lundi, septembre 7, 2026
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Lekjaa met 350 milliards de dirhams sur la table : le PAM chiffre son programme à l’horizon 2031

Fouzi Lekjaa, membre du bureau politique du Parti Authenticité et Modernité (PAM) et ministre délégué auprès de la ministre de l’Économie et des Finances, chargé du Budget, ne s’est pas contenté de défendre le programme électoral de son parti à l’horizon 2031. Lors d’une rencontre partisane dans la province d’Azilal, il est entré dans la partie la plus sensible de tout programme électoral : combien coûtera sa mise en œuvre et où trouver les ressources nécessaires ?

Le chiffre avancé par Lekjaa devant les participants est de 350 milliards de dirhams pour le volume financier global du programme, tandis qu’il a évoqué près de 250 milliards de dirhams supplémentaires sur cinq ans pour mettre en œuvre une partie des engagements retenus par le parti.

Le chiffre n’a pas été présenté comme une simple estimation comptable. Lekjaa a construit son argumentaire à partir d’une comparaison avec les sommes mobilisées par l’État ces dernières années, notamment pour soutenir le pouvoir d’achat. Il a indiqué que près de 280 milliards de dirhams avaient été mobilisés au cours des cinq dernières années à cette fin, estimant que le débat ne devait pas s’arrêter au montant des dépenses, mais porter aussi sur la manière dont ces ressources ont été orientées et sur les résultats effectivement ressentis par les citoyens.

Par cette comparaison, Lekjaa a tenté de déplacer le débat de la question de savoir « s’il y a de l’argent » vers celle des priorités et de l’utilisation des ressources publiques. Si l’État a déjà mobilisé des montants de cette ampleur sur une période limitée, le financement d’un programme social étalé sur cinq ans ne paraît pas, dans son argumentation, dépasser les capacités financières du Maroc.

Mais le chiffre, à lui seul, ne dit pas ce que contient le programme.

À Azilal, Lekjaa a choisi de partir des dossiers dans lesquels les écarts entre les politiques publiques et la vie quotidienne des citoyens apparaissent le plus directement : pouvoir d’achat, jeunesse, éducation et santé, disparités territoriales, puis situation des différentes catégories sociales.

Il a affirmé que le PAM n’avait pas voulu se limiter, selon sa présentation, à établir un diagnostic des problèmes, mais qu’il avait travaillé sur des mesures qu’il considère comme réalisables. Le pouvoir d’achat arrive en tête de ces priorités, avant que le discours ne s’élargisse aux catégories directement exposées à la hausse du coût de la vie.

Les retraités figurent dans le dispositif présenté. Pour Lekjaa, il ne s’agit pas seulement de garantir un revenu mensuel, mais de permettre à ceux qui ont achevé leur parcours professionnel de vivre sans basculer dans la précarité.

La classe moyenne, les salariés et les fonctionnaires sont également concernés, à travers la volonté de réduire les charges qui absorbent une partie importante des revenus, et pas uniquement par une hausse des salaires. L’éducation, le logement et les différentes dépenses sociales font partie, dans la conception exposée par Lekjaa, de l’équation du pouvoir d’achat. Une augmentation du revenu ne signifie pas nécessairement une amélioration du niveau de vie si les dépenses essentielles continuent d’en absorber une grande partie.

Sur la jeunesse, le discours est allé au-delà de la question habituelle de l’emploi. Lekjaa a évoqué une politique publique spécifiquement destinée à cette catégorie et la nécessité d’intégrer les jeunes dans la société en leur donnant les moyens de contribuer à la production de valeur et au développement, plutôt que de les laisser seuls face au chômage, à la rue et à la recherche individuelle d’un avenir.

Pour l’éducation et la santé, il a estimé que des efforts avaient été accomplis au cours des dernières années, mais que les résultats exigeaient une impulsion supplémentaire durant la prochaine période. L’objectif fixé est que les réformes produisent, d’ici 2031, des effets plus visibles pour les citoyens, particulièrement dans les territoires où les familles rencontrent encore des difficultés d’accès aux services essentiels.

Le choix d’Azilal n’était pas sans rapport avec une autre dimension de son intervention.

Les zones montagneuses ont occupé une place importante dans son discours. Lekjaa a estimé qu’elles nécessitaient des interventions supplémentaires parce qu’elles n’avaient pas, dans plusieurs cas, atteint le même niveau de développement et d’équipement que d’autres territoires. Réduire les disparités territoriales signifie, dans son approche, accélérer le rythme de l’investissement et du développement afin que le lieu de résidence ne détermine pas le niveau d’accès aux services et aux opportunités.

