mercredi, octobre 7, 2026
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Bensaid face à El Asri : le « tracteur » entre dans le prochain gouvernement avec le bilan du précédent

Le Parti authenticité et modernité aborde les négociations pour la formation du prochain gouvernement avec un résultat électoral qui le place au centre du jeu. Mais une question plus délicate que celle de la répartition des portefeuilles s’est rapidement imposée : que fera-t-il du bilan des cinq années qu’il vient de passer au gouvernement ?

La question est apparue au grand jour lors de l’émission « Polemic » sur Chada TV, dans un face-à-face entre Mohamed Mehdi Bensaid, membre de la direction collégiale du PAM, et Jamal El Asri, secrétaire général du Parti socialiste unifié et membre de l’Alliance de la gauche.

Bensaid a présenté les négociations comme un processus en plusieurs étapes : un premier accord sur le programme gouvernemental, puis la construction de la majorité et, ensuite, la répartition des responsabilités au sein du gouvernement. Son propos revient donc à placer le programme avant les portefeuilles et les personnes.

El Asri a déplacé le centre de gravité du débat. Pour lui, le problème commence avec les élections elles-mêmes et avec la manière dont les partis interprètent leurs résultats. L’électeur devrait, selon cette lecture, trouver devant lui des projets politiques et des alliances plus lisibles. Or, au lendemain du scrutin, le paysage donne une autre impression : plusieurs partis ont rapidement affiché leur volonté de participer au gouvernement, comme si l’accès à l’Exécutif constituait en soi l’un des objectifs de l’élection.

Cette question dépasse le simple affrontement entre un parti appelé à gouverner et une opposition qui se positionne déjà.

El Asri pose en réalité une interrogation sur la nature des alliances en train de se construire.

Si les partis diffèrent par leurs références, leurs programmes et leurs conceptions politiques, qu’est-ce qui les rapproche au lendemain du scrutin ? Et qu’est-ce qui explique leur passage si rapide de la compétition électorale à la recherche d’une place dans la majorité ?

Bensaid a défendu une autre logique. Il a expliqué que la cheffe du gouvernement désignée, Fatima Zahra Mansouri, avait ouvert le dialogue avec les différentes formations politiques, y compris celles qui avaient choisi l’opposition. Il ne s’agissait pas nécessairement, selon lui, de négocier leur entrée dans la majorité, mais de maintenir un dialogue institutionnel sur des questions nationales qui peuvent parfois dépasser la frontière entre majorité et opposition.

Un point mérite ici d’être retenu : selon son récit, le Parti de la justice et du développement avait clairement choisi l’opposition, tout en laissant ouverte la possibilité d’un dialogue avec la présidence du gouvernement.

Cette distinction entre négociation de la majorité et dialogue avec l’opposition pourrait devenir importante dans les prochains mois, notamment si l’opposition entend jouer un rôle parlementaire actif plutôt que de se limiter à une posture extérieure au pouvoir.

Mais le débat n’est pas resté centré sur la composition du prochain gouvernement. Il est rapidement revenu sur le bilan du précédent. Et c’est là que la défense du PAM est devenue plus délicate.

El Asri a placé le parti devant ce qu’il considère comme une contradiction politique : le PAM a été l’une des composantes importantes du gouvernement précédent et a dirigé plusieurs départements ministériels. Il ne pourrait donc pas, selon cette logique, présenter le bilan de cette expérience comme s’il appartenait exclusivement aux autres composantes de la coalition.

L’élu de gauche a ainsi énuméré plusieurs secteurs liés aux ministères détenus par le PAM : la Justice, la Jeunesse, la Culture et la Communication, l’Enseignement supérieur, l’Aménagement du territoire et l’Habitat, la Transition énergétique, l’Inclusion économique et la Petite entreprise, l’Emploi, ainsi que la Transition numérique et la Réforme de l’administration.

Il a ensuite relié cette présence gouvernementale aux critiques formulées, à différents moments, par des responsables du PAM contre l’action du gouvernement dont ils faisaient eux-mêmes partie. Pour lui, le passage du statut de partenaire dans la gestion à celui de critique pose nécessairement la question de la responsabilité politique.

Bensaid a tenté de déplacer cette question plutôt que de la nier.

Il n’a pas présenté l’expérience gouvernementale précédente comme une réussite totale. Il a reconnu qu’elle n’avait pas été couronnée de succès à cent pour cent, évoquant à la fois des acquis et des difficultés, ainsi que des divergences entre les composantes de la majorité. Mais il a également insisté sur le fait que le PAM avait assumé sa responsabilité politique au sein de cette majorité.

