En politique électorale, les noms ne sont jamais de simples noms.
Lorsqu’un parti décide, à quelques semaines du scrutin, qui portera ses listes régionales, il ne choisit pas seulement des candidates. Il révèle aussi, au moins en partie, les territoires sur lesquels il mise, les profils auxquels il fait confiance et l’image politique qu’il veut présenter aux électeurs.
C’est ce qui donne à l’annonce du Parti authenticité et modernité (PAM) sur les mandataires féminines de ses listes régionales une portée qui dépasse le simple acte organisationnel. Les élections législatives sont prévues le 23 septembre, et la campagne officielle doit commencer le 10 septembre. Le calendrier électoral place donc désormais les partis dans une phase où les visages de la bataille commencent à être définitivement fixés.
Le PAM affirme que la sélection des candidates s’est faite selon une procédure unifiée, fondée notamment sur la compétence, l’expérience politique et organisationnelle, la présence sur le terrain, les capacités de communication et de plaidoyer, ainsi que l’adhésion au projet et aux valeurs du parti.
La procédure a été supervisée par une commission comprenant Fatima Saadi, membre de la direction collégiale et responsable de l’organisation des femmes, le responsable de l’organisation de la jeunesse, ainsi que les secrétaires régionaux du parti dans les régions concernées.
Le résultat est une liste de douze noms.
Leïla Belgha représentera la région Rabat-Salé-Kénitra, Sara Amhazoun Béni Mellal-Khénifra, Salma Ablhassine Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Najat Yahya Drâa-Tafilalet, Nadia Idrissi Slitine Marrakech-Safi, Houda El Maghari El Mebred l’Oriental, Malika Mezour Casablanca-Settat, Khadija Hajoubi Fès-Meknès, Sana Zahid Souss-Massa, Aziza Badad Laâyoune-Sakia El Hamra, Manal Ariti Guelmim-Oued Noun et Zineb El Kouri Dakhla-Oued Ed-Dahab.
Mais la lecture de cette liste commence véritablement après les noms.
L’Oriental, par exemple, donne à la désignation de Houda El Maghari El Mebred une dimension qui dépasse sa seule qualité de candidate. Elle est l’épouse de Fouzi Lekjaa, qui a récemment rejoint le PAM et intégré son bureau politique. Des informations de presse avaient déjà évoqué, avant l’annonce officielle, sa candidature dans la circonscription d’Oujda-Angad.
Il n’existe toutefois, dans les éléments publiquement disponibles, aucun élément permettant d’affirmer que son lien familial avec Lekjaa serait à l’origine de sa désignation. Le PAM affirme au contraire qu’elle a été soumise à la même procédure que les autres candidates. Certaines sources la présentent par ailleurs comme une actrice engagée dans les structures du parti et disposant d’une présence organisationnelle dans la région.
La réduire à son statut d’« épouse de Lekjaa » serait donc une simplification. Mais faire abstraction de cette relation dans l’analyse du choix serait une autre forme de simplification.
Ce qui compte surtout, c’est le contexte politique dans lequel cette désignation intervient.
Fouzi Lekjaa n’a pas rejoint le PAM il y a plusieurs années. Son entrée au parti est récente, en juillet 2026. Quelques semaines plus tard, son épouse est choisie pour conduire la liste régionale féminine dans l’Oriental.
Cette chronologie suffit à rendre le choix politiquement intéressant, sans qu’il soit nécessaire d’attribuer à quiconque une intention que les faits ne permettent pas d’établir.
À Casablanca-Settat, le parti mise sur Malika Mezour, vice-présidente du Conseil de la ville de Casablanca et l’une des figures ayant été visibles dans les activités du parti au niveau régional. En juillet, elle participait notamment à une rencontre organisée autour de l’autonomisation économique des femmes.
Un autre élément apparaît alors dans cette liste : le PAM ne semble pas seulement chercher des noms féminins capables de satisfaire à un impératif de représentation. Il mise aussi sur des profils disposant d’un ancrage local ou organisationnel.
Rabat, Casablanca, l’Oriental, Marrakech et les autres régions ne constituent pas seulement des découpages administratifs sur une feuille électorale. Chaque candidate arrive avec une expérience, des réseaux, une implantation éventuelle, une capacité à mobiliser et une connaissance des réalités locales.
La liste féminine régionale ne peut donc pas être totalement séparée de la bataille électorale générale.
C’est aussi ce qui explique l’importance du moment choisi pour l’annonce. Les partis sortent progressivement de la phase des discussions internes pour entrer dans celle où les candidatures doivent être confrontées au terrain.
Le problème n’est plus uniquement de savoir qui sera candidate.
Il s’agit désormais de savoir qui peut réellement porter les couleurs du parti dans une région donnée, qui possède suffisamment de présence pour transformer une investiture en dynamique électorale et qui est capable de défendre le projet partisan face à des électeurs qui ne votent pas nécessairement en fonction des équilibres internes aux formations politiques.
C’est ici que le discours du PAM sur le « mérite » et « l’égalité des chances » prend toute son importance.
Ces expressions pourraient n’être que des formulations institutionnelles. Elles deviennent néanmoins politiquement significatives dès lors que le parti présente sa sélection comme le résultat d’une procédure interne transparente et commune à toutes les candidates.
À mesure que le scrutin approche, ce ne seront plus seulement les CV et les parcours qui seront examinés. Ce seront les résultats.
L’électeur évaluera les noms, les réseaux, les bilans locaux, la présence sur le terrain et, surtout, la capacité de chacune à transformer la désignation du parti en voix.
C’est là que la véritable épreuve commencera.
Pour l’instant, le message le plus clair de cette liste est que le PAM veut aborder la bataille électorale avec des femmes qui disposent d’une présence réelle dans les territoires, et pas seulement avec des candidatures destinées à remplir une exigence de représentation.
Mais certains choix, notamment dans l’Oriental, replacent également le parti devant des questions plus sensibles sur les frontières entre parcours politique, réseaux d’influence et relations familiales.
Les communiqués internes peuvent expliquer une procédure. Ils ne peuvent pas, à eux seuls, produire la lecture politique que feront les électeurs.
Au fond, le véritable test de cette liste ne sera pas de savoir si le PAM a placé la femme au cœur de son discours.
Il sera beaucoup plus concret : ces douze candidates pourront-elles transformer une investiture en suffrages, une présence organisationnelle en représentation parlementaire et le pari sur les femmes en influence politique réelle au sein du prochain Parlement ?
La réponse ne sera pas donnée par la procédure interne du parti.
Elle commencera le 10 septembre, avec la campagne, et se jouera finalement dans les urnes le 23 septembre.


