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D’Abidjan au cœur de l’Afrique : le cinéma marocain renforce son rayonnement culturel et ouvre un nouveau front de coopération Sud-Sud

La sixième édition de la Semaine du film marocain en Côte d’Ivoire ne se limite pas à la projection de dix films marocains. Elle place la coproduction, les industries techniques et le partage des compétences au centre d’une ambition plus large : faire évoluer les relations culturelles maroco-ivoiriennes vers un partenariat cinématographique africain plus structuré et durable.

Dans un monde où la culture, l’économie et la diplomatie entretiennent des relations de plus en plus étroites, le cinéma ne peut plus être considéré comme un simple moyen de divertissement ou une forme d’expression artistique enfermée dans les frontières nationales. Il constitue désormais un instrument de rayonnement international, de valorisation des identités culturelles et de rapprochement entre les sociétés. Il représente également un secteur économique capable de générer des activités, de mobiliser des compétences et de créer de nouvelles opportunités de coopération entre les industries créatives.

C’est dans cette perspective que s’inscrit la sixième édition de la Semaine du film marocain à Abidjan. Au-delà de sa programmation cinématographique, cette manifestation interroge la place du cinéma marocain dans son environnement africain et les possibilités de transformer les relations culturelles entre le Maroc et la Côte d’Ivoire en une coopération professionnelle et productive plus approfondie.

Ouverte le 2 novembre 2026 dans la capitale ivoirienne, cette édition est organisée par la Fondation « Côte d’Ivoire Cinéma », en partenariat avec le Centre cinématographique marocain (CCM), et en coordination avec l’Ambassade du Royaume du Maroc en Côte d’Ivoire. Elle se poursuit jusqu’au 7 novembre, avec une programmation de dix films, accompagnée de rencontres professionnelles et de sessions de formation destinées à renforcer les échanges entre les acteurs des deux industries cinématographiques.

La composition des délégations présentes à la cérémonie d’ouverture traduit d’ailleurs la diversité des dimensions de cette initiative. La représentation marocaine ne s’est pas limitée aux responsables diplomatiques et institutionnels : elle a également mobilisé des réalisateurs, des producteurs, des artistes et des professionnels des industries techniques et audiovisuelles.

Ont ainsi pris part à la cérémonie, du côté marocain, l’ambassadeur de Sa Majesté le Roi en République de Côte d’Ivoire, M. Othman El Ferdaous, les réalisateurs et producteurs Anouar Moatassim et Khalid Zaïri, l’actrice Jalila Tlemsi, Omar Benhamou El Kémili, président de la Fédération marocaine des industries techniques de l’audiovisuel et du cinéma, ainsi que Mourad Latifi, chef du service du contrôle de l’exploitation, représentant le Centre cinématographique marocain.

Du côté ivoirien, la cérémonie a connu la participation d’un représentant de la ministre de la Culture et de la Francophonie, ainsi que de Mme Diomandé Johnson Lezon Fall, directrice générale de la Fondation « Côte d’Ivoire Cinéma ».

Cette présence institutionnelle et professionnelle conjointe témoigne d’une volonté de faire de cette manifestation un espace de rencontre entre les acteurs culturels, les décideurs et les professionnels, dans une perspective qui dépasse la simple présentation d’œuvres cinématographiques.

L’enjeu principal de cette édition réside précisément dans cette capacité à transformer les rencontres et les projections en relations professionnelles durables et en projets communs. Le cinéma africain reste confronté à plusieurs défis structurels : la circulation limitée des œuvres entre les marchés nationaux, les difficultés de financement, les disparités en matière d’équipements et de compétences techniques, ainsi que l’insuffisance des mécanismes de distribution et de commercialisation à l’échelle continentale.

Dans une allocution prononcée au nom du directeur du Centre cinématographique marocain, M. Mohamed Reda Benjelloun, le représentant du CCM, Mourad Latifi, a souligné que cette manifestation s’appuie sur un acquis d’échanges et d’expériences en matière de coproduction. Il a également insisté sur sa contribution au développement du partenariat cinématographique maroco-ivoirien, en cohérence avec la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, en faveur du renforcement de la coopération Sud-Sud et du soutien à la création africaine.

Cette référence à la coopération Sud-Sud prend toute sa dimension lorsqu’elle dépasse le cadre des rapprochements politiques et diplomatiques pour se traduire par des intérêts économiques et culturels partagés. Le cinéma offre, à cet égard, un terrain particulièrement favorable : il mobilise des financements, des ressources humaines, des services techniques, des infrastructures et des circuits de distribution. Encore faut-il que les accords et les rencontres débouchent sur des mécanismes opérationnels permettant aux professionnels des deux pays de développer des projets concrets.

La programmation des dix films constitue ainsi une vitrine de la diversité de la création cinématographique marocaine et de la pluralité de ses approches artistiques et narratives.

Dans la catégorie des longs métrages figurent « The Call » d’Ahmed Bouchlika, « La Mer au loin » de Saïd Hamich Benlarbi, « Love in Dakhla » de Khalid El Ibrahimi, « Atoman » d’Anouar Moatassim et « Déserts » de Faouzi Bensaïdi.

La sélection des courts métrages comprend « Frère II sang » de Mohsen Nadhfi, « Miroir à vendre » de Hicham Amal, « L’Mina » de Randa Maarouf, « Boujloud » de Ghaïta Boussafiha et « Frères de lait » de Kenza Tazi.

La coexistence des longs et des courts métrages permet de présenter au public ivoirien plusieurs facettes du cinéma marocain, à travers des générations, des sensibilités et des démarches artistiques différentes. Elle contribue également à dépasser une représentation réductrice de la production nationale, en mettant en lumière la diversité des formes de création et des modes de narration.

Toutefois, la dimension professionnelle de cette manifestation apparaît plus nettement encore à travers les activités organisées en marge des projections.

Un atelier de formation sera animé par Omar Benhamou El Kémili, président de la Fédération marocaine des industries techniques de l’audiovisuel et du cinéma, autour du thème : « Les industries techniques du cinéma et de l’audiovisuel : partage d’expériences et opportunités de coopération entre le Maroc et la Côte d’Ivoire ».

Le choix de cette thématique revêt une importance particulière. L’industrie cinématographique ne repose pas uniquement sur les réalisateurs, les comédiens et les scénarios. Elle dépend d’un ensemble de métiers et de compétences couvrant notamment la photographie, l’éclairage, le son, le montage, la postproduction, les effets visuels, les équipements techniques et les services logistiques.

Ces domaines peuvent constituer des leviers concrets de coopération africaine, à travers le transfert de savoir-faire, la formation des compétences locales et l’ouverture des infrastructures et des services techniques aux productions communes.

Le programme prévoit également une rencontre professionnelle intitulée : « La coproduction cinématographique et audiovisuelle entre le Maroc et la Côte d’Ivoire : opportunités, mécanismes et défis », avec la participation de Mourad Latifi et Khalid Zaïri, aux côtés de professionnels ivoiriens.

Cette rencontre constitue l’un des moments importants de la manifestation, dans la mesure où elle place les relations entre les deux pays devant une question essentielle pour l’avenir de leurs industries cinématographiques : comment passer de la circulation des films à leur production conjointe ? Quels sont les instruments juridiques et institutionnels disponibles ? Et comment faciliter les partenariats en matière de financement, de tournage, de prestations techniques et de distribution ?

Le Maroc dispose d’une expérience accumulée dans le domaine de la production cinématographique, ainsi que d’un environnement institutionnel et professionnel structuré autour du Centre cinématographique marocain et des différents acteurs de la filière. La valorisation de cette expérience dans l’espace africain dépendra toutefois de sa capacité à devenir une ressource partagée, dans le cadre d’une coopération équilibrée où chaque partenaire apporte ses compétences, ses ressources humaines, ses potentialités culturelles et ses opportunités économiques.

Cette initiative s’inscrit par ailleurs dans un cadre institutionnel établi depuis plusieurs années. Elle trouve notamment son fondement dans l’accord de coproduction et d’échange cinématographique signé à Abidjan le 28 novembre 2011 entre le Centre cinématographique marocain et la Fondation « Côte d’Ivoire Cinéma », anciennement Office national du cinéma.

L’article 17 de cet accord prévoit notamment la promotion des productions cinématographiques et le renforcement de la coopération entre les professionnels des deux pays.

Cette continuité institutionnelle confère à la manifestation une portée supplémentaire. Elle montre qu’il ne s’agit pas d’une initiative isolée, mais d’une nouvelle étape dans un processus de coopération engagé depuis plusieurs années. Elle invite également à s’interroger sur les résultats concrets de cet accord, sur les projets qu’il a permis de développer et sur ses retombées en matière de coproduction, de circulation des œuvres et d’élargissement des marchés.

Car le véritable succès de ce type de manifestation ne se mesure pas uniquement au nombre de films projetés ou à la durée de la programmation. Il se mesure aussi à ce qui demeure une fois les écrans éteints : des contrats de coproduction, des partenariats entre sociétés marocaines et ivoiriennes, de nouvelles opportunités pour les techniciens et les artistes, ainsi que des projets capables de toucher un public plus large à travers le continent africain et au-delà.

Fort de son expérience artistique, professionnelle et institutionnelle, le cinéma marocain dispose d’une opportunité pour consolider sa présence africaine, non seulement en tant que production nationale destinée à être diffusée à l’étranger, mais également comme partenaire dans la construction d’une industrie cinématographique africaine mieux connectée, capable de raconter ses propres histoires, de développer ses outils de production et d’élargir ses circuits de diffusion.

Depuis Abidjan, cette sixième édition apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans un processus où la culture rencontre la diplomatie, où la création rejoint l’industrie et où les échanges artistiques ouvrent des perspectives de coopération économique.

Le principal défi reste désormais de transformer les rencontres en réalisations concrètes et de faire du partenariat cinématographique maroco-ivoirien un modèle opérationnel de coopération africaine, qui ne se contente pas de faire circuler des images sur les écrans, mais contribue également à produire les films, à développer les compétences et à construire l’avenir du cinéma africain.

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