Dans les consultations pour former le prochain gouvernement, il y a une différence entre un parti qui affirme être encore en négociation et un autre qui commence à discuter des noms de ses futurs ministres.
L’Union socialiste des forces populaires semble aujourd’hui se rapprocher de la deuxième situation, même si aucune annonce politique définitive n’a encore été faite. Après la rencontre d’Idriss Lachgar avec Fatima Zahra Mansouri, lundi soir, la direction du parti a tenu une réunion de son Bureau politique pour examiner les noms susceptibles d’être proposés par l’USFP pour occuper des postes ministériels dans le prochain gouvernement. Ces informations ont circulé mardi dans plusieurs sources médiatiques, tandis que la configuration définitive du gouvernement reste liée à la poursuite des consultations.
Quelques jours auparavant, le discours socialiste était beaucoup plus prudent. Après le premier round des consultations, Idriss Lachgar avait choisi de garder le contenu de ses échanges confidentiel, estimant que parler des détails des négociations était prématuré tant que la cheffe du gouvernement désignée n’avait pas achevé ses rencontres avec les différents partis. Le Bureau politique avait alors chargé Lachgar et le président du Conseil national, Mustapha Aajab, de poursuivre les négociations.
Le type de questions posé aujourd’hui commence donc à changer.
Il ne s’agit plus seulement de savoir si l’USFP entrera au gouvernement.
La question qui commence à s’imposer est plutôt celle-ci : avec quel poids, avec quels portefeuilles et avec quels représentants ?
Ce déplacement est important parce que, si les informations concernant l’examen des candidatures ministérielles se confirment, les discussions auraient dépassé le stade de la prise de contact politique pour entrer dans une phase plus concrète. À ce niveau, il ne suffit plus pour un parti de manifester sa disponibilité à participer. Il doit préciser ce qu’il souhaite obtenir et ce qu’il est en mesure d’apporter à la future majorité.
Cette lecture rejoint en partie ce qui a filtré de la rencontre entre Lachgar et Mansouri. Des sources socialistes citées par plusieurs médias ont évoqué la vision du parti concernant sa place au sein de la majorité ainsi que ses revendications relatives à certains départements ministériels, avec notamment le ministère de la Justice cité parmi les portefeuilles envisagés.
Ce point reste toutefois une information rapportée par des sources et non une revendication officiellement annoncée par l’USFP concernant un portefeuille précis.
Il existe, parallèlement, une donnée politique plus large.
La configuration qui semble progresser dans les consultations repose, selon plusieurs sources, sur une association du Parti authenticité et modernité, de l’Istiqlal, de l’USFP et du Parti du progrès et du socialisme. Selon les calculs publiés, cette combinaison totaliserait 207 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants, soit neuf sièges de plus que le seuil de la majorité absolue fixé à 198.
Les chiffres expliquent une partie de l’équation. Ils ne suffisent pas à régler l’équation politique.
Ces 207 sièges permettraient de disposer d’une majorité parlementaire, mais ils ne déterminent ni la forme du gouvernement, ni la répartition des portefeuilles, ni le poids de chaque formation au sein de l’Exécutif. Une éventuelle entrée de l’USFP dans cette configuration ne consisterait donc pas simplement à ajouter 26 députés au calcul. Elle participerait à la construction d’une majorité différente de celle qui avait conduit le précédent gouvernement.
Un autre élément mérite attention.
Cette hypothèse remet la logique de la « Koutla » au centre des calculs, alors qu’au début des consultations, une continuité plus directe autour du Rassemblement national des indépendants, de l’Istiqlal et du PAM paraissait encore possible.
L’ancienne majorité à trois aurait disposé, selon les calculs publiés, de 228 sièges. La configuration réunissant le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS en compterait 207.
Mais l’USFP lui-même n’a jamais affirmé que sa participation était conditionnée à la sortie du RNI du gouvernement.
Le responsable socialiste cité mardi par « Assahifa » a estimé que la participation de l’USFP était « fortement probable », tout en insistant sur un point : « rien n’est encore tranché à ce stade ». Il n’a pas non plus confirmé l’existence d’une condition posée par son parti concernant la présence ou l’absence du RNI dans la future majorité.
Cette précision mérite d’être conservée telle quelle.
Dans les négociations gouvernementales, les fuites politiques peuvent parfois aller plus vite que les accords eux-mêmes.
Sur le terrain, toutefois, certains indices deviennent plus précis. La rencontre entre Mansouri et Lachgar, lundi soir, s’inscrivait dans le deuxième round des consultations. C’est précisément à ce stade que les discussions commencent généralement à passer des positions générales aux questions relatives au programme, à la composition de la majorité et aux responsabilités gouvernementales.
En parallèle, Mansouri poursuit ses contacts avec les autres formations politiques. La position de l’USFP ne peut donc pas être analysée indépendamment des discussions avec l’Istiqlal, le PPS et les autres partis susceptibles d’entrer dans le calcul final de la majorité. Les consultations avec l’Union constitutionnelle et le Mouvement démocratique et social se poursuivent également, ce qui signifie que toutes les options ne sont pas encore fermées.
À l’intérieur de l’USFP, la situation semble elle aussi avoir changé depuis les élections.
Le parti qui avait chargé Lachgar de poursuivre les négociations se retrouve désormais face à une étape beaucoup plus concrète : quels représentants proposer ? Quelles priorités défendre ? Quel niveau de représentation accepter ? Et surtout, une éventuelle participation doit-elle être pensée avant tout comme une décision politique ou également autour de portefeuilles déterminés ?
C’est à ce niveau que commence la véritable difficulté de la négociation.
Les 26 sièges obtenus par l’USFP lui donnent un poids parlementaire réel. Mais ils le placent aussi face à un rapport de forces avec des partis plus importants au sein de la majorité envisagée. Dès lors, la revendication d’un portefeuille stratégique ou d’un certain nombre de ministères ne peut être décidée uniquement en fonction des ambitions du parti. Elle dépendra de la structure globale du gouvernement, de la répartition des départements et des profils que chaque formation sera capable de proposer.
Si l’information selon laquelle le Bureau politique examine effectivement les noms susceptibles d’entrer au gouvernement se confirme, elle indique en tout cas que l’USFP considère désormais l’hypothèse de sa participation comme une possibilité concrète, et non plus comme une simple option de négociation encore lointaine.
Mais la différence entre être proche d’un accord et avoir conclu l’accord demeure.
Le gouvernement n’est pas encore annoncé. Sa composition définitive n’a pas été officiellement arrêtée. Les négociations se poursuivent et les noms comme les portefeuilles évoqués par certaines sources doivent encore franchir les différentes étapes politiques et organisationnelles avant de devenir des décisions publiques.
Dans cette phase, la formule du responsable socialiste paraît finalement plus précise que n’importe quel titre définitif : la participation de l’USFP est fortement probable, mais l’accord politique sur sa forme finale n’est pas encore arrivé à son terme.
Ce qui semble avoir changé, en revanche, c’est la nature même de la discussion.
L’USFP ne semble plus seulement discuter de son entrée au gouvernement. Il commence, selon les éléments disponibles, à discuter de la manière dont il pourrait y entrer.


