vendredi, octobre 9, 2026
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Mohammed VI fixe les priorités de la prochaine étape : du défi du développement à la redéfinition du partenariat migratoire avec l’Espagne

Dans son discours d’ouverture de la deuxième session législative de la douzième législature, le Souverain place le gouvernement et le Parlement devant l’épreuve de l’action, lie la croissance à la justice sociale et territoriale, et réaffirme les principes de souveraineté et de respect mutuel dans les partenariats internationaux.

À l’ouverture de la deuxième session législative de la douzième législature du Parlement, le vendredi 9 octobre 2026, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a tracé les grandes lignes des priorités auxquelles devront répondre les institutions marocaines au cours de la prochaine étape. Son discours a articulé plusieurs enjeux étroitement liés : les mutations de l’économie mondiale, la sécurité stratégique du Royaume, l’insertion des jeunes, la réforme de l’administration territoriale et la nécessité de repenser la coopération internationale en matière migratoire, notamment avec l’Espagne.

La portée de cette intervention tient à la cohérence de ses différents axes. L’eau, l’énergie, la sécurité alimentaire, l’industrie, l’économie numérique et l’intelligence artificielle ne constituent pas des dossiers indépendants. De même, la justice sociale et territoriale ne peut être considérée comme une conséquence automatique de la croissance. La régionalisation avancée, la confiance des jeunes et la coopération internationale participent d’une même interrogation : comment transformer les acquis du Maroc en développement durable, en possibilités concrètes pour les citoyens et en institutions capables de répondre aux attentes de la société ?

À travers les orientations qu’Il a exposées, le Souverain a ainsi placé l’action publique devant une exigence centrale : faire correspondre les ambitions nationales aux résultats effectivement obtenus sur le terrain.

La fierté nationale : une identité qui engage à la responsabilité

Sa Majesté le Roi Mohammed VI a rappelé une déclaration prononcée depuis la tribune parlementaire en 2014 : « Le sentiment le plus précieux dans ma vie est la fierté d’être Marocain », affirmant que ce sentiment demeure intact et se renforce avec les années.

Cette référence à la continuité de l’attachement national ne se limite pas à une évocation historique. Le Souverain lui donne une portée concrète en établissant un lien direct entre l’appartenance au pays et le devoir de responsabilité. La fierté nationale doit, selon le sens de Ses propos, devenir un moteur de l’action et une obligation envers la collectivité.

Le discours associe ainsi l’ancienneté de la nation marocaine et de la monarchie, l’identité religieuse placée sous l’autorité de l’Imarat Al-Mouminine, la richesse d’une civilisation aux multiples composantes et les acquis politiques, diplomatiques, économiques et sociaux du Royaume.

Cette articulation place l’identité et le développement dans une même perspective : celle d’un pays conscient de son histoire, attaché à ses fondements et soucieux de consolider sa place dans le monde.

Mais une question se pose dès lors que la fierté nationale est rapportée à la responsabilité : comment la traduire dans l’expérience quotidienne des citoyens ? Comment faire en sorte que l’appartenance au Maroc se concrétise par un accès plus équitable à l’éducation, à l’emploi, aux soins, au logement et aux possibilités de mobilité sociale ?

La confiance dans le pays et dans ses institutions se nourrit aussi de la capacité de celles-ci à tenir leurs engagements. Le message royal s’adresse donc autant à la société qu’aux responsables publics : l’attachement à la nation trouve une expression durable dans la qualité des services, l’équité des chances et la perception d’un avenir accessible à tous.

Un nouveau cycle stratégique pour renforcer la sécurité économique

Le Souverain a ensuite inscrit les priorités nationales dans un contexte international marqué par l’accélération des mutations géoéconomiques. Tout en appelant à poursuivre les grands projets d’infrastructures, Il a préconisé le lancement d’une nouvelle génération de stratégies dans des domaines essentiels : la sécurité hydrique, énergétique et alimentaire, l’industrialisation, l’économie numérique et l’intelligence artificielle.

Cette orientation souligne une évolution des exigences auxquelles les économies doivent faire face. Les infrastructures demeurent indispensables pour connecter les territoires, faciliter les échanges et attirer les investissements. Mais elles ne suffisent pas, à elles seules, à garantir la résilience d’un pays confronté aux perturbations des chaînes d’approvisionnement, aux tensions sur les marchés internationaux et aux transformations technologiques.

C’est dans cette perspective que s’inscrit l’appel royal à développer les capacités du Royaume en matière de réserves stratégiques et à sécuriser l’approvisionnement en produits essentiels. La sécurité économique ne se mesure pas uniquement au volume des investissements ou au nombre de projets réalisés. Elle dépend également de la capacité du pays à absorber les chocs extérieurs sans que leurs conséquences pèsent excessivement sur les ménages, les entreprises et les services publics.

