L’Union socialiste des forces populaires (USFP) entre dans une phase plus sensible des discussions sur sa participation au prochain gouvernement. Le débat ne porte déjà plus seulement sur une question générale — celle de savoir si « la Rose » entrera ou non au gouvernement — mais sur une question beaucoup plus concrète : avec quels noms, quels portefeuilles et selon quels critères ?
Un élément est désormais établi : Driss Lachgar, premier secrétaire de l’USFP, a été chargé par le bureau politique de poursuivre les discussions avec Fatima Zahra Mansouri, chargée de former le gouvernement, aux côtés de Mustapha Ajab, tandis que le bureau politique doit rester mobilisé pour suivre l’évolution des consultations.
Pour le reste, les détails des portefeuilles réclamés et les noms évoqués pour entrer au gouvernement relèvent encore de sources internes et ne constituent pas, à ce stade, une liste officielle rendue publique.
Selon ces informations, trois noms apparaissent dans les calculs liés à une éventuelle participation gouvernementale : Abdelrahim Chahid, ancien président du groupe socialiste à la Chambre des représentants, Ahmed El Aakd, directeur du groupe parlementaire du parti, ainsi que Khawla Lachgar, fille du premier secrétaire de l’USFP.
La présence de Chahid et d’El Aakd dans les discussions n’a, en soi, rien de particulièrement surprenant dans un parti qui négocie son entrée au gouvernement. Tous deux sont liés au travail parlementaire et à l’appareil politique du parti. Leur présence peut donc être lue comme faisant partie du processus de sélection de profils issus de la structure politique et organisationnelle de l’USFP.
Le nom de Khawla Lachgar change en revanche la nature de la discussion.
Le simple fait que le nom de la fille du premier secrétaire apparaisse parmi les personnes évoquées pour un poste gouvernemental suffit à déplacer le débat vers une autre question : les choix sont-ils fondés sur des critères politiques, organisationnels et professionnels clairement établis, ou le cercle des candidatures est-il en train de se rapprocher du centre de décision du parti ?
Selon les mêmes sources, cette question aurait commencé à circuler au sein du bureau politique. Certaines voix dirigeantes auraient exprimé des réserves sur la manière dont les candidatures sont actuellement gérées et demandé un élargissement de la concertation ainsi que des critères plus clairs pour choisir les futurs ministres.
Le moment où cette discussion apparaît compte aussi.
L’USFP est entré dans les consultations avec un discours politique relativement large. Lors de la réunion de son bureau politique du 30 septembre, le parti a mis en avant la réforme institutionnelle et administrative, la transformation numérique, la restauration de la confiance dans la politique et les institutions, la promotion de l’investissement productif ainsi que la justice sociale et territoriale.
Le parti avait également insisté sur l’idée que la participation au gouvernement ne constituait pas une fin en soi et qu’une éventuelle alliance devait reposer sur des références et des convictions politiques communes.
Mais les négociations gouvernementales ont leur propre langage : le nombre de portefeuilles, leur nature et les noms de ceux qui les occuperont.
D’après les informations qui circulent, Driss Lachgar souhaiterait mettre sur la table deux portefeuilles précis : le ministère de la Justice et le ministère chargé des Relations avec le Parlement, auxquels s’ajouterait un secrétariat d’État.
Si ces demandes se confirment, le choix des portefeuilles deviendra lui-même un élément de lecture de la place que l’USFP entend occuper dans la future architecture gouvernementale. La Justice n’est pas un portefeuille technique parmi d’autres. Les Relations avec le Parlement touchent directement au rapport entre l’Exécutif et l’institution législative, dans un contexte où les équilibres à la Chambre des représentants pèseront sur la stabilité de la majorité.
Mais, à ce stade, aucune liste gouvernementale définitive publiée officiellement ne permet d’affirmer que ces portefeuilles ont été attribués à l’USFP, pas plus que les trois noms évoqués ne constituent une liste officielle de futurs ministres.
Une chose apparaît néanmoins clairement : la position de l’USFP dans les consultations s’est renforcée ces derniers jours.
Lachgar a rencontré Mansouri dans le cadre du premier round des consultations, avant que le bureau politique ne lui confie la poursuite des négociations au nom du parti. Le 5 octobre, un article de presse faisant état d’une deuxième rencontre entre Mansouri et Lachgar évoquait une avancée vers la participation de l’USFP au gouvernement, tout en précisant que les détails de l’architecture gouvernementale restaient encore en discussion.
C’est précisément ce qui donne au dossier des noms une importance particulière.
Plus le parti se rapproche du gouvernement, plus la question de savoir qui représentera l’USFP à l’intérieur de celui-ci devient sensible. Et plus la négociation avance, plus le choix des futurs ministres cesse d’être une simple question de personnes pour devenir une question interne de fonctionnement du parti.
Les réserves attribuées à certains membres du bureau politique peuvent être lues dans cette perspective. Si elles sont confirmées, elles ne concernent pas uniquement le nom de Khawla Lachgar. Elles portent aussi sur la méthode de sélection : qui propose ? Qui consulte ? Quels sont les critères ? Et à quel moment la décision finale doit-elle sortir des discussions internes du parti pour entrer dans la négociation menée par son premier secrétaire avec la cheffe du gouvernement chargée de la formation de l’Exécutif ?
La réponse n’est pas encore connue.
Lachgar lui-même a maintenu confidentiel le contenu de ses discussions avec Mansouri, en indiquant que leurs détails seraient dévoilés une fois que cette dernière aurait achevé ses rencontres avec les autres formations politiques.
Il faut donc, à ce stade, rester dans les limites imposées par les faits : des demandes rapportées, des noms évoqués et des discussions internes attribuées à des sources, mais pas encore de décisions gouvernementales définitives.
Le véritable test pour l’USFP commencera lorsque ces noms sortiront du registre des informations qui circulent pour entrer dans celui de la décision.
C’est à ce moment-là que l’on saura si le parti aura réussi à transformer sa participation gouvernementale en un choix politique assumé et institutionnellement construit, ou si le premier débat sur les nominations ministérielles aura déjà révélé les lignes de tension qui accompagneront son éventuelle entrée au gouvernement.


