Le Conseil national valide la participation à la future équipe de Fatima Zahra Mansouri et mandate le Premier secrétaire pour négocier les conditions de cette entrée au gouvernement. En parallèle, le recul électoral du parti remet la question de la responsabilité de sa direction au centre du débat interne.
Réuni à Rabat le samedi 10 octobre 2026, le Conseil national de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) a décidé de participer à la formation du prochain gouvernement. Il a confié à son Premier secrétaire, Driss Lachguar, le soin de négocier les conditions de cette participation, la configuration de la future majorité ainsi que les propositions du parti concernant les responsabilités gouvernementales. La décision ouvre ainsi une nouvelle phase des discussions avec Fatima Zahra Mansouri, chargée de conduire les consultations en vue de la formation du gouvernement.
Mais derrière ce choix se dessinent deux questions que le parti devra traiter simultanément. La première concerne sa place dans la prochaine majorité et sa capacité à peser sur les orientations gouvernementales. La seconde renvoie à son fonctionnement interne, après le recul de sa représentation parlementaire, passée de 34 sièges lors de la précédente législature à 26 à l’issue des dernières élections législatives.
Ces deux dossiers ne relèvent pas du même registre, mais ils se rejoignent autour d’une interrogation : comment l’USFP entend-il tirer les conséquences de son résultat électoral tout en négociant sa participation à l’exercice du pouvoir ?
Devant les membres du Conseil national, Driss Lachguar a défendu le choix de participer au prochain gouvernement. Il a notamment évoqué les convergences politiques et idéologiques entre l’USFP, les composantes de l’ancien bloc démocratique et le Parti authenticité et modernité (PAM), qui conduit les consultations gouvernementales. À ses yeux, travailler avec Fatima Zahra Mansouri ne constitue pas une contradiction politique, dès lors que des rapprochements peuvent être trouvés autour de valeurs progressistes et modernistes, ainsi que de certaines orientations en matière de développement et de réforme.
Cette référence au bloc démocratique renvoie à une histoire politique que l’USFP continue de mobiliser pour justifier ses choix. Elle constitue un point d’appui dans la recherche d’une cohérence entre les engagements historiques du parti et les alliances qu’il envisage aujourd’hui.
Reste que la mémoire des convergences politiques ne suffit pas, à elle seule, à définir les termes d’une alliance gouvernementale. Les rapprochements idéologiques peuvent faciliter les discussions, mais ils doivent ensuite se traduire dans les programmes, les priorités de l’action publique et les arbitrages qui accompagnent l’exercice du pouvoir. Les désaccords éventuels sur ces questions ne disparaissent pas automatiquement au moment où les partis décident de gouverner ensemble.
Le Conseil national a justifié son orientation par l’existence de convergences qu’il estime sérieuses avec le PAM et les autres forces susceptibles de constituer la future majorité. Il a également mis en avant la nécessité de consolider le processus de développement démocratique, de renforcer les institutions et de transformer les propositions électorales en engagements gouvernementaux susceptibles d’être mis en œuvre et évalués.
C’est sur ce terrain que la participation de l’USFP devra être appréciée. Le parti affirme vouloir subordonner son engagement à la définition d’un cadre politique et programmatique précis, comprenant des priorités, des engagements réciproques et des mécanismes de suivi. Il entend également préserver son autonomie de décision et la lisibilité de son identité politique au sein de la future équipe gouvernementale.
Ces orientations figurent dans les positions défendues par la direction et dans les conclusions annoncées à l’issue de la réunion. Leur traduction en conditions de négociation effectivement acceptées par les partenaires reste toutefois à établir. À ce stade, le choix de participer est acté par le Conseil national, mais les modalités définitives de cette participation dépendent encore des discussions avec les responsables de la future majorité.
Le mandat confié à Driss Lachguar couvre précisément ces négociations. Il porte sur l’offre de participation gouvernementale, la méthode de formation de l’équipe, la nature de son architecture ainsi que la présentation de propositions concernant les membres du parti susceptibles d’assumer des responsabilités ministérielles. Le Conseil national a indiqué que ces propositions devraient reposer sur des critères de compétence, d’intégrité et de capacité à obtenir des résultats, dans le respect des procédures constitutionnelles applicables aux nominations.
Cette délégation donne au Premier secrétaire une marge de négociation au nom de son parti. Elle place aussi les résultats des discussions au centre de l’attention des instances socialistes, puisque celles-ci devront apprécier ce qui aura été obtenu et la manière dont les engagements politiques défendus par le parti seront représentés dans l’accord final.
