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Bouarfa : Lekjaa lie le « changement de cap » à la fin de la logique des « avantages et des butins » et dessine les priorités du Maroc à l’horizon 2031

À Bouarfa, Fouzi Lekjaa a placé l’expression « avantages et butins » au cœur de son discours sur la prochaine étape. Membre du bureau politique du Parti authenticité et modernité et ministre délégué chargé du Budget, il est revenu sur une idée devenue récurrente dans la campagne du PAM : le prochain scrutin ne devrait pas seulement servir, selon lui, à changer les responsables ou à redistribuer les positions, mais à déterminer la manière dont les cinq prochaines années seront gouvernées.

Lekjaa l’a formulé en darija : « Avant de penser à distribuer les avantages et les butins, il faut servir les intérêts du Maroc. » La phrase s’inscrit dans un propos plus large consacré à la participation du PAM à l’action gouvernementale au cours des cinq dernières années et à la conception politique que le parti dit avoir tirée de cette expérience.

Au cours des derniers jours de campagne, cette même idée est apparue sous plusieurs formes. À Dakhla, Lekjaa a parlé de « changer le cap de l’action gouvernementale » et a critiqué ce qu’il a décrit comme une culture de distribution des butins, d’atteinte au pouvoir d’achat et de conflits d’intérêts. À Azrou, il a utilisé une autre image : celle d’un Maroc qui avance à la même vitesse de développement, plutôt qu’à la vitesse des promesses renouvelées à chaque échéance électorale.

À Bouarfa, le discours s’est davantage rapproché des difficultés quotidiennes.

L’agriculture et la sécheresse occupent une place centrale. Selon Lekjaa, les mécanismes de soutien destinés aux agriculteurs et aux éleveurs doivent être revus afin que les aides et les aliments pour bétail parviennent directement aux bénéficiaires, avec moins d’intermédiaires. Il l’a résumé ainsi : « Nous voulons que le soutien destiné à l’agriculture et au bétail aille directement à l’agriculteur et à l’éleveur. »

La formulation est simple. Son application l’est beaucoup moins. Une politique de soutien suppose de déterminer les bénéficiaires, d’organiser la distribution, de contrôler les circuits et de vérifier que les ressources publiques atteignent effectivement leur destination. Lekjaa a relié cette question à la succession des années de sécheresse et à la nécessité de permettre aux agriculteurs et aux éleveurs de maintenir leur activité et leur cheptel.

Le pouvoir d’achat a constitué un autre volet du discours. Lekjaa a appelé à ramener les prix de plusieurs produits vers ce qu’il considère comme un niveau « raisonnable », estimant que les ménages ne peuvent supporter durablement des marges élevées. Il a dénoncé ce qu’il a qualifié de « profits excessifs » réalisés par certains commerçants.

La question devient alors celle du prix final payé par le consommateur : quelle part correspond aux coûts de production, de transport et de distribution, et quelle part relève des marges ? Dans cette intervention, Lekjaa a posé le problème sur le terrain politique sans détailler, à lui seul, l’ensemble des mécanismes qui permettraient de le traiter.

Sur le plan social, les retraités et les veuves figurent parmi les catégories qu’il affirme vouloir placer au centre des priorités. Il a notamment réaffirmé la proposition d’un minimum de pension de 3 000 dirhams et appelé à revoir la situation des veuves de retraités afin que la pension du conjoint puisse continuer à soutenir la famille après son décès.

La santé apparaît ensuite sous un angle très concret : la proximité.

Lekjaa a évoqué le cas de citoyens obligés de parcourir de longues distances pour accéder à un établissement ou à un service de santé, notamment dans les zones rurales. Il a parlé d’une « santé qui garantit la dignité du malade ». Dans les territoires éloignés, l’existence d’un établissement sur une carte ne suffit pas nécessairement : la distance, le transport, les ressources humaines et la continuité du service déterminent l’accès réel aux soins.

L’éducation révèle une difficulté comparable.