La question de l’amazighité a également été intégrée à cette vision. Lekjaa a parlé de la nécessité de lui accorder davantage d’attention, particulièrement dans les régions où elle constitue une composante essentielle de la vie quotidienne des populations, tout en renforçant sa présence dans l’administration et les services publics et en mobilisant les moyens nécessaires à sa mise en œuvre concrète.

Cette question prend une dimension particulière lorsqu’elle est associée aux territoires montagneux. Leur développement ne concerne pas uniquement les infrastructures et l’investissement, mais aussi la capacité des citoyens à accéder à l’administration et aux services dans une langue qu’ils utilisent dans leur vie quotidienne.

Face à ces dossiers, Lekjaa a également abordé les réactions politiques suscitées par le programme du PAM.

Il a déclaré avoir suivi les prises de position de certaines forces qu’il considère comme concurrentes du parti, sans avoir trouvé, selon ses propres termes, de débat portant véritablement sur le fond des propositions présentées par le PAM. Il a refusé que le débat électoral se transforme en échange d’épithètes entre responsables politiques, citant le verset coranique : « Et lorsque les ignorants s’adressent à eux, ils disent : paix ».

Le message politique qu’il a voulu faire passer est resté, sur ce point, assez précis : le parti veut débattre des idées, des chiffres et des solutions et se dit disposé à accueillir une proposition nouvelle, quelle qu’en soit l’origine. Il accepte également la confrontation sur le fond. En revanche, les attaques et les qualificatifs ne constituent pas, à ses yeux, un débat utile au Maroc et aux Marocains.

Mais le point le plus important de son intervention ne résidait pas dans la réponse aux adversaires politiques. Il était dans la volonté de relier les promesses à leur coût.

Lekjaa a expliqué qu’après avoir déterminé les priorités et les mesures, le parti était passé à ce qu’il a appelé « le calcul ». Cette étape est importante dans un discours électoral parce que les programmes présentent souvent leurs objectifs avant d’exposer le coût de leur réalisation. Le PAM a choisi d’avancer ce chiffre et de soutenir que son financement est possible au regard des ressources déjà mobilisées par l’État.

Le montant annoncé appelle cependant des précisions supplémentaires. Les 350 milliards de dirhams ne constituent pas une dépense unique, tandis que les 250 milliards de dirhams supplémentaires évoqués par Lekjaa concernent une partie du projet sur une période de cinq ans. Le véritable test du programme ne portera donc pas uniquement sur l’ampleur du chiffre, mais sur la répartition de ces ressources entre le pouvoir d’achat, la jeunesse, la santé, l’éducation, les zones montagneuses, les disparités territoriales, les retraités et la classe moyenne, ainsi que sur les ressources qui permettront de financer chacun de ces engagements.

Dans cette intervention, Lekjaa n’a pas présenté un détail comptable de chaque poste. Il a en revanche exposé la logique avec laquelle le parti veut entrer dans le débat : il ne suffit pas d’affirmer que le programme est coûteux, puisque l’État a déjà mobilisé des montants considérables sur une période relativement courte. L’enjeu est de savoir ce que ces dépenses produisent pour les citoyens et quels résultats elles permettent d’obtenir.

Cela place le PAM devant une exigence différente de celle qui consiste simplement à présenter une liste de promesses. Plus le programme entrera dans le détail, plus la comparaison entre son coût et ses résultats deviendra concrète. Le chiffre avancé par Lekjaa deviendra alors lui-même une référence à partir de laquelle il sera possible de mesurer ce qui aura effectivement été réalisé au cours des cinq prochaines années.

À la fin de son intervention, Lekjaa a rassemblé ces engagements autour d’une même notion : la dignité. Un jeune qui trouve des possibilités et les moyens de participer à l’économie, un retraité qui ne bascule pas dans la précarité, un salarié, un fonctionnaire ou un membre de la classe moyenne capables de faire face à leurs besoins, une famille ayant accès à l’éducation, à la santé et au logement, un citoyen des zones montagneuses bénéficiant des mêmes services que les autres, et une présence concrète de l’amazigh dans l’administration et les services publics.

C’est le projet que le PAM dit vouloir porter jusqu’en 2031.

Quant aux 350 milliards de dirhams, ils sont désormais sortis du seul registre du discours électoral pour entrer dans le calcul que le parti devra défendre à mesure que son programme passera du cadre des engagements à celui de leur traduction concrète.

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