Dans une Chambre des représentants composée de 395 sièges, la formation du prochain gouvernement commence par un chiffre : 198. C’est le seuil de la majorité absolue, celui qu’une coalition gouvernementale doit atteindre pour disposer d’une base parlementaire suffisante à son investiture.
Mais les résultats des élections du 23 septembre ont rendu ce seuil accessible par plusieurs chemins.
Arrivé en tête avec 97 sièges, le Parti authenticité et modernité (PAM) n’a besoin que de 101 députés supplémentaires pour atteindre la majorité. Les premières consultations pour la formation du gouvernement 2026-2031 ont donc ouvert plusieurs possibilités, avec des coalitions plus ou moins larges et des marges parlementaires très différentes.
La première série de consultations, menée avec sept formations politiques, a laissé ouvertes la plupart des options. Le Parti de la justice et du développement (PJD) et l’Alliance de la gauche ont, eux, choisi dès le départ de se situer dans l’opposition. Le champ des négociations se trouve ainsi principalement à l’intérieur d’un groupe de partis qui n’ont pas encore fermé la porte à une participation gouvernementale.
Les chiffres donnent déjà une idée de l’espace de manœuvre.
Si la coalition qui réunissait le PAM, le Rassemblement national des indépendants (RNI) et l’Istiqlal était reconduite, elle disposerait de 228 sièges. Soit une marge de 30 sièges au-dessus du seuil de la majorité absolue.
C’est, sur le papier, la formule la plus confortable. Elle permettrait au gouvernement de disposer d’une marge importante lors des votes parlementaires sans devoir compter sur l’apport d’un quatrième partenaire pour assurer sa majorité.
Mais la facilité du calcul ne règle pas nécessairement la difficulté politique.
Une telle reconduction signifierait surtout que le PAM passerait du statut de partenaire au sein de l’ancienne majorité à celui de formation dirigeante, tandis que ses deux anciens alliés conserveraient leur place dans l’exécutif. Le changement porterait donc davantage sur le centre de gravité du gouvernement et la répartition des portefeuilles que sur l’architecture générale de la coalition.
De l’autre côté, le PJD, avec 54 députés, et l’Alliance de la gauche, avec 8, constitueraient une partie de l’opposition. Mais la physionomie réelle de celle-ci dépendrait surtout des partis qui resteraient en dehors du gouvernement.
C’est à ce moment que les chiffres commencent à changer de signification.
L’entrée de l’Union socialiste des forces populaires et du Mouvement populaire aux côtés du PAM et du RNI porterait la majorité à 218 sièges. La marge resterait de 20 sièges au-dessus du seuil requis.
Cette formule modifierait aussi la nature politique de la coalition. L’USFP et le Mouvement populaire n’y apporteraient pas seulement des sièges supplémentaires, mais des histoires politiques, des implantations électorales et des sensibilités différentes de celles des deux formations arrivées en tête.
En revanche, élargir la coalition signifie aussi élargir la table des négociations : davantage de portefeuilles à répartir, davantage de priorités à intégrer et davantage de positions partisanes à faire tenir dans un même programme gouvernemental.
Un autre calcul attire l’attention parce qu’il inverse complètement la logique précédente : un gouvernement sans le RNI.
Le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le Mouvement populaire totaliseraient 217 sièges. Même sans la formation qui dirigeait le précédent gouvernement, la majorité resterait donc supérieure au seuil absolu, avec une marge de 19 sièges.
Politiquement, ce serait l’une des configurations les plus significatives, puisque le RNI passerait d’une position gouvernementale à l’opposition après avoir occupé plusieurs portefeuilles majeurs au cours de la précédente législature.
Mais rien, à ce stade, ne permet d’affirmer que cette formule constitue la direction prise par les négociations. Son existence dans les calculs est une chose. Une décision politique de la retenir en est une autre.
Le même raisonnement vaut pour un scénario dans lequel l’Istiqlal resterait en dehors de la majorité.
Une coalition réunissant le PAM, le RNI, le Mouvement populaire et l’Union constitutionnelle atteindrait 209 sièges, soit une marge de 11 sièges seulement au-dessus de la majorité absolue.
Cette majorité serait juridiquement suffisante, mais nettement moins confortable.
Dans la vie parlementaire, tout ne se joue pourtant pas au moment de l’investiture. Le véritable test intervient ensuite, lorsque commencent les votes sur les projets de loi, les textes organiques, le budget et les grandes réformes gouvernementales.