La question dépasse alors le seul bilan d’un ministre ou d’un département.

Il existe une différence entre assumer la responsabilité d’une participation gouvernementale et revendiquer la responsabilité de chaque décision prise par le gouvernement. Les partis de la majorité participent aux choix collectifs, sans nécessairement partager la même position sur chaque politique ou chaque mode de gestion.

C’est précisément cette marge que Bensaid a mise en avant.

Il a évoqué des dossiers dans lesquels le parti soutenait le principe d’une intervention sociale de l’État, tout en critiquant certaines modalités de gestion. Le désaccord au sein d’une majorité ne signifierait donc pas automatiquement retrait ou désolidarisation.

El Asri pousse le raisonnement dans la direction inverse : si un parti conteste la gestion de secteurs importants et si certains responsables de ce parti ont, durant la précédente législature, formulé des accusations particulièrement sévères contre l’action gouvernementale, où placer la frontière entre le désaccord interne et la responsabilité politique ?

Cette question ne sera évidemment pas tranchée par les débats télévisés.

Le véritable test interviendra lorsque le PAM commencera à transformer son programme électoral en programme gouvernemental. C’est à ce moment-là que le lien entre les engagements sur lesquels les Marocains ont voté, selon Bensaid, et les cinq années de participation du parti au gouvernement précédent deviendra concret.

C’est là que les promesses électorales cessent d’être de simples déclarations.

Bensaid a expliqué que le PAM avait examiné les programmes des autres formations et tenté de se rapprocher des partis partageant certains de ses choix, notamment autour de la notion de « démocratie sociale », orientation que le parti affirme avoir adoptée depuis 2012.

Cette référence montre que les négociations ne portent pas uniquement sur le nombre de sièges ou la répartition des portefeuilles. Il existe une volonté de trouver un socle politique commun, suffisamment large pour accueillir des formations dont les histoires et les programmes restent différents.

Mais une autre question apparaît aussitôt : une notion générale comme la démocratie sociale suffit-elle à rapprocher des partis qui se sont présentés aux élections avec des discours et des priorités différents ?

El Asri ne semble pas le penser. Sa critique fondamentale ne porte pas seulement sur les partis appelés à entrer au gouvernement, mais sur la manière dont la majorité se construit après le scrutin.

Bensaid, lui, ne nie pas les différences. Il considère plutôt que l’action gouvernementale repose finalement sur un programme commun et une responsabilité collective, tout en laissant à chaque parti son espace politique propre.

Le face-à-face entre les deux hommes a également révélé autre chose : l’opposition commence déjà à construire son discours face au prochain gouvernement, tandis que le PAM cherche à se présenter comme une formation prête à gouverner, et non comme un parti qui se contenterait de célébrer un résultat électoral.

C’est aussi ce qui explique une partie de la tension du débat.

El Asri cherche à installer l’idée que le prochain gouvernement doit commencer par répondre du bilan précédent. Bensaid cherche, de son côté, à démontrer que la participation antérieure n’empêche pas le parti de présenter un nouveau programme et d’assumer une nouvelle responsabilité.

Entre les deux positions, une large zone politique reste encore ouverte.

Si le PAM entend réellement construire un gouvernement politique fort, comme il le présente dans son discours, sa force ne se mesurera pas uniquement au nombre de partis qui prendront place à ses côtés. Elle se mesurera aussi à sa capacité à expliquer ce qui aura changé entre un gouvernement auquel il a fortement participé et celui qu’il entend désormais conduire politiquement.

De son côté, si l’opposition veut commencer tôt à contrôler le prochain gouvernement, elle devra dépasser la contestation générale des alliances et formuler des alternatives suffisamment précises sur les dossiers qu’elle critique.

Les élections sont terminées. Le débat qu’elles ont ouvert, lui, ne l’est pas.

Commence maintenant la partie la plus difficile : transformer le résultat des urnes en majorité, la majorité en programme, puis le programme en décisions susceptibles d’être évaluées et contrôlées. C’est à ce moment-là que la portée réelle du face-à-face de « Polemic » apparaîtra : simple prolongement de la confrontation électorale ou début d’un véritable affrontement politique autour de la forme du prochain gouvernement et de la responsabilité des partis dans les années qui l’ont précédé ?

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