Le Parti authenticité et modernité (PAM) conserve une présence importante au sein de la nouvelle équipe gouvernementale, dont les membres ont été nommés ce vendredi au Palais royal de Rabat par le roi Mohammed VI. Fatima Zahra Mansouri prend la tête du gouvernement, succédant à Aziz Akhannouch. Parmi les personnalités reconduites figurent Abdellatif Ouahbi, qui conserve le portefeuille de la Justice, et Mohamed Mehdi Bensaid, qui poursuit sa mission à la tête du département de la Jeunesse, de la Culture et des Sports, regroupant ces trois domaines au sein d’un même ministère.
Cette continuité soulève des questions sur la portée des choix opérés et sur les critères qui ont présidé au maintien de certains ministres à leurs postes, alors que le changement de gouvernement aurait également pu constituer l’occasion d’évaluer les résultats obtenus et de réexaminer les secteurs qui attendent encore des avancées tangibles.
La nomination royale inscrit les responsabilités gouvernementales dans leur cadre constitutionnel et institutionnel. Elle ne constitue pas, en elle-même, un certificat de réussite ou d’échec pour un ministre, pas plus qu’elle ne suffit à établir l’existence d’une approbation politique globale à l’égard d’un parti ou de l’ensemble de ses membres. Ce que permet de constater la composition annoncée, c’est le choix de la continuité dans plusieurs départements. Les ministres reconduits devront désormais défendre leur bilan, et pas seulement reprendre leurs fonctions.
Pour le PAM, arrivé en tête des résultats des élections législatives du 23 septembre, l’accession de Fatima Zahra Mansouri à la présidence du gouvernement et le maintien de plusieurs figures du parti à des postes ministériels importants renforcent sa présence au sein de l’exécutif. Toutefois, conclure de ces seuls éléments que le Palais ou ce que l’on appelle « l’État profond » accorde au parti une approbation politique globale relève d’une interprétation qui nécessiterait des éléments indépendants, au-delà de la simple lecture des nominations.
Abdellatif Ouahbi retrouve le ministère de la Justice à un moment où l’accès des citoyens à la justice, l’efficacité des institutions et la garantie des droits demeurent des enjeux dont la portée se mesure aux résultats concrets. Son maintien à ce poste remet son bilan antérieur, ainsi que les débats qu’il a suscités, au centre des critères d’évaluation qui devraient accompagner tout renouvellement de responsabilité.
Mohamed Mehdi Bensaid, de son côté, fait face à un défi différent, à la croisée de la culture, de la jeunesse et du sport. Ces domaines n’obéissent ni aux mêmes attentes ni aux mêmes indicateurs de réussite. La culture nécessite une politique publique qui élargisse les possibilités de création et de diffusion tout en soutenant les artistes. Les jeunes attendent des programmes favorisant leur participation, leur formation et leur insertion. Quant au sport, il doit dépasser les résultats ponctuels pour construire un système capable de détecter les talents, de former les athlètes, de développer les infrastructures et d’améliorer la gouvernance.
Le sport, un secteur qui a besoin de davantage qu’un changement de noms
Au Maroc, il est difficile d’aborder la question du sport sans tenir compte des attentes accumulées au fil des années, qu’il s’agisse du sport scolaire et universitaire, de la formation des athlètes, du développement des compétitions nationales ou de l’élargissement de la pratique sportive auprès des enfants et des jeunes. Les prochaines échéances internationales, notamment l’organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, renforcent également les attentes quant à la capacité du pays à transformer les investissements et les infrastructures en un héritage sportif durable.
Plusieurs responsables et ministres se sont succédé à la tête du secteur. Les configurations gouvernementales ont évolué et les compétences ont été réparties entre différentes structures, tandis que les questions du financement, de la gouvernance, de la formation et de l’équité territoriale sont restées au cœur du débat sportif.
Il serait difficile de réduire ces défis à la seule personne du ministre. Les résultats dépendent également du fonctionnement des fédérations sportives, du rôle des collectivités territoriales, des politiques éducatives, des ressources disponibles et de la coordination entre les institutions.
Pour autant, la multiplicité des intervenants ne décharge pas le ministre de sa responsabilité politique. La complexité du système ne saurait devenir une justification permanente des retards de la réforme. À l’inverse, il serait tout aussi réducteur d’imputer à un seul responsable les conséquences d’accumulations qui s’étendent sur plusieurs années, sans examiner précisément les décisions prises, les moyens engagés et la répartition des compétences.