Dans les domaines de l’eau, de l’énergie et de l’alimentation, l’enjeu réside notamment dans la coordination des politiques publiques et dans la durabilité des investissements. Pour l’industrie, le numérique et l’intelligence artificielle, il s’agit de rapprocher l’innovation de la formation, de la recherche, du transfert de compétences et du développement des entreprises nationales.

Le Souverain a également appelé le secteur privé marocain à devenir un acteur stratégique de la transformation économique, en renforçant son initiative, sa capacité d’innovation, ses investissements, ses exportations et sa contribution à la création d’emplois.

Cette orientation pose une question de fond : quel rôle les entreprises nationales sont-elles appelées à jouer dans la prochaine phase du développement ? Au-delà de leur participation aux marchés créés par l’investissement public, elles sont invitées à accroître leur capacité productive, à améliorer leur compétitivité et à contribuer davantage à la création de valeur.

En parallèle, l’efficacité de cette ambition dépendra aussi des conditions offertes aux entreprises : accès au financement, disponibilité des compétences, visibilité réglementaire et environnement favorable à l’investissement.

Les résultats devront pouvoir être appréciés à travers des indicateurs concrets : la valeur ajoutée produite localement, la nature des emplois créés, la place des petites et moyennes entreprises dans les nouvelles chaînes de valeur et les effets de la croissance sur le niveau de vie des citoyens.

La jeunesse, au cœur du contrat de confiance

Sa Majesté le Roi Mohammed VI a placé les questions de la jeunesse au premier rang des politiques publiques et des préoccupations des institutions de gouvernance. Il a appelé à l’élaboration d’une vision intégrée garantissant l’égalité des chances, en reliant l’éducation, la qualification et l’insertion économique.

Cette orientation dépasse la simple multiplication de programmes destinés aux jeunes. Elle renvoie à la construction d’un parcours cohérent, permettant de passer de la formation à l’acquisition de compétences, puis à l’emploi et à l’autonomie économique.

La confiance dans les institutions dépend en partie de la possibilité réelle de suivre ce parcours. Lorsque les formations correspondent mal aux besoins de l’économie, lorsque les opportunités restent inégalement réparties entre les territoires ou lorsque l’accès au marché du travail demeure difficile, la réponse ne peut se limiter à annoncer de nouvelles mesures.

Elle exige une coordination entre le système éducatif, la formation professionnelle, les politiques d’investissement et les dispositifs d’emploi, ainsi qu’une évaluation régulière des effets obtenus.

Le message royal invite ainsi le gouvernement, le Parlement et les institutions de gouvernance à considérer la jeunesse comme un critère transversal de l’action publique. Il ne s’agit plus seulement de consacrer des programmes à cette catégorie de la population, mais de mesurer dans quelle mesure les politiques conduites améliorent effectivement ses perspectives.

La question essentielle devient alors la suivante : les politiques destinées aux jeunes seront-elles évaluées à partir des budgets engagés et des programmes annoncés, ou à partir de leur capacité à élargir les possibilités d’emploi, à réduire les inégalités d’accès aux opportunités et à renforcer la confiance dans l’avenir au Maroc ?

Régionalisation avancée : rapprocher la décision des réalités territoriales

L’un des passages les plus significatifs du discours concerne l’action de proximité. Le Souverain a insisté sur la nécessité d’identifier les problèmes réels de chaque territoire et de leur apporter des solutions concrètes. Il a directement lié le développement intégré, l’amélioration des services publics et la stimulation de l’investissement productif à la régionalisation avancée et à la déconcentration administrative.

Cette orientation met en lumière une question institutionnelle fondamentale : une politique publique peut-elle atteindre ses objectifs lorsque les acteurs chargés de son application sur le terrain ne disposent pas des compétences et des moyens nécessaires ?

Le transfert des attributions ne saurait produire ses effets s’il reste théorique. Il doit s’accompagner de ressources humaines et financières adaptées, d’une répartition claire des responsabilités et de mécanismes de coordination, de contractualisation et de suivi.

Le Souverain a exprimé clairement Son refus de voir se prolonger les retards dans la mise en œuvre complète de la Charte de déconcentration administrative. Il a appelé au transfert effectif des compétences et des moyens du centre vers les régions et les provinces, ainsi qu’à la suppression des obstacles qui limitent la capacité des institutions régionales à décider et à réaliser des projets.

