La cheffe du gouvernement marocain, Fatima Zahra Mansouri, est arrivée mercredi à Moscou pour représenter Sa Majesté le Roi Mohammed VI aux travaux du troisième sommet Russie-Afrique, organisé dans la capitale russe les 28 et 29 octobre. La délégation marocaine comprend également le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, ainsi que l’ambassadeur du Maroc en Russie, Lotfi Bouchaara.
Cette participation marocaine intervient alors que Moscou cherche à élargir ses relations économiques et politiques avec le continent africain. Le processus s’est structuré autour du premier sommet organisé à Sotchi en 2019, puis de la deuxième édition tenue à Saint-Pétersbourg en 2023. La troisième rencontre, placée sous le thème « Pour la paix, la sécurité et le développement », couvre un programme qui dépasse les relations diplomatiques pour inclure le commerce, l’investissement, l’énergie, l’agriculture, les infrastructures et les technologies.
L’étendue des sujets inscrits à l’ordre du jour ne préjuge cependant pas des résultats concrets. Le renforcement des relations diplomatiques ne se traduit pas automatiquement par une hausse des investissements ou par des échanges commerciaux plus équilibrés. Entre les déclarations d’intention et la réalisation des projets interviennent des conditions de financement, des contraintes logistiques et des décisions d’entreprises dont les effets ne peuvent être évalués qu’à partir de données vérifiables.
Les échanges commerciaux entre le Maroc et la Russie constituent à cet égard un indicateur utile. Selon les données commerciales internationales de 2025 diffusées dans les bases reposant sur les statistiques des Nations unies, les importations marocaines en provenance de Russie ont atteint environ 677,3 millions de dollars, tandis que les exportations marocaines vers le marché russe se sont établies autour de 102,8 millions de dollars. Les importations comprennent notamment des produits en aluminium, des résidus de l’industrie alimentaire, des céréales et des engrais. Les exportations marocaines concernent principalement les fruits et fruits à coque ainsi que les produits de la mer.
Ces chiffres doivent être interprétés avec prudence, compte tenu des différences possibles de classification et de comptabilisation entre les bases statistiques. Ils font néanmoins apparaître un déséquilibre notable en faveur des importations marocaines en provenance de Russie. Une seule année ne suffit pas à déterminer une tendance de long terme, mais elle permet d’identifier un enjeu concret : améliorer l’accès des produits marocains au marché russe, diversifier les exportations et développer des partenariats industriels et d’investissement au-delà des échanges traditionnels.
Les produits agricoles et les engrais occupent une place particulière dans cette relation, en raison de leur lien avec la sécurité alimentaire et les coûts de production. Une éventuelle extension de la coopération dans les domaines de l’énergie, des technologies et des infrastructures dépendra, quant à elle, de conditions pratiques : financement, transport, assurance, mécanismes de paiement et capacité des entreprises des deux pays à transformer les orientations politiques en contrats exécutables.
À l’échelle continentale, le sommet s’inscrit dans une nouvelle phase de structuration du partenariat russo-africain. Le programme annoncé prévoit notamment l’examen d’un plan d’action pour la période 2027-2029 ainsi que d’une déclaration de coopération sur les usages civils de l’intelligence artificielle. Si ces textes sont adoptés conformément au programme annoncé, ils fourniront un cadre pour définir les priorités des prochaines années. Leur portée réelle dépendra toutefois des engagements retenus, des mécanismes de suivi et des projets effectivement financés et mis en œuvre.
La Russie poursuit son action en Afrique dans un environnement international marqué par la concurrence entre partenaires pour les marchés, les ressources, les voies commerciales et la coopération sécuritaire. Ses relations historiques et politiques avec plusieurs États africains constituent des points d’appui. Mais les contraintes économiques et logistiques, tout comme la diversité des intérêts nationaux, conduisent les gouvernements africains à apprécier leurs relations avec Moscou en fonction de leurs propres priorités. Le continent ne saurait donc être considéré comme un ensemble homogène adoptant une position unique à l’égard de la Russie ou de ses partenaires internationaux.
Pour Rabat, la participation à cette rencontre offre une occasion de poursuivre les consultations avec Moscou sur les relations bilatérales et les dossiers d’intérêt commun. L’évaluation des résultats devra cependant reposer sur des éléments concrets : contenu des échanges, éventuelles décisions annoncées, évolution des échanges commerciaux et réalisation de projets identifiables.
Le sommet doit s’achever jeudi 29 octobre, selon le programme annoncé. Les déclarations officielles sur les entretiens bilatéraux et le contenu des documents finaux permettront de distinguer les messages diplomatiques des engagements susceptibles de produire des effets mesurables pour le Maroc.


