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Après la victoire du PAM : que disent réellement les déclarations de Fatima Zahra Mansouri ?

Le Parti authenticité et modernité (PAM), arrivé en tête des élections législatives avec 97 sièges, n’avait pas besoin, au lendemain du scrutin, d’annoncer le nom du prochain chef du gouvernement. Fatima Zahra Mansouri a choisi d’emblée de partir du point le plus sensible : la décision de nomination relève du Roi, et le parti travaillera avec celui qui sera choisi.

Lors de la conférence de presse organisée après l’annonce des résultats, Mansouri a déclaré que la nomination du chef du gouvernement relève de « la compétence de Sa Majesté le Roi » et que, si elle était appelée à assumer cette responsabilité, ce serait pour elle « un grand honneur ». Elle a ensuite élargi le champ des possibilités en citant Fouzi Lekjaa, Belfqih, Qloub et Benbrahim, affirmant que le parti travaillerait avec celui que le Roi désignerait.

Cette formulation mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle sépare deux questions souvent confondues dans les premières heures suivant une élection : le parti arrivé en tête et la personnalité appelée à diriger le gouvernement.

La Constitution fixe pourtant clairement le point de départ : le chef du gouvernement est nommé par le Roi au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants. Mais arriver premier ne signifie pas disposer à lui seul d’une majorité parlementaire permettant de gouverner. Le résultat du 23 septembre donne au PAM 97 sièges, devant le RNI avec 66, l’Istiqlal avec 65 et le PJD avec 54. La majorité absolue de la Chambre des représentants étant de 198 sièges, le premier parti doit donc nécessairement rechercher des partenaires.

C’est à partir de là que la déclaration de Mansouri sur la « sagesse » du choix royal prend une portée politique différente d’une simple formule institutionnelle. Le parti dit, en substance, qu’il entend aborder l’étape suivante sans transformer la question du futur chef du gouvernement en bataille interne ou médiatique.

Mais Mansouri ne s’est pas arrêtée là.

Elle a également affirmé qu’il n’existait « aucune ligne rouge » concernant les partis avec lesquels le PAM pourrait s’asseoir à la table des négociations, le critère devant être constitué par les programmes et le respect des constantes du pays. Cette phrase ouvre largement le champ des coalitions, d’autant que la configuration issue du scrutin permet plusieurs combinaisons arithmétiques.

Les chiffres, à eux seuls, montrent pourquoi.

Le PAM, le RNI et l’Istiqlal disposent ensemble de 228 sièges, soit davantage que la majorité nécessaire. Ce sont également les trois formations qui composaient la coalition gouvernementale sortante, même si le rapport de forces entre elles s’est nettement modifié : en 2021, le RNI était arrivé premier avec 102 sièges. Le PAM passe aujourd’hui de 87 à 97 sièges, tandis que le RNI recule à 66 et l’Istiqlal à 65.

Mais le calcul parlementaire et la politique ne sont pas exactement la même chose.

Pendant la campagne, les relations entre le PAM et le RNI avaient été marquées par une forte compétition et des échanges parfois durs. Il était donc logique de se demander si cette confrontation électorale pouvait rendre impossible une nouvelle coopération après le scrutin. Désormais, le rapport de forces est différent : le parti qui disputait au RNI la première place est devenu celui autour duquel commence la recherche d’une majorité.

La formule « aucune ligne rouge » prend ici une dimension plus concrète qu’une simple ouverture aux alliances.

Elle ne signifie pas que les alliances sont déjà arrêtées. Elle ne prouve pas non plus que le PAM cherchera nécessairement à reconduire la coalition précédente. Mansouri elle-même a précisé que la question n’avait pas encore été discutée au sein du parti. Toute affirmation sur une coalition déjà constituée serait donc prématurée.

Mais les portes restent ouvertes.

Même le Parti de la justice et du développement, longtemps engagé dans une confrontation politique avec le PAM, revient au cœur des calculs parlementaires avec 54 sièges, après être tombé à 13 en 2021. Cette remontée modifie la configuration politique de la nouvelle Chambre, même si une éventuelle participation du PJD au gouvernement ne peut être déduite du seul nombre de sièges.

Mansouri n’a d’ailleurs pas choisi un discours de revanche après la campagne. Elle a expliqué que la compétition électorale était terminée et que l’intérêt général devait désormais primer.

La formule est classique dans les discours d’après-scrutin. Mais elle prend un relief particulier dans une configuration où le PAM aura besoin de partenaires qui étaient encore, quelques jours auparavant, ses adversaires dans une campagne très disputée.

Puis est venue une autre déclaration, peut-être plus directement liée au fonctionnement du prochain gouvernement : « il y avait une faiblesse dans la communication avec les citoyens ».

Mansouri n’a pas livré un jugement entièrement positif ou négatif sur l’expérience gouvernementale précédente. Elle a parlé de désaccords dans la gestion de certains dossiers et refusé de qualifier globalement cette expérience de réussite ou d’échec. Mais elle a identifié la communication comme l’un des points qui devraient changer.

Cette question rencontre immédiatement un autre chiffre difficile à ignorer : 38,08 % de participation au scrutin, contre 50,86 % en 2021.

On ne peut évidemment pas transformer ce chiffre, à lui seul, en explication du désengagement électoral. Une statistique de participation ne dit pas pourquoi chaque électeur a choisi de voter ou de rester chez lui. Mais elle établit un contexte politique auquel le prochain gouvernement devra nécessairement répondre : la légitimité électorale du parti arrivé en tête n’efface pas la distance qui sépare les institutions électives d’une partie importante du corps électoral.

Mansouri elle-même a établi un lien avec cette question lorsqu’elle a évoqué la désaffection des jeunes et la nécessité de les réintégrer dans la vie partisane. Elle a également dénoncé ce qu’elle a appelé la « diabolisation du travail politique ».

Cette partie du discours mérite cependant d’être regardée sous un autre angle.

Inviter les jeunes à rejoindre les partis ne suffit pas, en soi, à résoudre le problème de la participation. La question suivante est plus difficile : quelle place ces jeunes trouveront-ils à l’intérieur des formations politiques ? Seront-ils associés à la décision ou seulement mobilisés au moment des campagnes électorales ?

Les résultats du 23 septembre ne permettent pas encore de répondre à cette question.

Ils montrent en revanche une nouvelle Chambre plus fragmentée, avec le retour du PJD, le recul du RNI et l’arrivée du PAM en première position. Le tout intervient dans un contexte social où l’emploi, les salaires, la santé, l’éducation et le coût de la vie occupaient une place importante dans le débat public.

C’est pourquoi la question qui passe maintenant de la campagne au gouvernement n’est pas seulement : qui occupera la primature ?

Une autre question devient immédiatement opérationnelle : que fera le parti arrivé en tête lorsqu’il passera du langage du programme à la responsabilité de l’exécution ?

Le PAM est entré dans la campagne avec un programme comprenant notamment un plan d’investissement et de financement annoncé à hauteur de 350 milliards de dirhams sur cinq ans, ainsi que des mesures relatives au pouvoir d’achat et aux politiques sociales.

À présent, la nature de l’épreuve change.

Dans l’opposition, on discute d’un programme. En campagne, on défend des chiffres et des engagements. Au gouvernement, chaque chiffre devient une dépense, chaque promesse acquiert un calendrier, et chaque mesure sociale produit des effets sur les finances publiques, les prix, l’investissement et l’administration.

La déclaration de Mansouri sur les coalitions et la communication n’est donc pas séparée du programme économique du parti. Le prochain gouvernement aura besoin d’une majorité politique suffisamment solide, tout en devant prendre des décisions parfois coûteuses et répondre à des citoyens dont la relation à la politique apparaît déjà plus distante.

Un autre élément pèsera également sur la prochaine législature : le Maroc entre dans les années qui précèdent la Coupe du monde 2030, avec d’importants projets d’infrastructures et des engagements économiques de grande ampleur. Le prochain gouvernement devra donc gérer simultanément la pression sociale liée à l’emploi et aux services publics et la pression du calendrier de développement et d’investissement.

Dans cette perspective, les déclarations de Mansouri ne portent pas uniquement sur la formation d’un gouvernement.

Elles dessinent, à ce stade, une manière pour le parti vainqueur d’aborder la nouvelle séquence : ne pas imposer publiquement un nom pour la primature, ne fermer la porte à aucune alliance, reconnaître une faiblesse dans la communication et placer la question de la participation des jeunes parmi les enjeux à venir.

Reste maintenant le passage du discours aux actes.

Le véritable test commencera lorsque les consultations sur la majorité seront engagées, lorsque la répartition des sièges deviendra répartition des responsabilités, et lorsque les promesses électorales rencontreront les premiers projets de loi de finances, les premières décisions gouvernementales et les premières revendications sociales.

Le résultat a placé le PAM en tête.

La prochaine étape dira ce que cette première place signifie concrètement.

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