Pendant que s’ouvrait ce chantier gouvernemental, les débats internes portaient sur une autre réalité : le recul du nombre de sièges obtenus aux élections législatives.
Selon des informations rapportées par des sources proches des travaux du Conseil national, Driss Lachguar a affirmé que les responsables des différentes structures du parti étaient prêts à se soumettre à une démarche de questionnement et de reddition des comptes. Il a évoqué l’organisation prochaine d’une réunion avec les secrétaires provinciaux et régionaux, dans le prolongement des remarques formulées par certains membres du Conseil national sur la gestion du parti et ses résultats électoraux.
Le Premier secrétaire a parlé d’une démarche de responsabilité réciproque, qui concernerait aussi bien les membres du bureau politique que les responsables territoriaux. Il a également évoqué la possibilité de préparer le terrain à des exercices de reddition des comptes et à la tenue de congrès nationaux, tout en insistant sur le respect de la légitimité institutionnelle et des procédures de décision.
Ces déclarations ne permettent pas de conclure que la direction reconnaît une responsabilité exclusive dans le recul électoral. Elles ne permettent pas davantage d’imputer les résultats aux seules structures locales. Pour établir les responsabilités, il faudrait disposer d’éléments plus précis sur les choix de candidatures, la conduite des campagnes, le fonctionnement des organisations territoriales, les décisions prises par la direction et les facteurs ayant pesé sur le vote.
Les résultats électoraux constituent un fait mesurable. Leur explication relève d’un examen plus large, qui ne peut se réduire à la confrontation entre la direction nationale et les responsables des structures locales.
Dans son discours d’ouverture, Driss Lachguar a par ailleurs critiqué ce qu’il a présenté comme une amplification des rumeurs sur les tensions internes. Il a rejeté ce qu’il a appelé les « exploits des écrans virtuels », en soutenant que la critique politique devait s’exercer dans les réunions, les conseils et les congrès du parti plutôt que se limiter aux échanges sur les réseaux sociaux.
Cette position traduit la volonté de la direction de privilégier les cadres institutionnels pour traiter les désaccords. Elle pose également la question de la capacité de ces mêmes cadres à accueillir les critiques, à les examiner et à déboucher sur des changements concrets. L’existence de procédures internes peut organiser le débat ; elle ne préjuge pas, à elle seule, de la portée des conclusions qui en seront tirées.
Il existe en effet une différence entre appeler à la reddition des comptes et définir un dispositif permettant de l’exercer. La première démarche annonce une intention. La seconde suppose des critères d’évaluation, un examen des décisions prises, l’identification des responsabilités et, éventuellement, des mesures correctives dont les effets pourront être appréciés.
Pour l’USFP, cette discussion intervient alors que le parti se prépare à négocier sa place au gouvernement. Le calendrier oblige sa direction à avancer sur deux fronts : défendre les intérêts politiques du parti dans la construction de la majorité et répondre aux interrogations suscitées par la diminution de sa représentation parlementaire.
Rien ne permet, à ce stade, d’affirmer que l’un de ces dossiers prendra nécessairement le pas sur l’autre. Mais un accord gouvernemental ne saurait, à lui seul, tenir lieu de réponse aux questions internes sur les résultats électoraux. Inversement, l’ouverture d’un débat sur les responsabilités ne dispense pas la direction de clarifier les conditions dans lesquelles elle entend participer au prochain gouvernement.
Il convient également de distinguer la décision politique du résultat des négociations. Le Conseil national a approuvé le principe de la participation et mandaté Driss Lachguar pour conduire les discussions. Cela ne signifie pas qu’un accord définitif a déjà été conclu sur les portefeuilles ministériels, la répartition des responsabilités ou la composition de la future équipe.
Ces éléments restent tributaires des consultations en cours. La portée réelle de la participation de l’USFP dépendra notamment des engagements inscrits dans le programme gouvernemental, des moyens accordés pour les mettre en œuvre et de la place réservée aux propositions défendues par le parti.
Driss Lachguar dispose désormais d’un mandat institutionnel pour négocier au nom de l’USFP. Il a également annoncé que les structures du parti seraient appelées à rendre des comptes. Les prochaines étapes permettront de voir comment ces deux engagements seront traduits dans les faits : ce que l’USFP obtiendra dans les discussions avec la future majorité, les engagements qu’il acceptera en contrepartie et la manière dont il entend répondre aux interrogations sur son recul électoral.
La décision de participer au gouvernement est prise. Les conditions de cette participation, comme les conclusions de l’examen interne des résultats, restent à préciser.