Lekjaa a évoqué les problèmes rencontrés dans plusieurs douars : éloignement des établissements, difficultés de logement et de déplacement des enseignants, absence de transport scolaire et obstacles liés aux oueds et aux conditions naturelles. Dans son diagnostic, le décrochage scolaire ne peut donc pas être traité uniquement comme un problème interne à l’école. Il a avancé, dans ce contexte, le chiffre d’environ 300 000 abandons scolaires par an.

L’école devient ainsi une question qui dépasse la salle de classe. Si l’élève a besoin d’un transport, si sa famille doit disposer de conditions permettant la poursuite de sa scolarité et si l’enseignant doit pouvoir vivre et travailler durablement dans la région, la lutte contre le décrochage touche nécessairement à l’ensemble de cet environnement.

C’est à ce point que le discours revient à l’un des axes que Lekjaa veut inscrire dans l’horizon 2031 : réduire les écarts territoriaux.

À Azrou, il avait utilisé l’image du TGV pour parler d’un Maroc avançant à une même vitesse. À Bouarfa, il a repris cette idée en évoquant un Maroc qui devrait « avancer à la même vitesse », sans que certaines régions bénéficient d’un rythme de développement beaucoup plus rapide que les zones rurales et les douars.

La question ne se limite donc pas aux infrastructures. Elle concerne ce qui arrive réellement au citoyen : école, santé, transport, activité économique, revenus et services publics. Les jeunes apparaissent dans ce cadre comme une composante de cette transformation et non simplement comme une catégorie électorale à laquelle s’adressent des promesses.

Lekjaa les a appelés à participer à la gestion de la chose publique, à voter et à choisir leurs représentants, en insistant sur l’idée que le pays appartient à tous et doit être servi collectivement.

Sur le terrain électoral, son propos a été plus direct. Le scrutin du 23 septembre doit, selon lui, déterminer les choix qui structureront la gestion des affaires publiques jusqu’en 2031. Il a appelé les présents à voter pour les candidats du PAM, en rappelant que le Parlement issu du scrutin déterminera la majorité appelée à conduire le gouvernement durant les prochaines années.

Mais il a également abordé la question des promesses électorales. Les Marocains, estime-t-il, sont désormais capables de distinguer les programmes sérieux du discours qui réapparaît tous les cinq ans. « Nous ne voulons pas distribuer des promesses, nous voulons parler avec vous aujourd’hui et demain », a-t-il déclaré en substance.

Cette idée prolonge un autre élément de sa campagne. À Zagora, Lekjaa avait appelé à une forte mobilisation en faveur du PAM afin que le parti arrive en tête du scrutin et puisse conduire le prochain gouvernement, en liant cette perspective à la mise en œuvre de son programme électoral.

À Bouarfa, il ne s’est donc pas contenté d’additionner des propositions sociales. Il les a intégrées dans une conception plus large de l’action publique : une aide qui atteint son bénéficiaire, des prix qui pèsent moins sur les ménages, une meilleure protection des pensions, une santé plus proche, une école moins dépendante de la géographie et un développement qui ne s’arrête pas aux grandes villes.

Reste la question la plus concrète : comment transformer ces engagements en décisions finançables, applicables et mesurables ?

Lekjaa lui-même reconnaît que la simplicité d’une mesure dans son explication ne signifie pas sa simplicité dans l’exécution. Il évoque la nécessité d’études, de ressources, d’un travail collectif et d’une gestion continue. C’est précisément à ce niveau que le programme quitte le langage de campagne pour entrer dans l’épreuve de l’action gouvernementale, des institutions et du budget.

Dans son discours, Lekjaa a résumé ce préalable par quelques mots : « sincérité, travail, sérieux, dévouement et bon sens ».

Le 23 septembre donnera à ces engagements leur premier cadre institutionnel. Après le scrutin, la discussion ne portera plus seulement sur ce qui aura été dit pendant la campagne, mais sur ce qui pourra devenir une politique publique, sur ce qui nécessitera des ressources et des textes, et sur ce qui se heurtera aux contraintes ordinaires de la réalité.

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