lundi, octobre 5, 2026
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Ouzzine négocie avec trois cartes : pourquoi la Communication et le Sport ?

La décision du Conseil national du Mouvement populaire de mandater Mohamed Ouzzine pour poursuivre les consultations autour d’une éventuelle participation au prochain gouvernement lui donne une marge de manœuvre importante. Mais elle ouvre surtout une autre question, plus précise : que veut Ouzzine obtenir du gouvernement s’il décide d’y entrer ?

Des informations relayées par plusieurs sources de presse évoquent l’attachement du secrétaire général du Mouvement populaire à trois portefeuilles ministériels, parmi lesquels figure celui de la Communication. Ces informations ne constituent toutefois pas, à ce stade, une offre gouvernementale officielle. Ouzzine lui-même a rappelé, après la réunion du Conseil national, que son parti n’avait reçu aucune proposition formelle et que le débat sur les portefeuilles restait prématuré.

Mais même lorsqu’elle n’est pas encore officielle, une telle information mérite d’être regardée de près.

Le Conseil national vient précisément de confier à Ouzzine la poursuite des négociations et la décision sur le positionnement du parti. Il ne porte donc plus seulement la question de savoir si le Mouvement populaire participera ou non au prochain gouvernement. Il porte aussi celle de savoir à quelles conditions cette participation pourrait avoir un contenu politique identifiable.

La réponse commence peut-être avant les élections.

Durant la campagne, Ouzzine a présenté le scrutin du 23 septembre comme un rendez-vous destiné à restaurer la confiance entre la politique et les citoyens. Le Mouvement populaire a également mis en avant son « contrat haraki », conçu comme un ensemble d’engagements à traduire en politiques publiques si le parti devait accéder aux responsabilités.

C’est à partir de là que la question des portefeuilles prend une autre dimension.

Si le parti veut entrer au gouvernement pour mettre en œuvre une partie de ce qu’il a promis aux électeurs, il ne peut pas considérer les ministères comme de simples postes à distribuer. Certains départements correspondent directement aux engagements qu’il a formulés avant le scrutin.

Le cas du Sport est particulièrement clair.

Dans son programme électoral, le Mouvement populaire a proposé la création d’un ministère du Sport à part entière, ainsi qu’une nouvelle politique nationale dans ce domaine. Le parti associe le Sport à la santé, à l’emploi, à l’économie, à la formation, au rayonnement international et à la préparation des grands rendez-vous sportifs, notamment la Coupe du monde 2030.

Ce point est important parce qu’il permet de mieux comprendre une autre idée défendue par le parti : la séparation du Sport et de la Jeunesse.

Il ne s’agit pas nécessairement, dans cette logique, de séparer les jeunes du Sport. Le raisonnement paraît plutôt différent : faire de la jeunesse une politique publique beaucoup plus large — emploi, formation, insertion, espaces de créativité et de culture — tout en donnant au Sport une architecture institutionnelle et économique propre.

Autrement dit, il s’agirait davantage d’une séparation des politiques publiques et des responsabilités administratives que d’une séparation entre la jeunesse et la pratique sportive.

Le contexte donne à cette orientation un relief particulier.

À l’approche de 2030, le Sport ne se réduit plus aux fédérations, aux compétitions ou aux infrastructures. Il touche à l’investissement, à l’industrie événementielle, au tourisme, à l’emploi, à l’image internationale du Maroc et à une économie sportive qui cherche encore son modèle.

Pour un responsable politique qui connaît déjà ce secteur pour avoir dirigé le département de la Jeunesse et des Sports, le choix peut donc être lu comme une volonté de défendre une conception plus spécialisée du Sport.

Mais une autre carte apparaît dans les informations qui circulent autour des négociations : la Communication.

Et c’est probablement là que la question devient plus sensible.

Il faut d’abord établir une distinction.

Le programme électoral publié par le Mouvement populaire ne formule pas, à proprement parler, une demande explicite d’un « ministère de l’Information » ou d’un ministère de la Communication attribué à Ouzzine. En revanche, le document accorde une place importante à l’information, à la communication, au contenu numérique, à la culture et à la question des contenus diffusés au public.

Le lien entre Ouzzine et cet univers existe également dans son activité politique récente.

Au cours des mois précédant les élections, il est intervenu à plusieurs reprises sur des questions touchant au journalisme, à la presse et à la communication publique. Il a notamment publié un texte consacré à la situation de la presse et a été impliqué dans plusieurs échanges publics avec des acteurs du secteur.

