favoritisme ou d’échange d’avantages, les conséquences dépassent largement le cadre d’une simple irrégularité administrative. Elles touchent à l’équité territoriale, à l’égalité des chances entre investisseurs et à la création d’un marché dans lequel l’influence risque de prendre le dessus sur le respect de la loi.

L’urbanisme : lorsque le pouvoir local devient une source potentielle de rente

Mustapha El Fenn revient sur une ancienne expérience de gestion communale, antérieure à la mise en place du système de l’unité de la ville à Casablanca. Il évoque l’exploitation présumée des opportunités immobilières et du budget communal, ainsi qu’une tolérance supposée à l’égard de certains promoteurs qui auraient construit des étages supplémentaires en dehors des règles légales.

L’intérêt de cette référence est qu’elle déplace le débat de la fortune personnelle vers les mécanismes susceptibles de l’avoir produite dans le cadre de l’action publique.

Une fortune immobilière ne résulte pas toujours du seul investissement légal. Dans certains cas qui méritent enquête, elle peut être liée à des décisions administratives, à des changements d’affectation des terrains, à la facilitation de procédures, à la tolérance de violations réglementaires ou à l’utilisation de l’influence publique à des fins privées.

Il est donc indispensable de distinguer l’investissement immobilier légitime de toute exploitation éventuelle du pouvoir, de l’information ou de la décision administrative en vue d’obtenir des avantages personnels.

Casablanca, en raison de son poids économique, urbain et financier, ne peut se permettre de laisser perdurer des dysfonctionnements dans la gouvernance de l’urbanisme.

La ville a besoin d’investissements, mais elle a tout autant besoin de règles transparentes garantissant que les profits soient réalisés dans le respect de la loi et que les autorités locales ne deviennent pas des intermédiaires dans la distribution d’avantages particuliers.

Le développement urbain ne se mesure pas au nombre de tours, de complexes résidentiels ou de villas qui apparaissent aux périphéries de la ville. Il se mesure au respect de la planification, à la qualité des infrastructures, à l’équilibre territorial, à la protection des ressources publiques et à la garantie des droits des citoyens.

Dans cette perspective, les observations de Mustapha El Fenn invitent à revenir sur certains anciens dossiers d’urbanisme, non pour prononcer des jugements anticipés, mais pour examiner les décisions, autorisations, plans et opérations immobilières susceptibles d’être liés à des soupçons d’enrichissement illicite, lorsque des éléments sérieux et vérifiables existent.

La Société régionale multiservices : la réforme des services publics exige aussi une réforme des conditions de gouvernance

L’article accorde une attention particulière à la Société régionale multiservices Casablanca-Settat. Mustapha El Fenn distingue les appréciations positives qu’il rapporte concernant l’intégrité de son directeur général et les compétences de ses équipes, de ses réserves à l’égard de certaines personnalités politiques ayant accédé à la direction du Groupement des collectivités territoriales.

Cette distinction est importante, car elle met en évidence deux niveaux de responsabilité différents : celui de la gestion exécutive de la société et celui de la supervision, de la représentation et de l’orientation au sein du groupement territorial.

La société n’est pas une simple entreprise chargée de prestations techniques. Elle s’inscrit dans un chantier de réforme institutionnelle visant à réorganiser la gestion de la distribution de l’eau, de l’électricité et de l’assainissement liquide, à développer les investissements, à améliorer la qualité des services et à réduire les disparités territoriales.

La société régionale a été créée dans le cadre de la loi n° 83.21 et a commencé ses activités le 1er octobre 2024, selon les informations publiées à l’occasion de son lancement. Son contrat de gestion s’étend sur trente ans et son capital social s’élève à 200 millions de dirhams, avec une participation répartie entre l’État, le Groupement des collectivités territoriales, la région et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable.

Le Groupement des collectivités territoriales occupe ainsi une position centrale en tant que propriétaire du service public et partie liée au contrat de gestion. La composition de sa direction ne relève donc pas d’une simple question protocolaire ou d’une répartition de sièges politiques. Elle touche directement au contrôle d’un service essentiel, à l’orientation de ses choix et au suivi de ses engagements.

Toute discussion sur l’intégrité des personnes appelées à diriger ce groupement doit donc être appréciée à la lumière de l’importance de leurs responsabilités, et non uniquement de leurs appartenances partisanes.

Comment convaincre les citoyens que la réforme de la gestion de l’eau et de l’électricité s’inscrit dans une logique de meilleure gouvernance si la question des critères de sélection de ceux qui supervisent cette réforme demeure sans réponse ?

Comment demander aux citoyens de respecter leurs factures et leurs obligations alors que les institutions doivent, elles aussi, leur donner l’exemple en matière de transparence et de responsabilité ?

La réussite de la société ne dépend pas uniquement de la compétence de son directeur général et de ses cadres techniques et administratifs. Elle exige également un environnement politique et institutionnel crédible, capable de protéger l’autonomie de gestion, de prévenir les conflits d’intérêts et de garantir que les décisions servent le service public et les citoyens.

