jeudi, septembre 10, 2026
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Le « Pigeon » promet à nouveau des réformes… mais qui gérait l’éducation et la santé pendant toutes ces années ?

Hier, les Marocains ont entendu le Rassemblement national des indépendants présenter ce qui ressemble à une nouvelle feuille de route pour l’éducation et la santé, pour la période 2026-2031.

Les établissements « pionniers » seront étendus, le décrochage scolaire réduit de moitié, le transport et la restauration scolaires généralisés, tandis que le soutien pédagogique fera appel à l’intelligence artificielle. Dans l’enseignement supérieur, le nombre d’universités passerait de 12 à 27.

Dans la santé, le programme prévoit la rénovation de 1 600 centres de santé d’ici 2027, la création de 200 nouveaux établissements, 100 unités médicales mobiles et le déploiement de 5 000 agents de santé dans le monde rural. À cela s’ajoutent le médecin de famille et l’objectif de porter la densité des professionnels de santé à 45 pour 10 000 habitants.

Un programme ambitieux, sans aucun doute.

Mais il y a un détail difficile à contourner lorsqu’on écoute ces nouvelles promesses : le parti qui les présente aujourd’hui était au cœur du gouvernement qui gérait ces deux secteurs au cours des dernières années.

Et cela change forcément la manière de lire le discours.

Le RNI ne présente pas aujourd’hui son programme comme un parti qui aurait découvert les problèmes de l’éducation et de la santé depuis les bancs de l’opposition. Il était aux commandes. C’est pourquoi parler de la prochaine étape conduit naturellement à regarder, ne serait-ce qu’un instant, celle qui vient de s’achever.

Il ne s’agit pas de dire que tout ce qui a été réalisé par le gouvernement précédent était un échec. Une telle conclusion exigerait un bilan chiffré, dossier par dossier. Certaines annonces faites aujourd’hui s’inscrivent d’ailleurs dans la continuité de réformes et de programmes lancés au cours des années précédentes.

Mais le citoyen n’écoute pas une promesse isolée de son passé.

Lorsqu’on lui annonce aujourd’hui que 1 600 centres de santé seront réhabilités, il pensera forcément au centre de santé de sa commune. Lorsqu’il entend parler du médecin de famille et des unités médicales mobiles, il se souviendra des années de discours sur le rapprochement des soins avec les citoyens. Et lorsqu’il entend que le transport scolaire sera généralisé, certaines familles savent encore très concrètement ce que signifie, pour un enfant, vivre loin de son établissement scolaire.

C’est pourquoi il manquait peut-être au discours quelque chose de simple, mais d’essentiel : un bilan clair avant de passer aux nouvelles promesses.

Mohamed Saad Berrada affirme que 50 % des collèges sont désormais intégrés au modèle des établissements « pionniers » et que sa généralisation devrait être achevée dans les deux prochaines années. Ce sont des données qui peuvent être mesurées et suivies. Mais une autre question demeure : qu’est-il advenu de la réforme de l’éducation annoncée aux Marocains durant la précédente législature, et qu’est-ce qui n’a pas été réalisé ?

Dans la santé, les nouveaux chiffres sont encore plus importants. Et si le parti reste aux commandes, le prochain gouvernement devra, à terme, expliquer ce que ces chiffres sont devenus : combien de centres ont effectivement été réhabilités ? Combien de médecins de famille ont réellement été mis à la disposition des citoyens ? Combien d’agents de santé ont rejoint les zones rurales ? Et surtout, qu’est-ce qui aura changé dans l’hôpital et le centre de santé pour le citoyen ordinaire ?

La politique électorale permet évidemment de présenter de nouvelles promesses. C’est même l’une de ses caractéristiques.

Mais il existe une différence entre dire aux citoyens : « nous allons poursuivre ce que nous avons commencé », et leur présenter les mêmes problèmes comme s’ils venaient d’être découverts aujourd’hui.

Cette différence compte particulièrement dans le cas du RNI, parce que le parti ne demande pas aux électeurs de juger le discours d’une opposition qui n’aurait jamais eu l’occasion d’agir. Il leur demande de comparer une expérience de gouvernement à un nouveau programme de gouvernement.

Il est donc normal que l’électeur regarde les deux.

Il n’est pas difficile pour un parti de promettre de nouvelles universités, des hôpitaux, ou la généralisation du transport scolaire. Le plus difficile sera, lorsque les échéances arriveront, que les chiffres annoncés à Rabat deviennent effectivement des établissements, des services et des solutions visibles dans la vie quotidienne.

C’est là que les dates annoncées par le parti peuvent devenir aussi utiles pour lui qu’elles pourraient, demain, lui être opposables.

Chacune de ces années arrivera à son tour, avec son lot de questions.

Pour l’instant, il suffit de garder une chose en mémoire en écoutant ce nouveau programme : ceux qui nous promettent de réformer demain étaient aussi responsables de la gestion d’hier.

C’est pourquoi la première page de tout nouveau programme électoral ne devrait pas contenir uniquement des promesses.

Elle devrait commencer par le bilan.

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