La question de l’efficacité administrative se pose donc avec acuité. Les retards proviennent-ils de l’insuffisance des ressources, du chevauchement des compétences, de la lenteur des procédures ou du manque de coordination entre les administrations centrales et les services territoriaux ? Les réponses doivent être établies à partir de diagnostics précis, permettant d’identifier les responsabilités et de fixer des échéances de mise en œuvre.

La justice territoriale suppose également de tenir compte de la diversité des besoins. Les priorités en matière d’eau, de transport, d’investissement et de services sociaux ne sont pas identiques d’une région à l’autre. Donner davantage de capacités de décision aux institutions territoriales doit donc permettre d’adapter l’action publique aux réalités locales.

Dans ce dispositif, la responsabilité du gouvernement consiste à rendre effectif le transfert des compétences et des ressources. Celle du Parlement est de suivre l’application des orientations et d’interroger les secteurs concernés sur les résultats. Les institutions territoriales, pour leur part, doivent transformer les prérogatives qui leur sont confiées en projets et en services utiles.

Pour le citoyen confronté à une difficulté quotidienne, la répartition administrative des compétences n’est pas une fin en soi. Ce qui compte, c’est la solution apportée.

Maroc-Espagne : le partenariat migratoire à l’heure de la révision

Sur le plan international, le discours royal a abordé la migration à partir de la place du Maroc comme partenaire responsable et fiable, attaché au respect de ses engagements. Le Souverain a relevé les résultats obtenus grâce à l’approche équilibrée adoptée par le Royaume, tout en estimant que le modèle actuel de coopération migratoire était devenu dépassé et que les crises récurrentes en révélaient les limites.

Cette appréciation revêt une portée politique importante. La migration n’est pas présentée uniquement comme une question de contrôle des frontières ou de sécurité. Elle se situe au croisement des responsabilités des États, du développement, de la stabilité régionale, des cadres juridiques et des intérêts des sociétés concernées.

Le Souverain a expressément évoqué l’Espagne, rappelant les évolutions importantes du partenariat bilatéral dans plusieurs domaines, notamment la lutte contre la migration irrégulière. Il a toutefois souligné les difficultés liées à certaines dispositions légales et à des décisions judiciaires qui, selon les termes du discours, entravent le retour de mineurs et de personnes se prévalant indûment du statut de demandeur d’asile, tout en alimentant les ambitions des réseaux criminels.

Cette question appelle une lecture précise, car la gestion migratoire implique simultanément la souveraineté des États, les obligations de coopération et le respect des cadres juridiques applicables, particulièrement lorsqu’il s’agit de mineurs. Le traitement des divergences liées aux législations et aux procédures judiciaires suppose donc un dialogue institutionnel permettant de clarifier les difficultés et de concilier les intérêts légitimes des États avec les exigences du droit.

Le message politique central du discours réside dans l’affirmation selon laquelle le partenariat relève d’un choix souverain et d’un engagement volontaire, et ne saurait devenir l’objet de pressions, de menaces ou de chantage.

Cette formulation rappelle que la coopération internationale repose sur des engagements réciproques. Elle implique le respect des intérêts de chaque partenaire et la recherche de mécanismes durables pour résoudre les différends.

Dans cette perspective, le Souverain a annoncé que le Maroc présenterait à ses partenaires un document exposant une vision stratégique claire et opérationnelle, destinée à ouvrir une nouvelle phase de coopération fondée sur le développement partagé, la compétitivité économique et la stabilité régionale.

La portée de cette initiative dépendra de son contenu et de ses modalités d’application. Comment les responsabilités seront-elles réparties ? Quels mécanismes permettront de vérifier l’exécution des engagements ? Comment articuler la gestion des flux migratoires avec le développement économique et la coopération frontalière ? Et quelles garanties permettront d’éviter que les divergences juridiques ne se transforment régulièrement en crises politiques ?

La relation entre Rabat et Madrid repose sur des intérêts économiques, humains et sécuritaires étroitement liés. Sa stabilité exige des canaux institutionnels capables de traiter les désaccords, une répartition claire des responsabilités et une approche qui préserve la coopération des tensions politiques et médiatiques.

La révision du modèle migratoire s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur l’avenir du partenariat. L’objectif, tel qu’il ressort des orientations royales, est de dépasser une gestion essentiellement conjoncturelle des frontières pour construire une coopération plus globale, tout en réaffirmant le principe du respect de la souveraineté marocaine.

Parlement et gouvernement : de la confiance électorale à la responsabilité politique

En conclusion de Son discours, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a rappelé aux membres de la Chambre des représentants que le mandat parlementaire constitue un engagement politique et un contrat moral envers les citoyens. Il les a appelés à être à la hauteur de leur responsabilité nationale devant Dieu, devant les citoyens et devant l’Histoire.