C’est ce qui donne une signification différente à une majorité de 209 sièges et à une majorité de 228, alors même que les deux dépassent le seuil requis.
Une autre configuration, associant le PAM, l’Istiqlal, le Mouvement populaire et l’Union constitutionnelle, aboutirait à 208 sièges.
Dix sièges seulement sépareraient alors la majorité de la barre des 198.
La différence paraît limitée sur le papier. Elle devient pourtant sensible dès lors qu’un partenaire de la coalition connaît des divisions internes ou qu’un vote important exige une discipline parlementaire particulière.
Une autre formule apparaît encore, avec le PAM, le RNI, l’USFP et le Parti du progrès et du socialisme, pour un total de 208 sièges.
Cette coalition introduirait une dimension politique différente, en associant aux deux principales forces de la majorité des formations portant des sensibilités sociales et de défense des droits plus affirmées.
Mais elle produirait aussi une opposition composée de formations disposant d’un poids électoral et parlementaire significatif, notamment l’Istiqlal et le Mouvement populaire, aux côtés du PJD et de l’Alliance de la gauche selon leur positionnement définitif.
La question ne consiste donc plus seulement à savoir qui entrera au gouvernement.
Elle porte aussi sur ceux qui en sortiront.
Chaque siège ajouté à la majorité modifie, dans le même temps, la composition de l’opposition. Chaque parti écarté de la coalition dispose d’un espace supplémentaire pour peser depuis les bancs de l’opposition.
C’est pourquoi un gouvernement disposant de 198 sièges ne se trouve pas dans la même situation qu’un gouvernement disposant de 228, même si les deux franchissent le seuil constitutionnel de la majorité.
Les résultats électoraux imposent cette lecture.
Le PAM dispose de 97 sièges, le RNI de 66 et l’Istiqlal de 65. Le PJD en compte 54, le Mouvement populaire 29, l’USFP 26, le PPS 19 et l’Union constitutionnelle 17. À côté de ces formations, d’autres partis disposent de groupes plus réduits dont le poids dans les négociations peut augmenter dès lors qu’une coalition s’approche du seuil de la majorité.
Sur le plan strictement numérique, le PAM dispose donc d’un espace de manœuvre relativement large. Mais les chiffres ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer le choix politique.
Les premières consultations n’équivalent pas à un accord de coalition. De même, le fait qu’un parti laisse ouverte la possibilité d’une participation ne signifie pas automatiquement qu’il obtiendra une place dans le prochain gouvernement.
La deuxième phase des discussions devrait progressivement déplacer la question. Il ne s’agira plus seulement de savoir quels partis peuvent entrer dans la majorité, mais lesquels y entreront réellement, avec quelles contreparties politiques et autour de quel programme.
Les conseils nationaux des partis et la deuxième série de consultations prendront, dans ce contexte, une importance particulière.
Le PAM arrive à la tête du gouvernement avec un programme électoral qu’il devra traduire en engagements gouvernementaux concrets pour les cinq prochaines années. Le choix des partenaires ne pourra donc pas être complètement séparé des priorités que le parti vainqueur entend inscrire dans le programme de l’exécutif.
De leur côté, les autres formations arrivent à la table des négociations avec les résultats du scrutin du 23 septembre. L’Istiqlal dispose de 65 sièges, le RNI de 66, le Mouvement populaire de 29 et l’USFP de 26. Ces chiffres ne donnent pas automatiquement un droit à entrer au gouvernement, mais ils constituent des données réelles de la négociation.
La question qui ne se pose plus est donc de savoir si le PAM peut former un gouvernement.
Il le peut selon plusieurs configurations.
La question plus délicate est de savoir laquelle sera retenue par Mansouri, quels partis considéreront leur présence au gouvernement comme plus avantageuse politiquement que leur passage dans l’opposition, et quelle architecture permettra de maintenir une majorité fonctionnelle pendant les cinq prochaines années.
Le chiffre de 198 ouvre la porte de l’investiture parlementaire. Il ne suffit pas, à lui seul, à déterminer la manière dont le gouvernement fonctionnera ensuite.
Entre 208, 209, 217, 218 et 228 sièges, ce ne sont pas seulement les marges arithmétiques qui changent. La composition de l’opposition, la répartition de l’influence, le poids de chaque partenaire dans les négociations et la capacité du gouvernement à faire adopter son programme évoluent également.
Le scrutin a fixé les rapports de force.
Les négociations doivent maintenant décider lesquels de ces rapports de force deviendront une majorité politique.


