mardi, juillet 14, 2026
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Entre le cortège de Mercedes et les pistes défoncées… Mohamed Ouamoussi place la visite de Abdellatif Ouahbi sous le prisme de la politique et de l’image

Tous les messages publiés sur les réseaux sociaux ne se limitent pas à commenter un événement. Certains deviennent le point de départ d’une réflexion politique beaucoup plus profonde. C’est précisément ce qu’a proposé le journaliste marocain installé en France, Mohamed Ouamoussi, à travers une longue publication accompagnée d’une vidéo retraçant la visite du ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, dans une localité enclavée proche de Taliouine, dans la province de Taroudant.

À travers une écriture empreinte d’ironie et de sarcasme politique, Mohamed Ouamoussi ne s’est pas contenté de raconter une visite de terrain. Il a déconstruit un décor politique où l’image, les symboles et le calendrier électoral semblent parfois se confondre avec les réalités quotidiennes d’une population vivant depuis des années dans la marginalisation.

À première vue, la scène paraît banale : un ministre se rend dans une région isolée afin de s’enquérir des conditions de vie de ses habitants. Pourtant, en observant les détails relevés par Mohamed Ouamoussi, la lecture change complètement de perspective. Le cortège composé de Mercedes, d’Audi et de Volkswagen haut de gamme cesse d’être un simple moyen de transport pour devenir le symbole d’un fossé visible entre les cercles du pouvoir et le quotidien des habitants.

Le moment où ces véhicules sont contraints de s’arrêter à l’entrée des pistes non goudronnées constitue, dans cette lecture, l’image la plus éloquente de la séquence. Les membres de la délégation poursuivent quelques dizaines de mètres à pied, sous les objectifs des caméras, avant de retrouver rapidement le confort de leurs véhicules climatisés. Ce contraste n’est pas anodin : il donne naissance à une image dont la portée politique dépasse largement le cadre de la visite elle-même.

Car la véritable question ne réside pas dans la présence de voitures luxueuses. Elle réside dans le décalage saisissant entre les signes du confort institutionnel et une région où les routes demeurent impraticables, où l’accès à l’eau potable reste problématique, où certaines habitations souffrent encore de l’absence d’électricité et où les infrastructures d’assainissement demeurent insuffisantes. Dans cette configuration, la piste poussiéreuse cesse d’être un simple obstacle géographique ; elle devient le témoignage silencieux de longues années d’attente et de promesses inachevées.

À travers son texte, Mohamed Ouamoussi dépasse ainsi la satire pour mettre en lumière une pratique politique que de nombreux citoyens disent reconnaître depuis longtemps : celle de territoires qui retrouvent soudainement une visibilité à l’approche des échéances électorales, avant de retomber dans l’oubli une fois les urnes refermées. La remarque évoquant « cinq années d’absence » ne constitue pas seulement une formule ironique ; elle traduit un sentiment profondément ancré chez une partie de l’opinion publique, celui d’un intérêt politique qui suit davantage le calendrier électoral que le rythme des besoins quotidiens des populations.

L’un des passages les plus puissants de cette publication est sans doute celui où l’auteur prête symboliquement la parole aux nids-de-poule, aux pistes dégradées, au manque d’eau potable, à l’absence d’électricité et aux réseaux d’assainissement précaires. Ce procédé littéraire dépasse la simple plaisanterie. Il suggère que les infrastructures elles-mêmes semblent raconter une histoire que les discours officiels peinent parfois à exprimer. Lorsque ce sont les routes qui « accueillent » le ministre, c’est toute une réalité territoriale qui s’invite au cœur du débat public.

Mais la portée de cette scène dépasse encore cette lecture. Elle pose une interrogation plus fondamentale : cette visite était-elle destinée avant tout aux habitants de la région ou à la construction d’une image politique destinée à l’opinion publique ? À l’ère des réseaux sociaux, les déplacements officiels ne sont plus évalués uniquement à travers les déclarations des responsables, mais à travers les détails captés par les caméras et interprétés par les citoyens. Une image pensée comme démonstration de proximité peut rapidement devenir, entre les mains du public, la preuve d’un décalage entre la communication politique et la réalité du terrain.

Le regard proposé par Mohamed Ouamoussi illustre également une transformation profonde du rapport entre les citoyens et le discours politique. Les plateformes numériques ne servent plus uniquement à diffuser des événements ; elles permettent désormais de les déconstruire, d’en révéler les contradictions et de replacer chaque détail dans un contexte plus large. Le citoyen connecté ne regarde plus uniquement ce qu’on lui montre ; il interroge ce qui reste hors champ.

Au fond, ce que révèle cette visite dépasse largement la personne du ministre Abdellatif Ouahbi. Elle interroge une culture politique tout entière, confrontée à une opinion publique devenue plus exigeante et plus attentive à la cohérence entre les discours et les réalisations. Les citoyens n’attendent plus seulement la visite d’un responsable ; ils attendent que cette visite laisse une empreinte concrète après le départ du cortège.

C’est pourquoi la publication de Mohamed Ouamoussi dépasse le simple commentaire d’actualité. Elle pose une question essentielle qui concerne l’ensemble de l’action publique : les territoires ruraux et enclavés sont-ils considérés comme des espaces de développement permanent ou continuent-ils d’être redécouverts au rythme des campagnes électorales ?

Cette interrogation demeure ouverte. Et tant que les routes, l’eau potable, l’électricité, les infrastructures sanitaires et les services essentiels continueront de manquer dans de nombreuses régions, chaque visite officielle sera inévitablement observée non seulement à travers les images qu’elle produit, mais surtout à travers les changements concrets qu’elle laissera derrière elle. C’est désormais là que se mesure la crédibilité de la parole politique.

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