mardi, octobre 20, 2026
AccueilActualitésPouvoir d’achat sous pression : le gouvernement El Mansouri face à l’épreuve...

Pouvoir d’achat sous pression : le gouvernement El Mansouri face à l’épreuve des prix et aux attentes sociales

Il arrive un moment où le prix des produits déposés sur la table d’une famille en dit davantage sur la situation économique que des dizaines d’indicateurs présentés dans les rapports officiels. Lorsque le consommateur entre au marché et doit recalculer ses achats, renoncer à certains produits ou réduire les quantités qu’il avait l’habitude d’acheter, le pouvoir d’achat devient une réalité quotidienne qui dépasse les statistiques annoncées, les taux de croissance et les indicateurs d’inflation.

C’est à partir de cette réalité que commence la véritable épreuve du gouvernement de Fatima Zahra El Mansouri. Présenté devant le Parlement le lundi 19 octobre 2026, son programme gouvernemental place le pouvoir d’achat, l’emploi et la protection sociale parmi les priorités de la nouvelle étape. Or, les Marocains n’attendent pas simplement un nouveau programme. Ils veulent en constater les effets sur les prix, les salaires, les pensions de retraite et les possibilités d’accéder à un emploi.

Cette épreuve revêt une importance particulière parce que la hausse du coût de la vie n’a pas commencé avec le nouveau gouvernement. Les cinq dernières années ont accumulé des pressions sur les budgets des ménages, sous l’effet de l’augmentation des prix de plusieurs produits de première nécessité et des inégalités entre les catégories sociales face à ces hausses.

Le changement de chef du gouvernement et la formation d’une nouvelle majorité n’effacent donc pas automatiquement les conséquences de la période précédente. Mais si la récente nomination ne permet pas d’imputer à la nouvelle équipe l’ensemble des difficultés héritées, elle ne saurait non plus devenir un motif permanent pour différer les décisions qui relèvent désormais de ses responsabilités.

Du poulet aux œufs et à la viande : quand le marché devient une épreuve politique

En évoquant les prix, un journaliste fort de plus de quarante années d’expérience professionnelle et âgé de plus de soixante ans exprime son étonnement devant les niveaux de prix qu’il constate ou dont il entend parler sur les marchés. Il attire notamment l’attention sur le poulet, les œufs et les viandes, en évoquant des prix qui pourraient atteindre, selon les situations qu’il rapporte, 120 dirhams le kilogramme.

Ces chiffres doivent être vérifiés sur le terrain avant d’être généralisés à l’ensemble du marché marocain. Il faut préciser le produit concerné, le lieu de vente et la date du constat. Mais la question de fond dépasse un prix particulier : pourquoi les familles doivent-elles constamment réorganiser leurs priorités, alors que les produits alimentaires essentiels devraient rester accessibles à une large partie de la population ?

Une distinction s’impose entre une hausse constatée sur un marché particulier, l’évolution générale des prix à l’échelle nationale et les différents facteurs qui interviennent dans la formation des prix : coûts de production, transport, distribution, commercialisation et équilibre entre l’offre et la demande.

La filière avicole, par exemple, est sensible au coût des aliments pour animaux, des poussins, de l’énergie et du transport. Ces facteurs peuvent contribuer à expliquer les fluctuations des prix. Mais leur évocation ne doit pas clore le débat. Elle doit, au contraire, conduire à examiner les coûts réels de production, les marges commerciales et les conditions de concurrence, afin de déterminer si le marché fonctionne normalement ou si des dysfonctionnements justifient une intervention.

La même démarche s’impose pour les viandes rouges. Malgré les mesures prises ces dernières années pour soutenir l’offre, notamment par le recours aux importations, leurs prix ont continué de susciter des interrogations. Lorsqu’une politique publique est censée faciliter l’approvisionnement ou réduire les coûts, il est légitime de demander dans quelle mesure ses effets atteignent effectivement le consommateur final, quels opérateurs bénéficient des dispositifs mis en place et comment leur répercussion sur les prix de vente est contrôlée.

