mercredi, août 5, 2026
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Sur DW Arabe, Rachid Belguitti : le communiqué du ministère de l’Intérieur explique ce qui s’est passé… mais laisse sans réponse la question qui préoccupe les Marocains

L’entretien diffusé par DW Arabe avec le journaliste et analyste politique Rachid Belguitti n’avait rien d’un simple commentaire consacré au communiqué publié par le ministère marocain de l’Intérieur à la suite des événements de Ceuta. Il s’est plutôt imposé comme une tentative de décrypter l’une des séquences politiques et sociales les plus sensibles que traverse aujourd’hui le Maroc, à quelques mois des prochaines échéances électorales. La question posée dès l’ouverture de l’émission semblait, à première vue, d’une grande simplicité : « Le communiqué du ministère de l’Intérieur a-t-il répondu aux interrogations des Marocains ? » Mais derrière cette formulation se cachait une interrogation plus profonde : le discours officiel est-il capable d’expliquer un événement qui, pour beaucoup, dépasse largement le cadre d’un simple incident sécuritaire pour révéler des tensions sociales et politiques accumulées depuis des années ?

Dès les premières minutes de l’entretien, Belguitti choisit de ne pas analyser le communiqué comme un document administratif isolé, mais comme le dernier maillon d’une gestion de crise plus globale. Selon sa lecture, le problème ne commence pas avec le contenu du texte, mais avec le long silence officiel qui l’a précédé. Alors que les images de jeunes Marocains tentant de rejoindre Ceuta occupaient déjà les médias internationaux et envahissaient les réseaux sociaux, l’opinion publique marocaine attendait toujours une parole institutionnelle capable d’expliquer les événements.

Le débat se déplace alors du contenu du communiqué vers une réflexion plus large sur la communication politique en période de crise. Pour Belguitti, une situation exceptionnelle ne peut être gérée par un minimum de communication. Elle exige, au contraire, une présence politique et institutionnelle continue, à la hauteur du choc ressenti par la société. C’est pourquoi ses critiques ne visent pas uniquement le ministère de l’Intérieur, mais également ce qu’il décrit comme une absence presque totale des autres acteurs politiques : le Chef du gouvernement, les ministres concernés, les partis politiques ainsi que les élus locaux, dont il attendait qu’ils participent à l’explication des événements au lieu de laisser les récits venus de l’étranger occuper seuls l’espace médiatique.

Cette critique ne se limite toutefois pas à la forme de la communication officielle. Elle s’étend également à son contenu. Selon Belguitti, le communiqué privilégie avant tout une lecture sécuritaire de la crise, en mettant l’accent sur les réseaux de traite des êtres humains, les campagnes d’incitation sur les plateformes numériques ou encore les appels anonymes relayés sur les réseaux sociaux. Sans exclure la possibilité que ces hypothèses puissent être fondées, il souligne néanmoins que leur confirmation relève des enquêtes judiciaires et sécuritaires en cours et qu’elles ne sauraient, à elles seules, constituer l’unique explication d’une crise d’une telle ampleur.

C’est à ce moment qu’il formule ce qu’il considère comme la véritable question de fond : si des réseaux ont effectivement encouragé ou exploité la situation, pourquoi ont-ils trouvé, au départ, des dizaines de milliers de jeunes prêts à répondre à ces appels ?

Pour Belguitti, le débat cesse alors de porter sur « qui a lancé l’appel ? » pour se concentrer sur « pourquoi autant de jeunes y ont-ils répondu ? » Selon lui, la crise n’est pas née sur les réseaux sociaux. Ceux-ci n’en auraient été que le catalyseur. Les causes profondes seraient à rechercher bien en amont, dans une réalité économique et sociale qui nourrit depuis plusieurs années un sentiment de perte de perspectives chez une partie importante de la jeunesse. C’est pourquoi il estime qu’une lecture exclusivement sécuritaire ne permet d’expliquer que le mécanisme de l’explosion, sans jamais en éclairer les véritables causes.

Dans cette perspective, Belguitti replace la dimension sociale au centre de son analyse. Il évoque notamment le chômage, l’élargissement de la catégorie des jeunes ni en emploi, ni en formation, ni dans le système éducatif, ainsi que la dégradation du pouvoir d’achat. À ses yeux, ces facteurs contribuent à fragiliser le tissu social et expliquent pourquoi une rumeur, un message viral ou un appel diffusé sur Internet peut, dans certaines circonstances, transformer une frustration individuelle en mouvement collectif.

L’entretien dépasse ainsi largement le simple commentaire des événements de Ceuta pour devenir une réflexion plus globale sur l’état du débat politique au Maroc. Dans la lecture qu’en propose Belguitti, le communiqué explique comment les foules se sont déplacées, mais il laisse intacte la question la plus difficile : qu’est-ce qui a conduit des dizaines de milliers de jeunes à considérer que risquer leur vie en mer ou franchir une frontière représentait une option digne d’être tentée ?

Selon lui, c’est précisément cette interrogation qui demeure absente du discours officiel. Tant qu’elle ne recevra pas de réponse politique, économique et sociale, elle continuera de resurgir à chaque nouvelle crise, quelles qu’en soient les circonstances immédiates ou les acteurs impliqués.