Le ministère de l’Intérieur : de la supervision administrative à la responsabilité de garantir la gouvernance

Le message le plus directement adressé aux institutions dans l’article de Mustapha El Fenn concerne le ministère de l’Intérieur et les autorités territoriales qui se sont succédé à la tête de la gestion de Casablanca et de ses environs.

En s’interrogeant sur le silence des services compétents, des autorités et des walis et gouverneurs précédents, le journaliste ne se limite pas à mettre en cause les élus qu’il évoque. Il soulève une question plus large concernant l’efficacité du contrôle administratif et la capacité des institutions à détecter les dysfonctionnements et à y répondre.

Il convient ici de distinguer les responsabilités légales de chaque institution, afin de ne pas confondre les missions de l’administration territoriale avec celles de la justice, des organes de contrôle financier et des instances chargées de la lutte contre la corruption.

Toutefois, compte tenu de ses compétences en matière d’accompagnement des collectivités territoriales, de contrôle du respect de la légalité et de suivi de la gestion locale, le ministère de l’Intérieur est directement concerné par l’efficacité des mécanismes de surveillance et de vigilance.

La question soulevée ne porte pas uniquement sur le fait de savoir si les autorités avaient connaissance de tel ou tel soupçon. Elle consiste également à déterminer si le dispositif administratif dispose des mécanismes nécessaires pour transformer des informations sérieuses en procédures institutionnelles de vérification clairement identifiables.

Cela appelle plusieurs interrogations concrètes : existe-t-il un suivi précis des autorisations d’urbanisme délivrées au cours des périodes précédentes ? Les décisions communales associées à des soupçons de mauvaise utilisation des deniers publics ou d’octroi d’avantages injustifiés ont-elles fait l’objet d’audits ? Existe-t-il une coordination efficace entre les autorités territoriales, les inspections compétentes et les autorités judiciaires lorsque des indices justifient l’ouverture d’investigations ?

La valeur du contrôle ne se mesure pas au nombre de rapports produits par l’administration, mais à sa capacité à protéger le service public, à corriger les dysfonctionnements et à transmettre aux autorités compétentes les dossiers présentant des indices juridiquement pertinents.

Il est également essentiel que les changements successifs de responsables au sein de l’administration territoriale ne deviennent pas, à chaque fois, un nouveau point de départ qui efface l’évaluation objective de ce qui a été réalisé, de ce qui a échoué et de ce qui reste sans traitement.

Le développement économique ne peut être dissocié de l’intégrité de la décision politique

Au fond, la question dépasse les frontières de Casablanca et de Nouaceur. Elle touche à l’un des défis majeurs du développement au Maroc : comment construire une économie compétitive, attirer les investissements et renforcer la confiance dans les institutions lorsque le citoyen et l’investisseur peuvent avoir le sentiment que l’influence prend parfois le dessus sur la loi ?

L’enrichissement illicite, lorsqu’il est établi, ne constitue pas uniquement une dérive individuelle. Il peut révéler un dysfonctionnement dans la répartition des opportunités, une exploitation abusive des ressources et un affaiblissement des règles de la concurrence économique.

Une société qui voit certaines personnes passer de fonctions administratives ou politiques modestement rémunérées à la possession de fortunes considérables sans explications convaincantes risque de perdre confiance dans la valeur du travail, de la compétence et de l’investissement légal.

Cette question comporte également une dimension sociale et culturelle. Lorsque la corruption est perçue comme un phénomène qui échappe à la sanction, elle ne fragilise pas seulement la confiance dans les institutions. Elle contribue aussi à banaliser des comportements dangereux : rechercher l’influence plutôt que la compétence, les relations plutôt que le mérite, les privilèges plutôt que le respect des règles.

Une telle évolution est incompatible avec la construction d’une société qui associe la réussite au travail, à la production et au mérite, et qui donne aux jeunes la conviction que leur avenir ne dépend pas de la possession d’un réseau de relations politiques ou administratives.

C’est précisément en cela que réside l’une des dimensions essentielles de l’article de Mustapha El Fenn : la moralisation de la vie publique n’est pas un simple slogan éthique réservé aux discours officiels. Elle constitue une condition du développement économique et social et un élément fondamental de la confiance entre l’État et la société.

