Abdellatif Wahbi vient de placer Fouzi Lekjaa dans le débat gouvernemental à un niveau qui dépasse largement la simple répartition des portefeuilles. Le membre du bureau politique du Parti authenticité et modernité (PAM) ne s’est pas contenté de considérer le responsable financier et sportif comme apte à prendre le portefeuille des Finances. Il n’exclut pas de le voir un jour à la tête du gouvernement, en évoquant un horizon qui pourrait être « dans cinq ans ».
Cette déclaration ne signifie évidemment pas qu’une décision ait été prise sur l’un ou l’autre de ces postes. Wahbi exprime son appréciation sur le profil de Lekjaa, alors que, selon ses propres indications, les consultations pour la formation du prochain gouvernement n’en sont pas encore au stade de la répartition des portefeuilles.
Mais le choix des Finances ouvre une question plus large.
Pour justifier son appréciation, Wahbi s’appuie sur l’expérience de Lekjaa au sein du ministère des Finances. À ses yeux, cette expérience le rend aujourd’hui davantage préparé à occuper ce portefeuille qu’à diriger le gouvernement. Pour la Primature, il situe en revanche la perspective dans un autre temps, lorsqu’il évoque la possibilité de voir Lekjaa y accéder « peut-être dans cinq ans ».
Le calendrier choisi par Wahbi compte dans son raisonnement. Il ne présente pas Lekjaa comme un candidat immédiat à la Primature. Il distingue une responsabilité gouvernementale qui pourrait se poser dès la prochaine étape d’un parcours politique qui pourrait, plus tard, conduire à des fonctions supérieures.
Puis il élargit encore le champ à l’intérieur du PAM.
Wahbi n’écarte pas non plus l’hypothèse de voir Lekjaa devenir, à terme, secrétaire général du parti. Il rappelle que, chez le « Parti du tracteur », l’accès au secrétariat général ne se décide pas en fonction de l’ancienneté. Cette remarque place ainsi un responsable arrivé au PAM quelques semaines seulement avant les élections dans une discussion qui dépasse déjà son statut de nouveau membre du bureau politique.
En parallèle, Wahbi dresse un portrait différent de Fatima Zahra Mansouri, coordinatrice du leadership collectif du PAM. La comparaison qu’il établit ne porte pas sur un poste précis, mais sur les modes d’action. Lekjaa serait, selon son expression, « une masse de mouvement, de décision et d’exécution », tandis que Mansouri serait davantage dans « le défi », avec cette volonté de pousser les dossiers jusqu’au bout.
À propos de Lekjaa, Wahbi affirme également qu’il est difficile à « canaliser », qu’il travaille plus de seize heures par jour et qu’il passe de la politique aux finances, puis au football.
Ce sont les appréciations de Wahbi. Elles ne constituent pas, à elles seules, une démonstration indépendante de l’aptitude de Lekjaa à exercer une fonction gouvernementale. Elles permettent cependant de comprendre sur quoi repose, chez le dirigeant du PAM, l’idée d’une capacité à assumer des responsabilités plus importantes.
En arrière-plan se trouve précisément le portefeuille des Finances. Et c’est ce qui rattache directement la déclaration de Wahbi aux discussions sur la future coalition gouvernementale.
C’est à ce moment qu’intervient le nom de Rachid Talbi Alami, ainsi que la séquence qui lui a été attribuée dans un enregistrement diffusé ces derniers jours, devenue célèbre à travers la formule « والله لا داها » — comprise comme une opposition à l’attribution du portefeuille des Finances à Fouzi Lekjaa.
Wahbi ne présente pas cette séquence comme une querelle personnelle. Il la replace dans la logique de la compétition entre partis autour des portefeuilles ministériels.
De son point de vue, Talbi Alami est libre de souhaiter que les Finances reviennent à l’un des cadres de son parti, notamment si le Rassemblement national des indépendants avait obtenu la majorité. Mais Wahbi rappelle immédiatement que le RNI n’est pas arrivé en tête.
C’est à cet endroit que la question change de nature.
Le sujet n’est plus seulement de savoir si Fouzi Lekjaa possède, ou non, le profil pour les Finances. Il devient aussi une question de rapport de forces : qui dispose, après les élections, de la capacité de proposer un nom pour un portefeuille stratégique, et qui peut s’y opposer ? Jusqu’où le résultat électoral peut-il se traduire en influence dans la formation du gouvernement ?