Le débat développé par Rachid Belguitti au cours de son entretien avec DW Arabe ne s’arrête pas à une critique du contenu du communiqué du ministère de l’Intérieur ni au retard de sa publication. Il élargit progressivement son analyse vers ce qu’il considère comme le véritable absent de cette crise : l’acteur politique. À ses yeux, il n’y avait rien d’étonnant à ce que le ministère de l’Intérieur prenne en charge la dimension sécuritaire des événements, celle-ci relevant naturellement de ses compétences. Ce qui l’interpelle davantage est l’effacement, selon lui, des autres institutions politiques, qui ont donné l’impression d’être restées en marge de la scène durant les premiers jours de la crise.

Pour Belguitti, cette absence dépasse largement le cadre d’un épisode ponctuel. Elle traduit un déséquilibre plus profond dans les relations entre le gouvernement, les partis politiques et l’opinion publique. Lorsqu’un pays traverse une crise exceptionnelle, explique-t-il, les citoyens attendent naturellement d’entendre le Chef du gouvernement, de voir les ministres concernés expliquer la situation et de constater que les partis politiques, qu’ils appartiennent à la majorité ou à l’opposition, assument pleinement leur mission d’encadrement du débat public et de représentation des citoyens dans les moments les plus délicats.

Or, selon son analyse, les faits ont suivi une trajectoire tout autre. Les premiers jours se sont écoulés sans véritable présence politique à la hauteur de la gravité de la situation. Ce vide a, selon lui, laissé le discours sécuritaire occuper presque seul l’espace public, tandis que le discours politique demeurait largement absent, donnant l’impression que la gestion de la crise échappait progressivement au champ gouvernemental classique pour relever essentiellement d’autres institutions de l’État.

À partir de ce constat, Belguitti dépasse la seule critique des responsables politiques pour poser une interrogation plus fondamentale sur la fonction même des partis. Quelle est leur utilité, demande-t-il en substance, s’ils disparaissent précisément lorsque le pays traverse ses moments les plus sensibles ? Pour lui, la crédibilité d’une formation politique ne se mesure pas uniquement au nombre de sièges remportés lors des élections. Elle se juge également à sa capacité d’accompagner la société dans les périodes de crise, d’exprimer des positions claires et d’animer le débat public sur les grandes questions nationales.

C’est dans cette perspective qu’il évoque les interrogations qu’il dit entendre de plus en plus fréquemment dans les discussions politiques comme dans les conversations quotidiennes. Une même question reviendrait avec insistance : si les partis sont restés silencieux face à une crise d’une telle ampleur, avec quel discours reviendront-ils demain solliciter la confiance des électeurs ? Et comment convaincre une jeunesse en quête d’avenir au moyen de programmes électoraux alors qu’une partie de cette jeunesse estime ne pas avoir entendu leurs voix au moment où elle attendait des explications et des réponses ?

Cette réflexion ne vise pas uniquement les partis politiques. Belguitti l’étend également à la présidence du gouvernement. L’absence du Chef du gouvernement au premier plan de la crise, ainsi que les débats suscités par son séjour privé hors du Maroc, n’ont pas été interprétés, selon lui, comme une simple maladresse liée au calendrier. Ils sont devenus, dans son analyse, le reflet d’une manière de fonctionner de l’exécutif telle qu’elle est perçue par une partie de l’opinion publique.

L’analyste pousse cependant son raisonnement plus loin encore. À ses yeux, le silence du Chef du gouvernement ne relève pas uniquement d’une responsabilité personnelle. Il traduit plutôt les limites du rôle que l’institution gouvernementale exerce dans le processus décisionnel. Pour étayer cette lecture, il s’appuie sur le dernier Discours du Trône, dans lequel le Souverain rappelle que les acquis économiques et sociaux sont le fruit d’une stratégie de long terme qui dépasse les cycles gouvernementaux et parlementaires.

À partir de ce passage, Belguitti développe sa propre interprétation politique. Selon lui, les grandes orientations stratégiques de l’État sont définies dans une logique institutionnelle qui dépasse les échéances électorales, tandis que les gouvernements interviennent principalement dans leur mise en œuvre. Cette lecture relève de sa propre analyse et n’engage que son auteur, mais elle illustre la manière dont une partie des observateurs perçoit aujourd’hui la répartition des responsabilités au sein des institutions marocaines.

Dans cette logique, Belguitti explique également pourquoi le Chef du gouvernement ne s’est pas, selon lui, imposé immédiatement au cœur de la gestion de la crise. Les questions migratoires, avec leurs dimensions sécuritaires, diplomatiques et internationales, dépasseraient, dans son analyse, le champ d’action d’un gouvernement partisan pour relever avant tout des institutions chargées des dossiers stratégiques et régaliens de l’État.

Ainsi, au fil de l’entretien, la réflexion s’éloigne progressivement du simple commentaire consacré au communiqué du ministère de l’Intérieur ou aux insuffisances de la communication officielle. La crise devient le point de départ d’une interrogation plus vaste : les partis politiques marocains disposent-ils encore de la capacité d’animer le débat public et d’influencer la décision politique, ou les crises successives révèlent-elles un recul progressif de leur rôle au profit de l’administration et des institutions régaliennes ?

C’est précisément à partir de cette interrogation que l’entretien ouvre une nouvelle séquence consacrée aux conséquences politiques de la crise. Belguitti s’interroge sur son impact potentiel sur les prochaines élections, sur l’image de la classe politique auprès des jeunes générations et sur les scénarios qui commencent à circuler autour de l’émergence de nouvelles figures susceptibles d’occuper le devant de la scène politique, parmi lesquelles revient notamment le nom de Fouzi Lekjaa.

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