L’efficacité de l’argent public ne se mesure pas uniquement au montant des crédits mobilisés ou au nombre de mesures annoncées. Elle se mesure également à ce que le citoyen reçoit concrètement. Lorsque l’État supporte un coût pour alléger la pression sur les ménages, la société est en droit de connaître les résultats obtenus, les obstacles qui ont empêché d’atteindre les objectifs fixés et les responsabilités engagées lorsqu’un manquement ou une infraction est établi.

Le gouvernement face aux intérêts économiques : une question à instruire

Une hypothèse mérite ici d’être examinée, sans être transformée en conclusion prématurée : le nouveau gouvernement est-il confronté à des dysfonctionnements anciens dans certains marchés, à des difficultés structurelles liées aux coûts de production et de distribution, ou à une combinaison de ces facteurs ?

Il serait prématuré d’affirmer que les hausses de prix constituent une campagne organisée pour faire pression sur le gouvernement de Fatima Zahra El Mansouri, ou que certains acteurs économiques chercheraient à l’amener à négocier de nouvelles aides en échange d’un apaisement des prix. Une telle conclusion nécessiterait des preuves, des documents et des données sur le fonctionnement des marchés. La seule concomitance entre une hausse des prix et un changement de gouvernement ne suffit pas.

Toutefois, l’absence de preuve d’une pression organisée ne dispense pas le gouvernement d’examiner une question plus large : celle du poids des intérêts économiques et de l’efficacité des mécanismes chargés de les contrôler.

Les gouvernements font face à des opérateurs économiques qui disposent d’une connaissance approfondie des marchés, de leurs circuits et de leurs réseaux. Dans le même temps, les mesures publiques ne parviennent pas toujours à transformer les décisions de soutien ou d’incitation en baisses perceptibles pour le consommateur.

La réponse ne consiste pas à entrer en conflit avec les investisseurs au seul motif qu’ils investissent, ni à leur accorder de nouveaux avantages sous la pression des circonstances. Elle consiste à garantir des règles de concurrence claires, la transparence dans la formation des prix et des marges commerciales, des contrôles efficaces et l’application de la loi à toute personne dont les infractions sont établies, tout en protégeant l’investissement productif et la concurrence loyale.

Si les données révèlent que les hausses résultent de difficultés structurelles de production ou de distribution, le gouvernement devra présenter un diagnostic précis et un plan assorti d’objectifs mesurables. La répétition de promesses générales contre les monopoles et les pratiques d’intermédiation illicites ne saurait tenir lieu de politique publique.

Les engagements d’El Mansouri : qu’est-ce qui changera dans le budget des ménages ?

Dans son programme, Fatima Zahra El Mansouri a placé l’amélioration du pouvoir d’achat parmi les priorités de son gouvernement. Elle a notamment évoqué la maîtrise de l’inflation, le renforcement de la protection sociale et le relèvement progressif de la pension minimale à 3 000 dirhams. Le gouvernement a également annoncé un objectif de croissance économique moyenne de 5 % par an, tout en visant une inflation limitée à 2 %.

Ces objectifs sont importants, mais leur annonce ne signifie pas qu’ils sont déjà atteints. Un ralentissement de l’inflation ne signifie pas nécessairement un retour des prix à leurs niveaux antérieurs. Il peut simplement indiquer que les prix continuent d’augmenter, mais à un rythme moins rapide.

Les familles dont les budgets ont déjà été fragilisés par les hausses précédentes ont besoin d’une amélioration effective de leur capacité à acheter, et non d’un indicateur économique plus favorable dont elles ne ressentiraient aucun effet concret.

C’est pourquoi les engagements évoqués durant la période électorale méritent une attention particulière : réforme de la fiscalité sur les salaires, amélioration des pensions, révision de la situation des veuves et allègement de certaines charges liées aux factures d’électricité. Chacune de ces promesses doit cependant être accompagnée de précisions sur les bénéficiaires concernés, son coût budgétaire, son calendrier et les dispositions législatives ou réglementaires nécessaires à sa mise en œuvre.