Le propos de Wahbi ne permet pas encore d’apporter une réponse définitive à ces questions. D’autant que, selon son propre récit, les consultations n’ont pas encore atteint le stade de la distribution des portefeuilles.
La première série de rencontres à laquelle le PAM a participé n’a pas porté, affirme-t-il, sur la composition du gouvernement. Les échanges ont davantage concerné les positions des partis sur les grandes questions et les urgences auxquelles le prochain exécutif devra répondre.
C’est dans ce cadre qu’il réagit à l’annonce du bureau politique du RNI, qui s’est déclaré disposé à participer au prochain gouvernement et à poursuivre ce qu’il appelle les « chantiers ouverts ».
La réponse de Wahbi reste prudente : « Merci pour leur position, mais nous n’avons encore pris aucune décision, ni positivement ni négativement. »
Autrement dit, la disponibilité du RNI ne vaut pas encore accord du PAM.
Le parti, explique Wahbi, cherche d’abord à confronter les différentes visions politiques autour des dossiers essentiels avant de passer à la construction d’une formule gouvernementale. Il répète que le moment n’est pas encore venu de prendre une position définitive sur la participation.
Même la relation avec le RNI, pourtant marquée par une forte confrontation durant la campagne électorale, est désormais présentée par Wahbi dans un registre différent.
Les deux partis se sont affrontés directement pendant la campagne, jusqu’à adopter des slogans contradictoires et à chercher chacun à démontrer sa capacité à gérer les affaires publiques. Wahbi considère cette confrontation comme normale entre des formations indépendantes, disposant de visions et de composantes humaines et politiques différentes.
Une fois le scrutin terminé, estime-t-il, le désaccord électoral ne doit pas empêcher le dialogue.
« Nous ne nous disputons pas, nous échangeons des idées et des données », explique-t-il, en rappelant que chaque formation cherchait à démontrer qu’elle était plus capable que l’autre de gérer les affaires publiques.
Mais passer de la compétition électorale aux négociations gouvernementales ne fait pas disparaître automatiquement les intérêts divergents. Et si le nom de Lekjaa devait effectivement entrer dans la discussion autour des Finances, ce portefeuille pourrait devenir l’un des dossiers permettant de mesurer la nature de cette transition.
C’est là que la déclaration de Wahbi prend une dimension particulière.
Il n’annonce ni une décision gouvernementale, ni une nomination, ni une désignation. Il ne parle pas non plus au nom du chef du gouvernement désigné lorsqu’il s’agit de répartir les portefeuilles. Mais il élève clairement, depuis l’intérieur d’un parti engagé dans les consultations, le niveau auquel est évoqué Fouzi Lekjaa : les Finances maintenant, la Primature dans un horizon de cinq ans, et même, à terme, le secrétariat général du PAM.
Reste à savoir si cette vision restera une appréciation personnelle d’Abdellatif Wahbi ou si elle finira par rejoindre les calculs politiques et organisationnels qui accompagneront réellement la formation du prochain gouvernement.
Pour l’instant, les consultations n’ont pas encore atteint, selon le récit de Wahbi, le stade de la distribution des portefeuilles. Le nom de Lekjaa se trouve donc encore dans l’espace des propositions et des rapports de force possibles.
La prochaine étape dira si les Finances ne sont qu’un nom parmi d’autres dans les discussions, ou si elles deviennent l’un des points sensibles des équilibres du futur gouvernement.
Quant à la formule attribuée à Rachid Talbi Alami au sujet du portefeuille des Finances, elle ajoute une couche supplémentaire au débat. Mais, à elle seule, elle ne permet ni d’établir la position définitive du RNI, ni de trancher le sort du portefeuille.
Pour l’heure, il y a une déclaration de Wahbi, une position publique du RNI sur sa disponibilité à participer au gouvernement, une séquence attribuée à Talbi Alami et des consultations qui, selon Wahbi, portent encore sur les grandes orientations avant d’entrer dans la distribution des postes.
Le chapitre des noms des ministres, lui, n’a pas encore commencé.