Ces éléments permettent-ils d’affirmer qu’Ouzzine veut la Communication pour exercer une influence sur les médias ?

Non.

Les éléments disponibles ne permettent pas de franchir ce pas.

En revanche, ils permettent de poser une question journalistiquement légitime : Ouzzine considère-t-il désormais la communication comme une politique publique stratégique, au même titre que le Sport ou la Jeunesse ?

La nuance est essentielle.

Le portefeuille de la Communication ne constitue pas seulement un département administratif parmi d’autres. Il se trouve au croisement de l’audiovisuel public, de la communication gouvernementale, des politiques culturelles, du numérique, de la presse et de l’environnement médiatique.

Celui qui en a la responsabilité intervient donc dans un espace où l’État explique ses politiques, où les institutions construisent leur communication et où les rapports entre pouvoir public, médias et citoyens se redéfinissent rapidement.

Cela suffit à rendre le choix du portefeuille intéressant à observer.

Mais il serait prématuré d’en tirer une conclusion sur les intentions personnelles d’Ouzzine.

La négociation n’est pas terminée. Et les portefeuilles évoqués dans la presse peuvent parfaitement évoluer au fur et à mesure que les discussions avec la cheffe du gouvernement chargée de former la majorité avancent.

Ce qui est plus solide, en revanche, c’est la cohérence entre certaines demandes supposées et les engagements électoraux du Mouvement populaire.

La Jeunesse correspond à un axe politique largement développé par le parti.

Le Sport correspond à une proposition institutionnelle explicitement formulée avant les élections : créer un ministère du Sport autonome.

La Communication, elle, demeure plus difficile à documenter comme revendication officielle. Pour l’instant, elle apparaît surtout dans les informations relatives aux négociations et dans un contexte où Ouzzine a lui-même accordé une place importante aux questions médiatiques et communicationnelles.

Trois domaines, donc, mais trois niveaux de certitude différents.

C’est précisément là qu’il faut éviter de transformer une négociation politique en scénario déjà écrit.

Ouzzine a déclaré que le Mouvement populaire ne posait pas de conditions liées à des postes ou à des fonctions pour servir le pays. Il a également insisté sur le fait que toute décision de participation devait respecter les engagements présentés aux électeurs, l’indépendance politique du parti et son identité historique.

Le Conseil national a, de son côté, demandé que le futur positionnement du parti lui permette de jouer un rôle effectif dans les institutions et de traduire le « contrat haraki » en politiques et en programmes concrets.

La question des portefeuilles devient donc presque secondaire par rapport à une autre question : quel contenu politique le Mouvement populaire veut-il donner à sa participation éventuelle au gouvernement ?

C’est ici que les déclarations faites avant le scrutin retrouvent leur importance.

Si le Sport doit devenir un ministère autonome, cela signifie que cette revendication n’est pas née au lendemain des élections. Si la séparation entre Jeunesse et Sport est défendue, elle correspond à une vision institutionnelle annoncée avant de connaître la configuration de la future majorité.

Pour la Communication, la situation est différente. Il faudra attendre une confirmation officielle pour savoir s’il s’agit réellement d’une revendication portée par Ouzzine ou simplement d’une hypothèse de négociation relayée dans la presse.

La différence entre les deux est loin d’être secondaire.

Car dans une négociation gouvernementale, demander un portefeuille et défendre publiquement une réforme institutionnelle ne répondent pas nécessairement à la même logique.

Le premier peut être une carte de négociation.

Le second engage davantage le parti vis-à-vis de ses propres électeurs.

Et c’est peut-être à ce niveau que se trouve la véritable question pour Ouzzine.

Le Conseil national lui a donné mandat pour négocier. Il lui a aussi demandé de préserver les engagements et les principes du parti.

Dès lors, le résultat des discussions ne se mesurera pas seulement au nombre de ministères obtenus par le Mouvement populaire.

Il faudra regarder si les idées défendues avant le 23 septembre deviennent réellement des conditions de participation après le 23 septembre.

Le Sport dispose déjà d’un texte électoral qui permet de vérifier cette cohérence.

La Communication, elle, reste encore dans une zone où les informations rapportées devront être confrontées aux décisions officielles.

Et c’est probablement à ce moment-là que l’on saura si les trois portefeuilles évoqués autour d’Ouzzine constituent simplement un plafond de négociation, ou s’ils correspondent à une véritable architecture politique que le secrétaire général du Mouvement populaire entend défendre autour de la table gouvernementale.

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