Ce rappel prend tout son sens après les orientations économiques, sociales, institutionnelles et diplomatiques exposées précédemment. Leur mise en œuvre nécessite des institutions capables d’accompagner les politiques publiques, d’examiner les choix retenus, de débattre des budgets, de suivre les résultats et de demander des comptes aux responsables concernés.

Le rôle du Parlement ne se limite donc pas à adopter des lois ou à approuver des programmes. Il consiste également à vérifier que les politiques publiques répondent aux besoins réels de la société, que les ressources engagées produisent des effets concrets et que les difficultés persistantes font l’objet d’explications et de mesures correctives.

La responsabilité politique se mesure ainsi à la capacité de légiférer, de contrôler l’action gouvernementale et de maintenir un lien effectif entre les institutions et la société. Le prochain gouvernement devra, de son côté, traduire les priorités du discours en programmes cohérents, assortis d’échéances précises et d’indicateurs permettant d’en apprécier les résultats.

Les partis politiques sont également concernés par cette exigence. Leur responsabilité consiste à encadrer la participation citoyenne, à présenter des propositions discutables et vérifiables, et à relier la vie politique aux préoccupations quotidiennes de la population.

La confiance institutionnelle se renforce lorsque le citoyen constate que sa voix continue de compter dans les décisions qui affectent sa vie et que la représentation politique se traduit par un suivi, une responsabilité et des résultats.

Les questions stratégiques ouvertes par le discours royal

La lecture d’ensemble du discours conduit à plusieurs questions qui permettront d’apprécier la traduction concrète des orientations exprimées par le Souverain :

  • Comment le gouvernement articulera-t-il les stratégies relatives à l’eau, à l’énergie, à l’alimentation, à l’industrie et à l’intelligence artificielle, en précisant les financements, les échéances et les résultats attendus ?
  • Comment mesurer les effets de la croissance sur la justice sociale et territoriale, ainsi que sur les conditions de vie des ménages et les perspectives offertes aux jeunes ?
  • Quelles mesures permettront de rendre la déconcentration administrative pleinement opérationnelle et de doter les régions des compétences et des ressources nécessaires ?
  • Comment rapprocher les politiques de jeunesse des besoins de l’éducation, de la formation et de l’emploi, tout en réduisant les inégalités d’accès aux opportunités ?
  • Quels engagements le secteur privé national prendra-t-il en matière d’investissement productif, de création d’emplois, d’exportation et d’innovation ?
  • Comment la nouvelle vision de la coopération migratoire conciliera-t-elle souveraineté nationale, coopération bilatérale et exigences juridiques et humaines ?
  • Quels mécanismes le Parlement mettra-t-il en œuvre pour contrôler l’application des priorités, demander des comptes au gouvernement et informer les citoyens des progrès réalisés comme des difficultés rencontrées ?

Ces interrogations ne préjugent pas des résultats à venir et ne supposent pas que toutes les réponses soient déjà disponibles. Elles découlent des priorités placées au premier plan par le discours royal et désignent les domaines dans lesquels des décisions précises, des engagements vérifiables et des mécanismes de suivi seront nécessaires.

La portée du discours se mesurera à ses effets sur le terrain

Le discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI dessine les contours d’une étape où l’ambition économique doit avancer de pair avec la justice sociale, où le développement des infrastructures doit s’accompagner d’une sécurité stratégique renforcée, où l’identité nationale doit se traduire en responsabilité collective et où l’approfondissement des partenariats internationaux doit rester compatible avec la défense des intérêts souverains du Royaume.

Ces orientations convergent vers une même idée : la force d’un État ne se mesure pas uniquement aux projets qu’il réalise ou aux acquis qu’il consolide, mais aussi à sa capacité à transformer ces avancées en possibilités concrètes pour les citoyens, en services accessibles dans les territoires, en institutions responsables et en partenariats fondés sur l’équilibre et le respect mutuel.

Le Souverain a défini des priorités et placé le gouvernement, le Parlement, l’administration et le secteur privé devant des responsabilités complémentaires. La prochaine étape sera celle de la traduction opérationnelle : transformer les orientations en décisions, dépasser les lenteurs administratives, clarifier les responsabilités et mesurer les progrès accomplis en matière de développement, de confiance et de justice territoriale.

Une question demeurera ainsi au centre de l’évaluation de cette nouvelle étape : comment faire passer les priorités annoncées du stade des orientations à celui des engagements précis, puis des engagements aux résultats que les citoyens peuvent constater dans leur vie quotidienne ?

C’est dans cette capacité à produire des effets tangibles que se mesurera la portée de la mise en œuvre et que pourra être appréciée la contribution de la prochaine étape au développement économique, institutionnel et diplomatique du Maroc.

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