mardi, octobre 20, 2026
AccueilActualitésDes engagements sociaux aux enjeux économiques, le Sahara marocain au cœur des...

Des engagements sociaux aux enjeux économiques, le Sahara marocain au cœur des priorités : Fatima Zahra Mansouri présente les orientations du gouvernement pour les cinq prochaines années

Fatima Zahra Mansouri n’a pas fait de l’élargissement des programmes publics et de l’augmentation des investissements une mesure suffisante de la réussite du nouveau mandat gouvernemental. Devant les deux chambres du Parlement, elle a placé au centre de l’action gouvernementale une question plus directement liée à la vie quotidienne des Marocains : quels changements concrets les politiques publiques apporteront-elles à l’emploi, au pouvoir d’achat, à la santé, à l’éducation, au logement et aux conditions de vie dans les différentes régions du Royaume ?

Ce déplacement du discours vers les résultats tangibles, lors de la séance commune tenue le lundi 19 octobre 2026, prend toute son importance au regard des attentes auxquelles le nouveau gouvernement doit répondre. Il ne s’agit plus seulement de poursuivre les chantiers engagés ou de lancer des programmes supplémentaires, mais aussi d’améliorer le rendement des dépenses publiques et de réduire la distance entre les décisions gouvernementales et leurs effets perceptibles par les citoyens.

Mansouri a ainsi insisté sur la nécessité de passer de l’élargissement de la couverture sociale à l’amélioration de la qualité des services, de l’évaluation du volume des investissements à celle de leur rendement, et de la multiplication des programmes à leur complémentarité. Ces orientations traduisent une volonté affichée de faire de l’impact réel des politiques publiques un critère central d’évaluation de l’action gouvernementale.

Cette présentation intervient lors de la première grande étape institutionnelle du gouvernement nommé le 16 octobre, après la désignation de Mansouri pour former le nouvel exécutif le 29 septembre. L’article 88 de la Constitution prévoit la présentation du programme gouvernemental devant les deux chambres du Parlement, sa discussion au sein de celles-ci, puis le vote de confiance à la Chambre des représentants. La séance ne constitue donc pas uniquement une annonce des grandes orientations du mandat : elle fournit également une première base politique et programmatique à partir de laquelle l’action de l’exécutif pourra être évaluée.

Pouvoir d’achat et services publics : des priorités dont les résultats ne peuvent être indéfiniment différés

Mansouri a placé l’emploi et le pouvoir d’achat parmi les principales priorités sociales, en les reliant à l’amélioration des services de santé et d’éducation, à l’accès au logement et à la réduction des disparités territoriales.

Ces questions se rejoignent dans la vie des ménages marocains. Une opportunité d’emploi ne se mesure pas uniquement au nombre de postes créés, mais aussi à leur stabilité et au revenu qu’ils procurent. De même, l’élargissement de la couverture sanitaire ne suffit pas à garantir un accès satisfaisant aux soins si la qualité des prestations et les possibilités d’accès restent inégales selon les territoires et les catégories sociales.

En affirmant que les ressources de l’État doivent être orientées vers les priorités dont les citoyens ressentent directement les effets, la cheffe du gouvernement place l’exécution des politiques publiques devant une épreuve à plusieurs dimensions. Les résultats en matière d’emploi dépendent de la création d’activités économiques durables. L’amélioration des services de santé et d’éducation exige des ressources humaines, des équipements et une gestion efficace. L’accès au logement reste, quant à lui, tributaire du pouvoir financier des ménages, de l’offre immobilière et des conditions de financement.

La justice territoriale ne consiste pas simplement à répartir les projets entre les régions. Elle suppose de garantir aux populations un accès plus équitable aux services publics et aux possibilités économiques, indépendamment de leur lieu de résidence.

