vendredi, août 14, 2026
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Du Mondial des hommes aux Lionnes de l’Atlas : quand l’investissement ne suffit plus à gagner

Quelques jours après l’élimination du Maroc en quarts de finale de la Coupe du monde 2026, une autre élimination est venue remettre sur la table une question similaire, cette fois du côté du football féminin. Les hommes ont quitté le Mondial après une défaite 2-0 face à la France, tandis que les « Lionnes de l’Atlas » ont vu leur parcours en Coupe d’Afrique des nations s’arrêter en demi-finale face au Cameroun, après un 0-0 au terme des 120 minutes puis une séance de tirs au but remportée par les Camerounaises. Les deux scénarios ne sont évidemment pas comparables sur le plan sportif, mais ils renvoient à une même interrogation : jusqu’où les investissements, les infrastructures et l’organisation peuvent-ils conduire une sélection lorsqu’il reste encore à franchir le dernier obstacle, celui qui sépare la performance de la victoire ?

Le football marocain n’évolue plus dans le registre des moyens limités. L’investissement dans l’ensemble de la filière s’est considérablement développé ces dernières années, tandis que la formation, les infrastructures, la professionnalisation et l’encadrement des sélections se sont inscrits dans une stratégie sportive plus large. Le football féminin a lui aussi été intégré à cette dynamique, avec la professionnalisation des clubs, le développement des compétitions et un effort accru consacré à la formation. Les chiffres traduisent cette évolution : les dépenses consacrées au football féminin ont atteint 57,3 millions de dirhams pour la saison 2023-2024, selon les données publiées par la SNRT sur la base du rapport financier de la Ligue nationale de football féminin.

Mais l’argent ne joue pas à la place des joueuses et ne transforme pas mécaniquement une domination territoriale en buts. C’est précisément ce que la demi-finale contre le Cameroun a exposé avec le plus de netteté. Le Maroc a eu davantage le ballon, a imposé son rythme et a multiplié les situations, sans parvenir à faire basculer le score. Les Marocaines ont terminé la rencontre sans avoir trouvé le chemin des filets, alors même qu’elles avaient les moyens de contrôler une grande partie du match. Dans le football, cette contradiction est fondamentale : une équipe peut être supérieure dans la construction, dans la possession et dans l’occupation du terrain, puis perdre au moment où le match se réduit à une seule occasion décisive.

La 118e minute a concentré à elle seule cette difficulté. Sakina Ouzraoui obtient un penalty qui pouvait permettre au Maroc de prendre l’avantage avant la séance fatidique, mais Fatima Tagnaout voit sa tentative repoussée par la gardienne camerounaise Michèle Bihina. Le score reste vierge jusqu’au terme des prolongations, puis la séance de tirs au but tourne à l’avantage du Cameroun. Hanane Aït El Haj est la seule Marocaine à transformer sa tentative, tandis que Kenza Chapelle, Meryem Aitk et Sakina Ouzraoui échouent face à une gardienne devenue, en quelques minutes, le personnage central de la qualification camerounaise. Ce n’est donc plus seulement une affaire de malchance : c’est la capacité à assumer la pression d’un moment décisif qui apparaît au centre du problème.

Jorge Vilda, le sélectionneur marocain, a lui-même résumé la principale faiblesse de son équipe en évoquant son manque d’efficacité offensive. Cette remarque paraît évidente, mais elle renvoie à une question plus profonde : que manque-t-il encore à une sélection qui dispose de joueuses expérimentées, d’un environnement professionnel, d’un public nombreux et d’une expérience désormais régulière des grands rendez-vous africains ? La réponse ne semble plus résider dans la capacité à rivaliser. Le Maroc sait désormais atteindre les derniers tours. Il lui reste à transformer cette capacité à être présent dans les grands matches en capacité à les gagner. Finaliste en 2022 et en 2024, il disputait pour la troisième fois consécutive le dernier carré, mais a encore échoué au moment où la compétition exige davantage que la maîtrise collective : elle exige le geste juste, au moment juste.

Il serait pourtant injuste de réduire cette campagne à une élimination. Le Maroc a terminé en tête de son groupe sans défaite, avant de battre l’Afrique du Sud 2-1 en quarts de finale et de décrocher, à cette occasion, sa qualification pour la Coupe du monde féminine 2027 au Brésil, pour la deuxième fois consécutive. Le simple fait de retrouver régulièrement les phases finales africaines et les grands rendez-vous mondiaux traduit une progression réelle du football féminin marocain. Mais cette progression modifie aussi la nature des attentes : lorsqu’une sélection apprend à atteindre régulièrement les demi-finales, la question n’est plus seulement de savoir si elle peut y arriver, mais si elle est capable d’aller au bout.

C’est dans cette perspective que la rencontre pour la troisième place face à l’Algérie prend une dimension particulière. Les deux sélections maghrébines ont perdu leur demi-finale et se retrouvent désormais pour une médaille de bronze qui ne remplacera pas une finale, mais qui peut donner une autre signification à leur tournoi. Le Maroc avait déjà battu l’Algérie 1-0 en phase de groupes ; cette nouvelle confrontation intervient cependant dans un tout autre contexte, celui de deux équipes qui doivent rapidement transformer la déception de leur élimination en volonté de terminer sur le podium. Pour les Marocaines, il s’agira surtout de retrouver leur équilibre mental et sportif après la cruauté de la séance de tirs au but.

La question, au fond, n’est donc plus de savoir si le Maroc investit dans son football. Les chiffres, les résultats et l’évolution de ses structures montrent que c’est le cas. Le véritable enjeu est désormais ce que cet investissement doit produire au sommet de la pyramide. Une sélection peut disposer d’un meilleur environnement, de davantage de moyens et d’une meilleure préparation, mais le football conserve une zone que les budgets ne peuvent pas acheter : celle où un match se décide sur une occasion, un penalty, un duel ou un tir sous pression.

L’élimination des hommes contre la France en quarts de finale du Mondial ne peut pas être considérée comme un échec au regard du niveau atteint par le Maroc, devenu la première sélection africaine à atteindre les quarts de finale de deux Coupes du monde consécutives. De la même manière, l’élimination des Lionnes de l’Atlas face au Cameroun ne doit pas effacer leur qualification pour le Mondial 2027 ni leur troisième présence consécutive dans le dernier carré continental. Mais ces progrès ont précisément élevé le niveau d’exigence. Le Maroc n’est plus seulement dans la conquête d’une place parmi les meilleurs ; il entre dans une phase où chaque élimination oblige à poser une question plus exigeante : comment transformer la régularité de la performance en culture de la victoire ?

C’est finalement ce que le Cameroun a révélé à Rabat. Le Maroc possède désormais les moyens d’être un prétendant sérieux, mais il lui manque encore, dans certaines soirées décisives, ce qui transforme un prétendant en champion : l’efficacité devant le but, la maîtrise émotionnelle et la capacité à prendre la bonne décision lorsque la marge d’erreur disparaît. La rencontre face à l’Algérie, le 15 août, ne permettra pas de récupérer la finale perdue, mais elle offrira aux « Lionnes de l’Atlas » une dernière occasion de convertir une déception en médaille et de rappeler qu’un projet sportif se mesure aussi à sa capacité à rebondir lorsque le scénario ne lui est pas favorable.

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