Le Parti authenticité et modernité (PAM) n’a pas encore arrêté l’identité de ses futurs partenaires gouvernementaux, malgré les informations qui ont circulé ces derniers jours et qui privilégiaient une alliance avec les partis de la Koutla démocratique : l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS). Abdelatif Ouahbi, membre de la commission chargée par le PAM de conduire les négociations, a remis ce scénario au rang des hypothèses, en affirmant à Hespress que les discussions restaient ouvertes et qu’aucun parti n’était exclu des calculs, y compris le Rassemblement national des indépendants (RNI).
Cette déclaration établit une distinction entre les configurations politiques évoquées dans les échanges et les accords effectivement conclus. À ce stade, Fatima-Zahra Mansouri, chargée de former le gouvernement, n’a annoncé aucune formule définitive pour la future majorité. Le rapprochement envisagé avec les partis de la Koutla ne s’est pas non plus transformé en accord politique public.
La question ne porte pas uniquement sur les partis qui prendront place dans la majorité. Arrivé en tête des élections législatives du 23 septembre avec 97 sièges, le PAM doit construire une majorité au sein d’une Chambre des représentants qui compte 395 membres. Le RNI a obtenu 66 sièges, devant l’Istiqlal, crédité de 65 sièges. L’USFP en a remporté 26 et le PPS, 19, selon les résultats publiés des législatives de 2026.
Ces chiffres expliquent pourquoi plusieurs configurations restent arithmétiquement envisageables. Ils ne permettent cependant pas de déterminer laquelle sera retenue par Mansouri. Une majorité ne se construit pas par la seule addition des sièges : elle suppose également des accords sur le programme gouvernemental et la répartition des responsabilités. Ouahbi affirme précisément que les négociations portent aussi sur ces questions.
La Koutla à la table des négociations, mais pas comme un bloc indivisible
L’un des éléments les plus significatifs de l’intervention de Ouahbi tient à sa précision sur la méthode de négociation : les discussions avec les partis de la Koutla démocratique se déroulent séparément, chaque formation étant abordée individuellement, et non comme une composante politique unifiée.
L’appellation historique de la Koutla ne signifie donc pas nécessairement que ses trois partis entreront ensemble au gouvernement, ni qu’ils défendront des conditions de participation communes. L’Istiqlal, fort de ses 65 sièges, n’occupe pas la même position parlementaire que l’USFP et le PPS, qui en comptent respectivement 26 et 19.
La négociation séparée de chaque formation peut ouvrir davantage d’espace aux discussions sur les conditions de participation, le programme et les portefeuilles ministériels. Elle ne constitue toutefois pas la preuve qu’une décision aurait déjà été prise pour démanteler une alliance ou écarter l’un des partis concernés.
Ouahbi n’a d’ailleurs pas présenté les négociations comme un accord acquis. Il a insisté sur leur caractère toujours ouvert. Lorsqu’il évoque la Koutla comme un projet historique né dans une conjoncture politique particulière, il souligne que les conditions actuelles diffèrent de celles qui avaient présidé à sa constitution. Cela ne préjuge pas, pour autant, du sort réservé à ses trois formations dans la prochaine majorité.
L’absence de Chouki au deuxième tour ne signifie pas l’exclusion du RNI
L’absence de Mohamed Chouki, président du RNI, lors du deuxième tour des consultations a alimenté l’hypothèse d’une orientation de Mansouri vers une alliance avec les partis de la Koutla. Ouahbi a néanmoins récusé l’idée que cette absence équivaudrait à une mise à l’écart du RNI, affirmant que la commission chargée des négociations n’avait exclu aucune formation politique.
Cette précision prend une importance particulière au regard de la nouvelle configuration parlementaire. Le RNI, qui avait remporté 102 sièges aux législatives de 2021, est retombé à 66 sièges en septembre 2026, tout en conservant la deuxième place nationale. Ce recul électoral ne signifie pas, à lui seul, que le parti a perdu toute possibilité de participer au gouvernement. De même, la première place du PAM ne lui confère pas une majorité autonome.
La composition du futur exécutif dépendra donc des accords politiques à venir. Mais les déclarations disponibles ne permettent pas d’affirmer que Mansouri a décidé d’écarter le RNI ou qu’elle a définitivement retenu les trois partis de la Koutla. Les faits établis sont plus limités : Chouki n’a pas été convié au deuxième tour des consultations et Ouahbi affirme que la négociation reste ouverte à toutes les formations.
Des sièges à la répartition des portefeuilles : la négociation change de dimension
Selon Ouahbi, la semaine prochaine devrait constituer une étape décisive. Une première configuration de la majorité serait définie en début de semaine, avant le passage à la sélection des personnalités susceptibles d’entrer au gouvernement. Les discussions dépassent ainsi la seule question des partis participants pour aborder l’architecture de l’exécutif et la nature des portefeuilles ministériels.
Le choix des futurs ministres restera néanmoins lié au contenu de l’accord politique. Ouahbi établit un lien direct entre les profils proposés, l’accord sur le programme gouvernemental et les compétences des candidats. Il écarte, à ce stade, toute décision préalable sur la nature des personnalités appelées à exercer des responsabilités.
Autrement dit, même si la participation des partis est arrêtée dans les prochains jours, la négociation ne sera pas nécessairement terminée. L’accord sur le programme, la répartition des portefeuilles et le choix des personnes sont des étapes étroitement liées. Chacune peut conduire à réajuster les compromis précédemment envisagés.
Aucune information publique ne permet encore d’identifier les ministères qui reviendraient à chaque formation ni les personnalités qui pourraient intégrer le prochain gouvernement.
Le 20 octobre, une échéance qui resserre le calendrier
Ouahbi a fixé au 20 octobre la date limite souhaitée pour achever cette phase des négociations, en la reliant aux prochaines échéances législatives, notamment au projet de loi de finances pour l’année à venir. Le calendrier laisse donc une marge de manœuvre limitée aux négociateurs, alors que la définition de la majorité doit s’accompagner d’un accord sur le programme gouvernemental, avant la finalisation des portefeuilles et des candidatures.
Cette échéance ne signifie pas nécessairement que tous les détails du gouvernement seront réglés à cette date. Elle traduit cependant la nécessité de passer des consultations et des prises de contact à une formule suffisamment précise pour permettre au futur exécutif de préparer les dossiers législatifs et financiers attendus.
À ce stade, l’hypothèse d’un gouvernement associant le PAM aux partis de la Koutla démocratique reste ouverte, tout comme celle d’une participation du RNI, conformément aux déclarations de Ouahbi. Tant que Mansouri n’aura pas annoncé la composition de la majorité, les formules avancées dans le débat politique demeureront des scénarios, et non des accords définitifs.