Une distinction demeure toutefois entre l’annonce de ces priorités et la définition des moyens permettant de les rendre mesurables. Les orientations présentées indiquent la direction que le gouvernement entend suivre, mais elles ne suffisent pas, à elles seules, à établir l’ampleur des améliorations attendues ni leur calendrier. L’évaluation dépendra notamment des objectifs chiffrés, des échéances d’exécution, des crédits budgétaires et des indicateurs permettant de comparer les résultats aux engagements.

Cette exigence n’est pas seulement technique. Dès lors que le gouvernement entend faire du rendement des investissements publics un critère d’évaluation, il lui faudra expliquer ce qui a été réalisé, ce qui a pris du retard et les raisons pour lesquelles les ressources engagées n’ont pas toujours produit les résultats attendus.

Une économie marocaine confrontée à l’accélération des transformations internationales

Mansouri a décrit un environnement international marqué par le recul de la stabilité, l’intensification de la concurrence et les effets des tensions géopolitiques sur les routes commerciales et énergétiques. Elle a également évoqué les politiques protectionnistes qui encouragent la relocalisation des chaînes de production, ainsi que les transformations des métiers et des sources de valeur ajoutée provoquées par le numérique et les progrès industriels.

À ces évolutions s’ajoutent les pressions climatiques sur les ressources hydriques, l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Ces éléments ne sont pas indépendants des priorités sociales présentées devant le Parlement. Les perturbations du commerce et de l’approvisionnement énergétique peuvent peser sur les coûts de production et les prix. Les mutations industrielles modifient les conditions de concurrence pour attirer les investissements et créer des emplois. La disponibilité de l’eau demeure, quant à elle, un facteur déterminant pour l’activité agricole et l’équilibre économique des territoires ruraux.

La politique économique doit donc composer avec une croissance exposée aux chocs extérieurs, plutôt que se limiter à la recherche de résultats favorables dans une conjoncture donnée.

La cheffe du gouvernement a mis en avant plusieurs atouts du Maroc : sa proximité avec les marchés européens, son ancrage africain, sa façade atlantique, sa stabilité institutionnelle, le développement de ses infrastructures et l’existence d’une base industrielle. Ces facteurs peuvent renforcer l’attractivité du Royaume, favoriser les exportations et soutenir son positionnement dans les secteurs économiques émergents.

Leur transformation en opportunités effectives dépend néanmoins de la capacité des entreprises à être compétitives, de la formation des compétences, du développement de l’innovation et des conditions concrètes de production et d’exportation.

La position géographique confère au Maroc un avantage, mais elle ne suffit pas à déterminer l’issue de la compétition internationale pour les investissements. L’arrivée de nouveaux projets industriels ne garantit pas non plus, automatiquement, une amélioration généralisée de l’emploi ni une répartition plus large des bénéfices économiques.

Il faut également examiner les liens entre les investissements et les entreprises locales, la valeur ajoutée produite dans le pays, la nature des emplois créés et la capacité des projets à favoriser le transfert de compétences et de technologies.

En appelant le gouvernement et les acteurs économiques et sociaux à transformer les atouts du Royaume en possibilités de croissance et de création de richesse, Mansouri a présenté cette ambition comme une responsabilité partagée. Cette répartition des responsabilités ne diminue toutefois pas le rôle central de l’État dans la création des conditions nécessaires à l’investissement, la simplification des procédures, le développement des infrastructures et des services, et le renforcement de la compétitivité, tout en préservant l’équilibre entre croissance et justice sociale.

Le Sahara marocain : souveraineté et développement dans une même orientation

Sur le dossier national, Mansouri a réaffirmé la place centrale de l’intégrité territoriale. Elle a associé la poursuite de la défense de la souveraineté et des intérêts du Royaume à la mobilisation du soutien international en faveur de l’initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine, parallèlement à l’accélération du développement des provinces du Sud.

Elle a également évoqué les évolutions liées à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, qu’elle a présentées comme une étape importante dans le traitement du dossier. L’évaluation de la portée diplomatique d’une résolution exige cependant de se référer à son texte officiel et à ses dispositions précises, en distinguant ce qu’elle prévoit de ce que l’on peut en déduire politiquement. La qualifier d’étape importante ne suffit pas, à elle seule, à déterminer les suites du processus ni à considérer que la question est définitivement réglée.