Le maintien de Bensaid à la tête du secteur sportif lui donne la possibilité de poursuivre les chantiers engagés. Il l’oblige aussi à présenter un bilan mesurable, au-delà des programmes annoncés et des promesses. Il faudra notamment déterminer ce qui a réellement changé dans l’accès à la pratique sportive, les conditions de formation, le soutien aux disciplines insuffisamment médiatisées, le développement des infrastructures en dehors des grandes villes et le lien entre les dépenses publiques et les résultats obtenus.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le pari de « Maroc Maintenant ». Nous faisons le pari que cette nouvelle étape pourra offrir à Mohamed Mehdi Bensaid l’occasion de donner un nouvel élan au sport et de faire évoluer le secteur au-delà des attentes répétées, vers une réforme dont les effets seraient perceptibles dans les clubs, les centres de formation, les établissements scolaires et les quartiers.
Il s’agit d’un pari éditorial sur la possibilité d’un changement, et non d’un jugement anticipé sur la réussite du ministre ni d’une affirmation selon laquelle des résultats encore à démontrer auraient déjà été obtenus.
Ce pari exige des indicateurs précis. Combien de nouvelles installations sportives sont effectivement entrées en service ? Qu’est-ce qui a changé dans le soutien aux associations et aux clubs ? Les conditions de pratique se sont-elles améliorées pour les filles, les enfants et les jeunes des territoires les moins bien équipés ? Quelle place les sports individuels et collectifs, en dehors des disciplines bénéficiant d’une large couverture médiatique, occupent-ils dans les programmes de formation et les dispositifs de financement ?
Le ministère devra également clarifier la répartition des responsabilités entre ses propres services et les fédérations sportives, afin que la multiplication des institutions ne dilue pas les mécanismes de reddition des comptes. Pour un citoyen confronté à un terrain fermé ou à un club incapable de garantir des conditions minimales d’entraînement, la répartition administrative des compétences compte moins que l’identification de l’autorité responsable de la solution.
Un nouveau gouvernement, de nouvelles exigences de responsabilité
La composition annoncée compte 31 membres, y compris la cheffe du gouvernement. Elle associe le maintien de plusieurs ministres à une redistribution des compétences, tout en intégrant des domaines nouveaux ou élargis, notamment l’intelligence artificielle, l’efficacité publique et la souveraineté alimentaire.
La liste officielle indique que le département de la Jeunesse, de la Culture et des Sports restera sous la responsabilité de Bensaid. La nomination de Salah Eddine Abkari comme ministre délégué chargé de la Jeunesse mérite également d’être suivie, afin de déterminer si cette répartition permettra de mieux concentrer les efforts sur les politiques destinées aux jeunes ou si elle ajoutera un niveau supplémentaire de coordination au sein du département.
L’épreuve véritable commence cependant après les cérémonies de nomination. Un ministre reconduit aborde cette nouvelle étape avec un bilan antérieur, comprenant ses réalisations comme ses insuffisances. La comparaison entre les engagements annoncés et les résultats obtenus devient dès lors plus pressante.
La cheffe du gouvernement devra, elle aussi, définir les priorités, assurer la coordination entre les départements et clarifier les responsabilités ainsi que les mécanismes d’évaluation.
Pour le PAM, sa présence significative au sein du gouvernement implique une responsabilité politique accrue. Participer à la conduite des affaires de l’État signifie assumer les conséquences des décisions et des résultats, et non se limiter aux avantages liés à l’occupation des postes ministériels. La place du parti ne peut être évaluée uniquement à travers le nombre de ses ministres ou l’importance de leurs portefeuilles. Le critère le plus solide reste ce que ces départements apporteront aux citoyens et la manière dont les politiques publiques se traduiront dans leur vie quotidienne.
Dans le domaine sportif, le pari sur Bensaid restera ouvert, en fonction des décisions et des résultats qui apparaîtront au cours des prochains mois. « Maroc Maintenant » choisit de lui reconnaître une nouvelle occasion d’agir, mais cette possibilité ne vaut pas blanc-seing.
La responsabilité renouvelée aujourd’hui devra s’accompagner d’un bilan susceptible d’être examiné et évalué, sans préjugés, qu’il s’agisse de reconnaître les avancées ou de relever les insuffisances.


