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« Le seul parti, c’est le Palais » : Mayssa Ennaji s’en prend à Lekjaa et Akhannouch avant les élections du 23 septembre

Mayssa Ennaji n’a pas attendu l’ouverture officielle de la campagne électorale pour livrer sa propre lecture de la scène politique. Dans une publication au ton particulièrement virulent, elle a choisi de partir d’une conclusion qui laisse peu de place à l’ambiguïté : « Il n’y a ni partis, ni programmes, ni élections. Le seul parti, c’est le Palais. »

À partir de cette phrase, Ennaji construit un récit politique dans lequel Fouzi Lekjaa apparaît comme l’un des personnages clés de la prochaine séquence. Elle relie la montée de sa visibilité politique à son rôle dans la préparation de la Coupe du monde 2030, mais aussi aux transformations qu’elle dit observer au sein même de la majorité gouvernementale.

Mais ce que dit Ennaji est une chose. Ce que les faits permettent d’établir en est une autre.

L’homme dont elle parle n’est pas entré en politique par la voie de l’opposition. Fouzi Lekjaa a été ministre délégué chargé du Budget au sein du gouvernement d’Aziz Akhannouch, et a occupé cette fonction durant l’actuelle législature. C’est précisément sur cette réalité que s’appuie la partie la plus virulente de la critique d’Ennaji.

Elle ne se contente pas de présenter Lekjaa comme une personnalité politique montante. Elle le replace dans l’expérience gouvernementale dont elle estime que la nouvelle image serait désormais présentée comme différente. Pour qualifier son ancien rôle, elle emploie l’expression de « caissier d’Akhannouch », en référence à sa place dans la gestion des finances publiques et dans la défense des choix gouvernementaux.

Puis viennent les élections.

Le Maroc se dirige vers les élections législatives du 23 septembre prochain. Les partis préparent leurs programmes et leurs listes, tandis que l’organisation de la Coupe du monde 2030 apparaît déjà comme l’un des dossiers majeurs auxquels devra faire face le prochain gouvernement. Plusieurs analyses présentent ce scrutin à la fois comme un test du bilan de la majorité actuelle et comme une possible étape de recomposition des rapports de force entre formations politiques.

C’est dans ce contexte qu’Ennaji place Lekjaa dans une position différente.

Elle établit un lien entre sa visibilité croissante autour du chantier « Maroc 2030 » et ce qu’elle considère comme un repositionnement politique. Elle affirme également que des notables et des acteurs électoraux, selon sa lecture, commenceraient à se rapprocher de lui après avoir perçu une évolution des rapports de force.

Cette partie doit précisément être considérée comme une interprétation politique d’Ennaji, et non comme un fait établi. La présence d’un responsable à des rassemblements ou les slogans scandés en son honneur ne suffisent pas à démontrer l’existence d’un alignement électoral organisé autour de lui. Ils ne permettent pas davantage, à eux seuls, d’affirmer qu’un parti se préparerait à le présenter comme une alternative au chef du gouvernement.

Mais Ennaji ne s’arrête pas là.

Elle associe Lekjaa au Parti authenticité et modernité (PAM) et à Fatima Zahra Mansouri, et dessine le scénario dans lequel cette formation pourrait devenir, selon elle, l’une des façades politiques de la prochaine étape. En parallèle, elle place Akhannouch à la fin d’un cycle, avec une formule particulièrement dure sur la prétendue « fin de sa validité » auprès du Makhzen.

Là encore, il s’agit d’une lecture politique, et non du résultat d’une élection.

À ce stade, rien dans les éléments avancés dans cette publication ne permet de transformer ce scénario en réalité acquise. Les élections n’ont pas encore eu lieu, les alliances ne sont pas arrêtées et le parti qui conduira le prochain gouvernement dépendra d’abord du résultat des urnes, puis des consultations et des négociations nécessaires à la formation de la majorité.

La partie la plus intéressante de la publication d’Ennaji concerne peut-être la contradiction qu’elle perçoit entre l’image de Lekjaa au sein du gouvernement d’Akhannouch et celle qui lui serait désormais associée.

Dans sa publication, elle ironise sur le passage, selon sa propre lecture, d’un responsable gouvernemental ayant défendu les choix de l’exécutif à une position pouvant désormais être interprétée comme critique de cette même expérience. Elle résume cette contradiction en parlant d’un homme devenu « du jour au lendemain opposant et militant socialiste ».

Même le slogan « Lekjaa, repose-toi, repose-toi, nous poursuivrons le combat » devient, dans son interprétation, un élément de cette transformation.

Pourtant, un slogan, aussi révélateur soit-il de l’enthousiasme d’un public ou de sympathisants à l’occasion d’un rassemblement, ne suffit pas à établir à lui seul un changement politique ou la naissance d’une opposition. Ce qui mérite d’être vérifié, c’est l’existence réelle d’une évolution des positions, des alliances et des programmes, ou s’il s’agit simplement d’une lecture politique de la mobilisation autour d’une personnalité devenue présente sur plusieurs fronts.

C’est là que la publication d’Ennaji prend un autre intérêt : moins comme révélation de résultats déjà écrits que comme indice du type de discours qui commence à émerger à l’approche des élections.

Le prochain scrutin n’arrive pas dans le vide. Les partis se préparent, les programmes sont en cours d’élaboration et la discussion sur le prochain gouvernement se mêle à un chantier économique et infrastructurel de grande ampleur autour de la Coupe du monde 2030. Dans ce contexte, la montée en visibilité d’une personnalité disposant d’une forte présence institutionnelle et médiatique peut rapidement devenir un objet d’interprétation politique.

Ennaji a choisi l’interprétation la plus conflictuelle.

Elle ne voit pas simplement une redistribution des rôles au sein de la majorité. Elle parle de « mise en scène » politique. Elle ne voit pas non plus une compétition partisane ordinaire, mais une recomposition des centres de pouvoir. Et elle va plus loin encore lorsqu’elle estime que cette évolution pourrait conduire à « mettre fin au processus démocratique » et à dévoiler une « démocratie de façade ».

Ce sont des accusations lourdes. Elles ne peuvent donc pas être reprises par la presse comme des faits. Elles peuvent être rapportées, attribuées à leur auteure, puis confrontées aux éléments vérifiables.

Les faits disponibles permettent, pour l’instant, de dire quelque chose de plus simple : Lekjaa a fait partie du gouvernement d’Akhannouch, les prochaines élections législatives redistribueront les sièges et les rapports de force au Parlement, et les partis marocains préparent le scrutin avec leurs propres programmes. Le prochain gouvernement devra, lui, gérer une période dans laquelle le chantier de 2030 impliquera des dossiers considérables en matière d’infrastructures, d’investissement, de développement et de gouvernance.

Que cela signifie réellement un passage de Lekjaa vers une nouvelle position politique, une montée du PAM vers la conduite de la prochaine étape ou la fin de l’expérience d’Akhannouch, ce sont des questions auxquelles une publication sur les réseaux sociaux ne peut pas répondre. Les slogans non plus.

Les urnes apporteront le premier élément de réponse.

Mais la publication de Mayssa Ennaji, par son vocabulaire particulièrement dur et par le lien direct qu’elle établit entre le Palais, les partis, Lekjaa, Akhannouch, la Coupe du monde et les élections, montre déjà que la bataille du 23 septembre ne portera pas uniquement sur les programmes qui seront présentés aux électeurs. Elle portera aussi sur le récit que chacun cherchera à imposer pour expliquer ce que sera la prochaine étape.

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