mercredi, septembre 30, 2026
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Mansouri, du Palais aux consultations : le Roi choisit une première femme à la tête du gouvernement, et l’épreuve commence avec sa formation

Fatima Zahra Mansouri n’a pas quitté le Palais Royal de Rabat, ce mardi 29 septembre, avec seulement le titre de cheffe du gouvernement chargée de sa formation. Elle en est également sortie avec le premier grand marqueur de la nouvelle séquence politique : une femme accède pour la première fois à la présidence du gouvernement au Maroc, après avoir été nommée par le Roi Mohammed VI et chargée de former le nouveau gouvernement, conformément à l’article 47 de la Constitution.

Le fait lui-même n’a pas besoin d’être entouré d’une symbolique ajoutée de l’extérieur. La nomination a été annoncée officiellement par le ministère de la Maison Royale, du Protocole et de la Chancellerie, et Mansouri n’a pas présenté cette décision, dans sa déclaration, comme une affaire strictement personnelle. Lorsqu’elle a affirmé que le Roi « croyait en la capacité de la femme marocaine » et que celle-ci « méritait respect et considération », elle a lu sa nomination comme un choix qui dépasse le seul nom de la personne appelée à diriger le gouvernement.

Mais la phrase la plus importante de sa déclaration est peut-être venue juste après : « Le travail commence aujourd’hui. »

Cette phrase déplace la question de la portée de la nomination vers ce qui vient immédiatement après. Mansouri n’a annoncé ni gouvernement déjà constitué, ni noms, ni répartition des portefeuilles. Elle a expliqué que le processus commencerait par des consultations internes au sein du Parti authenticité et modernité (PAM), avant de s’ouvrir à l’ensemble des partis politiques, avec l’objectif de présenter rapidement une proposition de composition gouvernementale.

La photographie de la future équipe gouvernementale n’était donc pas encore arrêtée au moment de l’accueil royal, même si le nom de celle qui doit conduire le processus, lui, l’était.

L’article 47 de la Constitution fixe le cadre institutionnel de la nomination. Mais le passage de la nomination du chef du gouvernement à la constitution de l’équipe gouvernementale ouvre une autre séquence, politique celle-là : négociations entre partis, discussions sur la majorité, le programme, les portefeuilles et les responsabilités. Lorsque Mansouri explique qu’elle commencera par consulter son propre parti avant de rencontrer les autres formations, elle décrit moins un principe général qu’une première étape concrète de sa mission.

Le choix du mot « tous » à propos des partis politiques laisse, lui aussi, ouverte la question de la future architecture de la majorité. Aucun nom de partenaire n’a été annoncé dans sa déclaration. Aucun portefeuille n’a été distribué. Aucune formule de coalition n’a été rendue publique. Tout ce qui dépasse ces éléments demeure, à ce stade, de l’ordre des hypothèses tant qu’il n’est pas confirmé par des positions ou des accords documentés.

Mansouri a par ailleurs relié le futur gouvernement à deux attentes qu’elle a placées sur le même plan : celles du Roi et celles des citoyens marocains. Elle a parlé d’un gouvernement « à la hauteur des attentes du Roi et des citoyens marocains », avant d’insister sur la nécessité d’un programme proposant des « solutions réelles et réalistes », conformément à la volonté royale.

Le propos reste général. Il ne permet pas encore d’identifier les politiques publiques qui seront privilégiées, ni les échéances, ni les moyens qui leur seront consacrés. Mais il fixe déjà le registre dans lequel la future cheffe du gouvernement entend inscrire son action : des orientations royales qu’elle dit avoir reçues, des attentes citoyennes importantes et la nécessité de traduire ces attentes en propositions concrètes.

Mansouri a également placé les jeunes au cœur de cette nouvelle période. Elle a reconnu que les attentes seront particulièrement fortes « de la part des citoyens en général et des jeunes en particulier ». Là encore, la formule ne constitue pas encore un programme. Elle deviendra une matière politique concrète si elle se retrouve dans le programme gouvernemental sous forme d’engagements, d’objectifs, de calendrier et de mécanismes d’exécution.

Son message aux femmes était formulé autrement. « Nous travaillerons ensemble en tant que société », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’en tant que femme elle connaissait les conditions dans lesquelles vivent les femmes et les orientations royales dans ce domaine. Elle a souhaité voir émerger une société « harmonieuse avec toutes ses forces vives ».

La distance entre le symbole et la politique publique reste ici entière. Le fait qu’une femme accède à la présidence du gouvernement modifie déjà la place de la représentation féminine au sommet de l’exécutif. Mais la nomination, à elle seule, ne permet pas de connaître les politiques qui seront effectivement menées en faveur des femmes. Celles-ci apparaîtront plus clairement dans la composition du gouvernement, son programme et les décisions qui suivront.

Mansouri n’a d’ailleurs pas prétendu que sa nomination mettait fin à ces interrogations. Elle a au contraire annoncé le début des consultations.

Son arrivée à la tête du gouvernement intervient en outre depuis une formation politique, le PAM, qui a remporté les élections législatives du 23 septembre 2026 selon les résultats publiés. La question qui se pose désormais n’est donc pas uniquement celle de la nomination d’une première femme à la tête du gouvernement. Elle concerne aussi la capacité du parti arrivé en tête à transformer son résultat électoral en majorité gouvernementale et, ensuite, la capacité de Mansouri à gérer les négociations entre formations politiques pour donner à cette majorité une structure et un programme.

Son propre parcours ajoute une autre dimension à la nomination. Mansouri n’entre pas à la tête du gouvernement sans expérience exécutive ou politique. Elle a été ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, a présidé le conseil communal de Marrakech et occupé des responsabilités dirigeantes au sein du PAM.

Le changement est pourtant d’une autre nature.

Une responsable de direction partisane devient la personnalité chargée de former un gouvernement. Une expérience ministérielle et locale doit désormais se transformer en capacité de coordination de l’ensemble de l’exécutif, de gestion de la majorité, de défense du programme gouvernemental devant le Parlement et de conduite des politiques publiques face aux attentes des citoyens.

C’est pourquoi la phrase « le travail commence aujourd’hui » est moins une formule protocolaire qu’une indication sur la nature de la période qui s’ouvre. Les premières réunions au sein du parti, les contacts avec les autres formations, puis les noms proposés pour les différents portefeuilles montreront progressivement comment la cheffe du gouvernement chargée de sa formation a traduit les orientations qu’elle dit avoir reçues du Roi.

L’image de la femme marocaine qu’elle a évoquée depuis le Palais Royal est désormais inscrite dans l’histoire de cette nomination. Mais cette première historique ne constitue que le point de départ. Le contenu politique de cette nouvelle étape apparaîtra dans ce qui suivra : la formation du gouvernement, son programme et la manière dont les engagements annoncés seront transformés en décisions.

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