Plusieurs catégories professionnelles, notamment les administrateurs, les ingénieurs et les techniciens, attendent également des réponses à leurs revendications concernant l’équité salariale, les promotions et la création de nouveaux échelons. Ces questions sont directement liées au pouvoir d’achat, puisqu’elles touchent à la place du salaire dans la hiérarchie sociale et à son adéquation avec les responsabilités professionnelles et le coût de la vie.

Le gouvernement devra toutefois concilier justice sociale et soutenabilité financière. Des augmentations dépourvues de financement clairement identifié risquent de créer des engagements difficiles à honorer. À l’inverse, le report permanent des revendications sociales peut accentuer le sentiment d’inégalité et la perte de confiance. La responsabilité politique exige donc que le gouvernement explique ce qu’il peut mettre en œuvre, dans quels délais, ce qui nécessitera davantage de temps et ce qui ne pourra pas être réalisé, en précisant les raisons de ses choix.

La mobilisation devant le Parlement : un signal social au moment de la présentation du programme

Le jour même où la cheffe du gouvernement présentait son programme, des centaines de travailleurs et de travailleuses de l’enseignement préscolaire ont manifesté devant le Parlement. Ils réclamaient notamment la régularisation de leur situation professionnelle et sociale, leur intégration dans les cadres de la fonction publique ainsi qu’une amélioration de leurs rémunérations. Selon des comptes rendus de presse, l’intervention des forces de l’ordre a mis fin au rassemblement qui devait se poursuivre pendant la nuit.

Cette concomitance revêt une signification sociale et politique évidente. Alors que le gouvernement exposait ses priorités devant le Parlement, une catégorie de travailleurs intervenant dans un secteur essentiel à l’éducation des enfants réclamait une solution à un dossier professionnel qui demeure, à ses yeux, sans réponse satisfaisante.

Cela ne signifie pas que la nouvelle équipe est responsable de tous les détails de ce dossier accumulé au fil du temps. Elle est néanmoins appelée à préciser sa position, à indiquer si elle entend maintenir le modèle de gestion existant ou ouvrir une nouvelle voie de régularisation, et à exposer les contraintes juridiques et budgétaires sur lesquelles reposera sa décision.

Les mobilisations ne se mesurent pas uniquement au nombre de participants ou aux slogans scandés. Elles doivent également être appréciées à travers la nature des revendications, la durée pendant laquelle elles sont restées sans solution et la capacité des institutions à leur apporter une réponse.

L’intervention sécuritaire, quelles que soient les circonstances juridiques qui l’entourent, ne remplace pas le traitement social et administratif des problèmes qui ont conduit les manifestants dans la rue.

Le dossier de l’enseignement préscolaire ramène également au premier plan la relation entre le coût des services publics et les conditions de travail des personnes chargées de les assurer. Une réforme qui privilégie l’élargissement de l’offre éducative et l’amélioration des indicateurs de scolarisation, sans traiter suffisamment la situation des ressources humaines, risque de fragiliser la continuité et la qualité du service.

Un million d’emplois : un objectif qui ne se résume pas à un chiffre

Au-delà des prix et des salaires, le gouvernement doit affronter la question de l’emploi, qui a constitué l’un des principaux sujets de controverse durant la précédente législature.

L’objectif annoncé de créer un million d’emplois nets en cinq ans, soit une moyenne de 200 000 emplois par an, suppose une mobilisation importante de l’investissement et une capacité réelle du secteur privé à générer des emplois durables.

Le nombre de postes annoncés ne suffit cependant pas à évaluer la réussite d’une telle politique. Il faut connaître leur nature, leur stabilité, les rémunérations proposées, la place accordée aux jeunes et aux femmes, ainsi que les possibilités offertes aux régions où l’activité économique demeure insuffisante.