Sur le plan gouvernemental, l’articulation entre la défense de la souveraineté marocaine et l’accélération du développement des provinces du Sud traduit une approche qui considère le développement comme une composante de la consolidation de l’intégration nationale et du renforcement de la présence du Royaume dans son environnement régional.

Les provinces du Sud ont été présentées comme un espace stratégique permettant au Maroc de renforcer son ouverture sur la profondeur africaine et l’espace atlantique. Cette dimension offre des perspectives en matière d’échanges commerciaux, de connectivité logistique et de développement économique.

La concrétisation de ces possibilités suppose toutefois de poursuivre les investissements dans les infrastructures, d’améliorer les services publics, d’élargir les possibilités d’emploi et de garantir aux populations des provinces du Sud du Royaume une participation effective aux bénéfices du développement.

L’enjeu opérationnel sera de déterminer ce que le nouveau mandat apportera aux réalisations déjà engagées, comment les priorités annoncées seront traduites en projets, en ressources et en calendriers précis, et selon quels critères leur impact économique et social pourra être évalué, y compris en matière de consolidation de l’intégration territoriale.

Les constantes nationales et la politique étrangère

Mansouri a inscrit le programme gouvernemental dans un ensemble de références comprenant l’islam modéré, la monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale, l’unité nationale et territoriale, le choix démocratique, la préservation de la pluralité culturelle et linguistique, le respect des droits et des libertés, ainsi que la promotion de l’égalité des chances. Elle a également souligné le rôle central des orientations royales dans la définition des références et des priorités de l’action gouvernementale.

Le programme est ainsi présenté non comme une simple juxtaposition de mesures sectorielles, mais comme une action publique inscrite dans les constantes constitutionnelles et nationales du Royaume, tout en poursuivant les réformes et les chantiers en cours.

Concernant la question palestinienne, la cheffe du gouvernement a réaffirmé l’attachement du Maroc à son soutien à la cause palestinienne et à Al-Qods Acharif, ainsi qu’à une solution pacifique fondée sur la coexistence de deux États, considérée comme la voie vers une paix juste et durable.

Cette position maintient la question palestinienne parmi les dossiers sur lesquels le Royaume exprime ses constantes diplomatiques. Elle ne se confond toutefois pas avec l’évaluation de leur mise en œuvre : celle-ci dépend des décisions, des politiques et des programmes effectivement adoptés, dans le respect des compétences constitutionnelles et institutionnelles de chaque acteur.

De la présentation du programme à la responsabilité parlementaire

La prochaine étape de la procédure constitutionnelle repose sur la discussion du programme gouvernemental au sein des deux chambres, avant le vote de confiance à la Chambre des représentants conformément à l’article 88 de la Constitution.

Les débats offriront l’occasion d’examiner les engagements annoncés, de demander au gouvernement de préciser ses objectifs et ses moyens d’action, et d’évaluer sa capacité à répondre aux attentes sociales et économiques.

L’exécutif devra concilier l’amélioration du pouvoir d’achat, la création d’emplois et la qualité des services publics avec les impératifs d’investissement, de compétitivité et d’adaptation aux transformations internationales et climatiques. Ces priorités devront être articulées dans le cadre de ressources budgétaires nécessairement limitées et de choix déterminant l’ordre des urgences et la répartition des crédits.

Mansouri a présenté les orientations que le gouvernement entend suivre durant les cinq prochaines années et identifié les domaines qu’il souhaite placer au cœur de son action. L’évaluation de leur capacité à modifier concrètement la vie des Marocains dépendra désormais des engagements mesurables qui seront annoncés, des ressources qui leur seront affectées et des résultats observables dont le Parlement et l’opinion publique pourront suivre l’évolution et demander compte aux responsables.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus