Le discours du roi Mohammed VI à l’occasion de l’ouverture de la première session de l’année législative de la cinquième législature de la onzième mandature ne s’est pas limité à des phrases de routine. Il a transmis un message clair à tous les acteurs politiques, administratifs et civils, affirmant que l’époque des slogans creux et des promesses générales est révolue et que ce qui est désormais requis, c’est de transformer les plans en résultats concrets sur le terrain.
Ce qui distingue ce discours, c’est son insistance sur un changement tangible des mentalités et des méthodes de travail, et l’instauration d’une culture de résultats comme principe fondamental de tout projet de développement. Le roi a souligné que cette transformation doit s’appuyer sur des données de terrain précises et l’utilisation des technologies numériques, reflétant ainsi une compréhension profonde de la réalité locale et la nécessité de suivre l’impact des projets en temps réel. Par ce message, le roi semble dire : « Il n’y a plus de place pour les comportements superficiels ou pour gérer le temps au détriment des résultats. »
Le roi a également rappelé que le développement du Maroc dépasse tout cadre gouvernemental ou parlementaire, insistant sur l’accélération des programmes de développement territorial dans une relation mutuellement bénéfique entre zones urbaines et rurales. Le cœur de la question est ici : le développement ne peut se réaliser que s’il est équitable et équilibré, réintégrant les zones montagneuses et les oasis dans le cycle national de croissance.
Priorités de développement : de la parole à l’action
Le discours identifie clairement plusieurs priorités constituant la colonne vertébrale de toute transformation réelle :
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Encourager les initiatives locales et stimuler l’activité économique.
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Créer des opportunités d’emploi pour les jeunes, un enjeu stratégique à une époque où les nouvelles générations revendiquent dignité, justice et opportunités.
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Promouvoir les secteurs de l’éducation et de la santé et réhabiliter le territoire de manière intégrée.
Le roi a réaffirmé que le milieu rural doit être un élément central de toute vision future du développement et que les disparités entre le centre et la périphérie constituent un obstacle réel à une croissance équilibrée. Il semble ainsi adresser un message implicite au gouvernement et aux collectivités territoriales : « Il n’y a pas de compromis entre le développement urbain et le milieu rural ; le Maroc ne peut prospérer tant que les villages restent marginalisés. »
Feuille de route : entre rationalité et développement humain
Selon l’analyste politique Abbas Al-Wardi, ce discours constitue une continuité directe du dernier discours du Trône, mais il est plus profond et clair sur le plan pratique. Al-Wardi souligne que le roi a présenté une « feuille de route précise » reposant sur trois piliers :
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Changer les mentalités et combattre la bureaucratie qui freine la performance.
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Simplifier les procédures administratives pour faciliter l’investissement et gagner la confiance des citoyens.
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Recourir aux technologies numériques pour garantir la transparence et suivre les projets de développement en temps réel.
Al-Wardi note que ce discours n’est pas politique au sens étroit, mais essentiellement axé sur le développement, car il relie le développement à la dignité humaine d’une part, et au développement territorial et à la justice spatiale d’autre part.
Développement global : des centres émergents à la politique extérieure
Le roi a mis l’accent sur l’extension des centres ruraux pour rapprocher les services essentiels des citoyens, une orientation à double dimension : gérer l’expansion urbaine tout en limitant ses effets négatifs et assurer une distribution équitable des services. La question se pose : les autorités locales seront-elles capables de mettre en œuvre ce modèle de manière efficace et durable ?
Sa Majesté a également insisté sur le rôle des partis politiques, du Parlement et de la société civile dans l’encadrement des citoyens et la communication avec eux avec sincérité et transparence, au-delà des calculs électoraux. Il a rappelé l’importance de la diplomatie parlementaire et partisane pour défendre les intérêts suprêmes du pays, notamment la question de l’unité territoriale, soulignant que le développement interne est indissociable de la crédibilité et de la puissance internationale du Maroc.
En conclusion : entre vision et réalité
Ce discours royal constitue une feuille de route claire vers un modèle de développement renouvelé plaçant l’humain au cœur du processus, affirmant que le développement n’est pas simplement fait de projets ou de chiffres budgétaires, mais constitue un parcours intégré basé sur la justice sociale et spatiale. Construire un Maroc équilibré et cohérent, de Tanger à Lagouira, ne pourra se réaliser que si tous s’engagent dans cette approche fondée sur les résultats, la reddition des comptes et l’écoute des citoyens, en particulier dans les zones périphériques.
La question finale qui se pose est la suivante : cette vision royale sera-t-elle traduite en actions concrètes ou restera-t-elle de belles paroles résonnant dans les couloirs du Parlement et de la société civile ?