Un emploi précaire ou temporaire ne garantit pas nécessairement la stabilité dont une famille a besoin. De même, la croissance économique ne se traduit pas automatiquement par une hausse de l’emploi lorsque ses bénéfices restent concentrés dans un nombre limité de secteurs.

Le débat sur le chômage exige également une utilisation rigoureuse des indicateurs. Les taux publiés ces dernières années ont suscité des discussions, notamment à la suite de l’adoption par le Haut-Commissariat au Plan d’une nouvelle méthodologie de calcul. Toute comparaison entre différents taux doit donc tenir compte des périodes de référence, des définitions retenues et des méthodes utilisées. Sans cette précaution, des chiffres qui ne sont pas directement comparables peuvent donner une image trompeuse de l’évolution réelle du marché du travail.

Parallèlement à la création d’emplois, le gouvernement a annoncé des orientations visant à favoriser la formation des jeunes, leur accès aux expériences professionnelles et l’accompagnement des entreprises. Le véritable enjeu sera de transformer ces orientations en possibilités concrètes et d’évaluer les résultats à partir du nombre de bénéficiaires ayant accédé à un emploi stable, plutôt qu’en fonction du seul nombre de programmes lancés.

Qui contrôlera les résultats ?

La véritable épreuve du gouvernement El Mansouri ne réside pas seulement dans sa capacité à formuler un programme social ambitieux. Elle dépendra de sa faculté à mettre en place des mécanismes garantissant l’exécution des engagements, le contrôle des résultats et la reddition des comptes.

Les citoyens doivent savoir si les prix des produits essentiels feront l’objet de contrôles plus efficaces, comment seront examinées les marges des intermédiaires, quel sera le devenir des mesures de soutien et à quel moment les effets des réformes fiscales et sociales commenceront à se faire sentir.

Ils doivent également pouvoir accéder à des indicateurs périodiques permettant de comparer les engagements aux résultats, ainsi qu’à des informations sur les dépenses publiques, les marchés, les études et les investissements censés créer de la valeur ajoutée et des emplois.

La lutte contre la corruption, les conflits d’intérêts et l’enrichissement illicite, qui figurent parmi les thèmes des engagements gouvernementaux, est également liée à l’efficacité de la dépense publique et à l’équité dans la distribution des opportunités et des richesses.

Il serait injuste d’imputer à un gouvernement qui vient de prendre ses fonctions l’entière responsabilité de tous les problèmes hérités du passé. Mais il serait tout aussi injustifié de transformer cet héritage en prétexte pour différer indéfiniment les décisions nécessaires.

Une évaluation équitable doit distinguer les dossiers hérités, les mesures effectivement engagées par la nouvelle équipe et les résultats qui peuvent lui être attribués après un délai raisonnable.

Au fond, les Marocains n’ont pas besoin qu’on leur promette que tout changera en quelques semaines. Ils ont besoin de savoir ce qui changera en premier, selon quelles modalités, à quel coût, au bénéfice de qui et avec quelles conséquences en cas d’échec.

Lorsque les produits de première nécessité deviennent une charge quotidienne, que des revendications professionnelles et sociales demeurent en suspens et que de larges catégories de la population attendent des emplois stables, le pouvoir d’achat devient un indicateur de confiance dans les institutions et les politiques publiques.

La question qui accompagnera Fatima Zahra El Mansouri durant les premiers mois de son mandat est donc la suivante : son gouvernement parviendra-t-il à transformer ses objectifs en résultats perceptibles dans les marchés, les salaires, les pensions et l’emploi, ou se retrouvera-t-il confronté à un nouveau cycle de promesses précédées par les attentes sociales et suivies trop tardivement par les résultats ?

La réponse ne viendra pas des discours seuls. Elle se lira dans l’évolution des prix, dans les revenus des ménages, dans les possibilités offertes par le marché du travail et dans ce que les mécanismes de contrôle et de reddition des comptes permettront effectivement d’établir au cours des prochains mois.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus