vendredi, août 28, 2026
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Ceuta occupée… Albares parle de « chaque centimètre » et de « hauteur d’État » : qui protège les enfants et les jeunes de la violence de la rue ?

Il y a des mots qui ne sont jamais choisis par hasard dans un discours politique. Lorsque le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, affirme que son pays est engagé à défendre « chaque centimètre » du territoire espagnol et que le moment exige « l’unité », « la responsabilité » et « la hauteur d’État », il ne s’adresse pas simplement aux habitants de Ceuta et Melilla occupées. Il réaffirme la position politique de Madrid à un moment particulièrement sensible, quelques semaines après une crise migratoire qui ne se limite plus à la frontière, mais dont les conséquences se sont déplacées au cœur même de la ville.

Dans un message adressé le 28 août aux habitants de Ceuta et Melilla, Albares affirme que le ministère espagnol des Affaires étrangères est « fermement engagé » en faveur de l’intégrité territoriale de « chaque centimètre » du territoire espagnol, y compris, bien entendu, Ceuta et Melilla. Il ajoute que le gouvernement est également engagé en faveur de leur prospérité, de la coexistence dans les deux villes et dans le reste de l’Espagne, ainsi que du respect de la diversité.

Puis viennent les mots par lesquels il choisit de conclure : « unité », « responsabilité » et « hauteur d’État ».

Il est difficile de dissocier ce discours de son calendrier.

Près d’un mois après la vague d’entrées massives à Ceuta, le problème, pour Madrid, ne consiste plus seulement à protéger une frontière. Des milliers de migrants se trouvent encore dans la ville, les tensions avec une partie de la population se sont accentuées, des affrontements et des violences ont éclaté, tandis que le gouvernement central tente de contenir une crise devenue à la fois sécuritaire, sociale et humanitaire.

C’est précisément pour cette raison que l’expression « hauteur d’État » employée par Albares mérite d’être lue au-delà de la seule question de la souveraineté.

Car l’État, s’il entend réellement être à la hauteur, ne se mesure pas uniquement à sa capacité à protéger ses frontières ou à réaffirmer son attachement à chaque centimètre de son territoire. Il se mesure aussi à ce qu’il fait lorsque les personnes les plus vulnérables qui se trouvent sur ce territoire sont exposées à la peur, à la violence ou à l’incitation à la haine.

C’est ici que commence la partie la plus sensible de l’histoire de Ceuta.

Personne n’a le droit de justifier une agression contre les habitants de la ville, ses soldats ou ses policiers. Personne ne peut non plus transformer une crise migratoire en prétexte au désordre ou à la violence. Mais le même principe doit s’appliquer aux migrants.

La loi ne change pas selon l’identité de la personne qui se trouve devant elle.

Cette exigence est particulièrement importante lorsqu’il s’agit d’enfants, de mineurs et de jeunes Marocains qui se sont retrouvés au cœur d’une crise qu’ils n’ont pas créée à eux seuls. Certains sont arrivés sans famille, sans protection sociale suffisante et parfois sans même savoir ce qui les attendait.

Les faits récents donnent à cette question un poids supplémentaire.

Le 27 août, le parquet espagnol a annoncé l’existence de 16 signalements d’agressions sexuelles à Ceuta, concernant 17 victimes, dont 16 femmes et, pour la majorité, des mineures, dans le contexte de la crise qui a suivi les entrées massives de la fin juillet.

Ces faits doivent être traités avec la rigueur qu’exige toute procédure judiciaire. Une accusation n’est pas une condamnation. Mais elle ne disparaît pas pour autant du récit de la crise.

Et c’est précisément là que le rôle de l’État devient essentiel : distinguer le migrant du délinquant, la victime du suspect, l’arrivée irrégulière de l’acte criminel, l’inquiétude légitime de l’incitation à la haine.

La responsabilité pénale est individuelle.

Elle ne peut devenir une condamnation collective de milliers de personnes.

Mais il existe une autre dimension du problème.

Ces derniers jours, la violence n’a plus seulement été liée à la frontière ou aux forces de sécurité. Les tensions entre une partie de la population et les migrants se sont aggravées, avec des affrontements, des dégradations et des incidents dans différents secteurs de la ville.

Dans un tel climat, les mots des responsables politiques prennent une importance particulière.

Lorsqu’Albares parle d’« unité » et d’« intérêt général », il adresse un message aux habitants de la ville, à l’opposition politique et, au-delà, à l’Europe. Lorsqu’il affirme que Ceuta et Melilla font partie de « chaque centimètre » du territoire espagnol, il ferme également la porte à toute interprétation selon laquelle la crise migratoire pourrait devenir un débat sur la souveraineté.

C’est la position officielle de l’Espagne.

Le Maroc, lui, maintient sa position connue sur Ceuta et Melilla, qu’il considère comme des villes marocaines occupées.

Mais le différend entre les deux États ne devrait pas devenir une raison pour effacer l’être humain qui se trouve au milieu de cette confrontation.

C’est là que l’autre expression utilisée par Albares — « respect de la diversité » — prend une importance particulière.

Si Ceuta et Melilla veulent être présentées comme des espaces de coexistence, protéger cette coexistence ne signifie pas seulement empêcher une nouvelle entrée massive. Cela signifie aussi empêcher que les migrants marocains soient réduits à un bloc indistinct, que chaque jeune arrivé dans la ville soit présenté comme une menace ou que des mots comme « invasion » deviennent du carburant pour la violence de rue.

Le gouvernement espagnol a lui-même dénoncé, dans le contexte de la crise, la désinformation et les récits présentant l’arrivée des migrants comme une forme d’« invasion » ou de « remplacement culturel ».

Il a également continué à défendre la coopération avec Rabat, présentée comme indispensable à la gestion de la frontière et à la prévention de nouvelles tentatives de passage.

C’est précisément cette juxtaposition qui rend le dernier message d’Albares intéressant.

Madrid veut que la crise soit lue comme une question de souveraineté, de sécurité et de coopération européenne et marocaine.

C’est compréhensible du point de vue de l’État.

Mais la crise a produit d’autres questions auxquelles une frontière ne peut pas répondre à elle seule.

Que devient le mineur qui arrive dans la ville sans savoir où aller ?

Qui protège la jeune fille qui affirme avoir été agressée ?

Qui protège le migrant victime d’une agression dans la rue ?

Et qui protège les habitants de Ceuta contre la peur, le désordre et les discours de haine à la fois ?

Ces questions ne sont pas dirigées contre l’Espagne. Elles ne constituent pas davantage une justification d’un crime commis par un migrant.

Elles sont, au fond, un test de cette « hauteur d’État » dont parle Albares.

Car si la hauteur d’État signifie quelque chose, c’est que la loi n’a pas besoin d’un ennemi pour démontrer sa force.

Un État peut protéger ses frontières, défendre sa position sur la souveraineté, organiser le retour de ceux qui sont entrés illégalement selon les règles de droit et, dans le même temps, empêcher qu’un enfant, une femme ou un jeune soit agressé, quelle que soit sa nationalité.

Transformer chaque crise frontalière en bataille dans la rue peut, pendant un temps, renforcer un discours de souveraineté.

Cela ne protège pas nécessairement la société que l’État est censé servir.

C’est peut-être là que se trouve le véritable sens du message d’Albares.

« Chaque centimètre » de territoire peut faire l’objet d’une défense politique et diplomatique.

Mais la valeur d’un État ne se mesure pas seulement à la superficie qu’il affirme ne jamais céder.

Elle se mesure aussi à ceux qu’il protège sur cette terre.

Et lorsque ces personnes sont des enfants, des mineurs et des jeunes, la « hauteur d’État » commence par une chose beaucoup plus simple : faire de la rue un espace soumis au droit, et non un espace de punition collective.

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