Les questions stratégiques que l’article pose aux institutions

L’analyse des idées développées par Mustapha El Fenn conduit à plusieurs questions qui dépassent les personnes et les noms cités. Elles concernent l’avenir de la gouvernance locale au Maroc :

  1. Les critères de sélection des responsables élus doivent-ils se limiter à l’investiture partisane et aux résultats électoraux, ou l’intégrité et la crédibilité doivent-elles devenir des éléments essentiels de leur évaluation politique ?
  2. Quels mécanismes permettent de vérifier l’origine des patrimoines qui dépassent de manière significative les revenus connus de certains responsables publics ?
  3. Les anciens dossiers d’urbanisme peuvent-ils faire l’objet d’audits indépendants lorsque des indices sérieux révèlent d’éventuelles irrégularités ou utilisations abusives de l’influence ?
  4. Quelle est la responsabilité des partis politiques lorsqu’ils présentent de nouveau des personnalités controversées à des fonctions décisionnelles ? Quelles sont les limites de leur responsabilité morale dans ces choix ?
  5. Comment le ministère de l’Intérieur et les autorités territoriales peuvent-ils développer un contrôle préventif plus efficace des collectivités, au lieu de se limiter à intervenir après l’aggravation des dysfonctionnements ?
  6. Le Groupement des collectivités territoriales Casablanca-Settat pour la distribution dispose-t-il de garanties institutionnelles suffisantes pour protéger l’autonomie de la Société régionale multiservices contre les conflits d’intérêts et les rivalités politiques ?
  7. Comment restaurer la confiance des citoyens dans les institutions élues si les dossiers qui soulèvent des interrogations sur les patrimoines et l’influence demeurent sans réponses institutionnelles convaincantes ?

Ces interrogations ne constituent pas des jugements anticipés. Elles prolongent naturellement le débat ouvert par le journaliste et appellent des réponses documentées de la part des institutions concernées.

La « sérieux » de l’action publique : l’épreuve des actes plutôt que des discours

Mustapha El Fenn fait référence à la notion de « sérieux » évoquée par le Roi Mohammed VI et la confronte à une réalité politique locale qui, selon lui, ne répond pas toujours aux exigences de ce principe.

Cette référence comporte une dimension politique importante. Le sérieux dans la gestion des affaires publiques ne signifie pas seulement réaliser des projets et respecter des échéances. Il implique également de choisir les responsables avec discernement, de protéger les deniers publics, de garantir l’intégrité, de prévenir les conflits d’intérêts et de ne pas faire preuve de complaisance face à des soupçons qui méritent vérification.

Un État qui investit dans les infrastructures, lance des programmes de développement et réorganise les services publics a besoin d’institutions locales capables de protéger ces investissements contre toute forme d’exploitation abusive.

La bonne gouvernance ne peut être réduite à un dispositif technique destiné à améliorer les services, tandis que les questions d’intégrité politique et administrative resteraient en dehors du champ des préoccupations.

Dans le cas de Casablanca-Settat, l’enjeu dépasse la gestion d’une institution ou la répartition des responsabilités au sein d’un groupement territorial. Il concerne la crédibilité d’un nouveau modèle de gestion d’un service essentiel et la capacité de ce modèle à apporter une amélioration concrète aux citoyens, qu’il s’agisse de la qualité de l’eau et de l’électricité, de l’équité territoriale ou de l’efficacité de l’investissement public.

C’est pourquoi les interrogations soulevées par Mustapha El Fenn ne devraient pas se transformer en une simple polémique autour de certaines personnes. Elles peuvent devenir l’occasion de réexaminer les mécanismes de sélection, de contrôle, d’évaluation et de reddition des comptes.

Conclusion : aucun développement durable sans véritable reddition des comptes

Ce qui distingue l’article de Mustapha El Fenn, c’est qu’il ne limite pas le débat à certaines personnalités politiques ou aux résultats d’un processus électoral local. Il relie la richesse, l’influence, l’urbanisme, le pouvoir et le contrôle institutionnel, jusqu’à poser une question fondamentale sur la capacité des institutions à protéger l’espace public contre les formes d’exploitation abusive.

Certains éléments évoqués dans son article pourront faire l’objet de réponses, de précisions ou d’investigations. Cela impose de garantir un droit de réponse à toute personne éventuellement concernée et de s’appuyer sur des documents ainsi que sur les procédures judiciaires lorsque cela s’avère nécessaire.

Cette exigence de prudence ne remet toutefois pas en cause la légitimité de la question générale posée par le journaliste : pourquoi certains dossiers soulevant des interrogations sur l’origine des fortunes et l’exercice des responsabilités publiques continuent-ils d’attendre des réponses claires ?

La responsabilité politique ne signifie pas une condamnation anticipée. Mais la présomption d’innocence ne doit pas davantage devenir un prétexte pour fermer la porte à la vérification d’informations sérieuses.

Si Casablanca entend présenter un modèle avancé de gestion urbaine et économique, elle a besoin de davantage que de nouvelles sociétés, de conseils élus et de structures administratives modernisées. Elle a besoin d’une culture institutionnelle dans laquelle l’intégrité constitue un critère de sélection des responsables, la transparence une règle de gestion des services publics et la reddition des comptes un véritable mécanisme de protection des deniers publics.

La question placée par Mustapha El Fenn au cœur du débat, « D’où vient votre richesse ? », mérite ainsi de passer du registre de l’interpellation journalistique à celui de la vérification et de la responsabilité institutionnelles. Car la confiance dans l’État ne se construit pas en gardant le silence sur les questions dérangeantes, mais en étant capable d’y répondre par le droit, les documents et la transparence.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus