Décryptage – Entre présentation institutionnelle, attentes de la jeunesse et nécessité de transformer les orientations annoncées en une politique publique concrète, mesurable et évaluable.
La mission du ministre délégué chargé de la Jeunesse, Salah Eddine Abkari, ne saurait s’achever avec la présentation d’une nouvelle vision gouvernementale devant les parlementaires, ni avec la diffusion d’une vidéo exposant une stratégie de développement du secteur fondée sur la proximité, l’inclusion et le renforcement de la participation des jeunes à la prise de décision. La véritable responsabilité gouvernementale commence lorsque le discours quitte la tribune pour se confronter à l’administration, aux établissements publics, aux infrastructures, aux programmes et aux réalités quotidiennes des jeunes Marocains.
La question que la presse nationale est en droit de poser ne consiste pas à savoir si les orientations annoncées sont séduisantes ou si leurs intitulés correspondent aux attentes de la jeunesse. Elle porte plutôt sur les changements concrets que cette nouvelle approche entend introduire dans la gestion du secteur. Quels dysfonctionnements ont été identifiés ? Quelles décisions ont été prises pour y remédier ? Dans quels établissements et sur quels territoires les effets de cette politique seront-ils visibles ? Et selon quels indicateurs les citoyens pourront-ils apprécier les résultats ?
Ce débat prend une importance particulière au regard du moment auquel Salah Eddine Abkari accède à cette responsabilité. Nommé le 16 octobre 2026 ministre délégué auprès du ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, chargé de la Jeunesse, il a ensuite pris ses fonctions dans le cadre de la cérémonie de passation organisée le 19 octobre, en présence des responsables et cadres des différents services concernés.
Il ne s’agit donc pas de créer un nouveau secteur à partir de rien. Le ministère dispose déjà de ses institutions, de ses ressources humaines, de ses budgets, de ses programmes et d’un réseau de maisons de jeunes et de centres d’activités destinés à différentes catégories de la population. Annoncer une nouvelle étape suppose, par conséquent, de présenter un état des lieux sérieux : ce qui a été réalisé, ce qui n’a pas abouti, les programmes qui ont produit des résultats et ceux qui nécessitent une révision.
Du discours stratégique à l’épreuve du budget : les chiffres ouvrent un autre débat
Un élément mérite une attention particulière lors de la réunion de la Commission de l’enseignement, de la culture et de la communication à la Chambre des représentants, le mercredi 4 novembre 2026. À cette occasion, le projet de budget sectoriel pour l’exercice 2027 a été présenté. Selon les données publiées par la Chambre des représentants, les crédits affectés au programme 801, regroupant la jeunesse, l’enfance et la femme, s’élèvent à 2 083 634 000 dirhams, contre 2 325 261 000 dirhams en 2026, soit une diminution de 10,35 %.
Ce montant concerne un programme regroupant trois domaines d’intervention. Il ne peut donc pas être présenté comme le budget exclusivement consacré à la jeunesse. Toutefois, cette évolution appelle des explications sur la hiérarchisation des priorités, la répartition des ressources et les moyens dont disposera le ministère pour concrétiser les nouvelles orientations.
Parallèlement, SNRT News a publié, le 4 novembre, des données faisant état d’investissements programmés dans le secteur de la jeunesse à hauteur d’environ 1,098 milliard de dirhams pour 2027. Ce montant comprend 798,15 millions de dirhams en crédits de paiement et 300 millions de dirhams en crédits d’engagement destinés aux exercices ultérieurs, avec un accent annoncé sur l’équipement des établissements de jeunesse et le renforcement des infrastructures d’accueil.
Ces données ne doivent pas être additionnées mécaniquement ni considérées comme contradictoires : elles relèvent de catégories budgétaires différentes. Elles rendent néanmoins nécessaire la publication d’une présentation financière détaillée distinguant les dépenses de fonctionnement des investissements, les crédits de paiement des crédits d’engagement, ainsi que les projets nouveaux des opérations déjà engagées.
La proximité, régulièrement mise en avant dans la nouvelle vision, ne peut être appréciée uniquement à travers l’annonce d’une extension du réseau des établissements. Il faudrait connaître le nombre de maisons de jeunes nécessitant une réhabilitation, celles qui fonctionnent effectivement, celles qui manquent d’encadrement ou d’équipements, les territoires insuffisamment desservis et les délais prévus pour la réouverture des structures fermées ou sous-utilisées.
L’annonce d’investissements dans les infrastructures ne suffit pas davantage sans une identification des projets, de leur localisation, des populations bénéficiaires et des critères de répartition entre les grandes villes, les centres ruraux et les zones éloignées. La proximité doit se traduire dans la distribution territoriale des services publics, et non rester une orientation inscrite dans un document stratégique.
Que propose concrètement la nouvelle vision ?
Les déclarations du ministre délégué au cours de ses premières semaines de fonction apportent plusieurs indications sur les orientations envisagées et méritent d’être suivies dans leur évolution.
Devant la Chambre des conseillers, le 3 novembre, Salah Eddine Abkari a notamment évoqué le développement du programme « Moutatawiâ » (Volontaire), qui bénéficie actuellement à plus de 3 000 jeunes. Le dispositif repose aujourd’hui sur une période annuelle de trois semaines, comprenant une semaine de formation et deux semaines d’activités bénévoles au sein d’établissements. L’objectif annoncé est de faire évoluer ce programme vers une formule permettant une participation au bénévolat tout au long de l’année.
Cette orientation mérite d’être examinée, car le volontariat ne devrait pas se limiter à une activité saisonnière. Il peut constituer un espace d’apprentissage de la citoyenneté, de l’engagement collectif et de l’acquisition d’expériences utiles à l’insertion professionnelle. Toutefois, l’allongement de la durée du programme ne garantit pas, à lui seul, une amélioration de son impact.
Plusieurs questions opérationnelles restent à clarifier : quels établissements accueilleront les volontaires ? Comment leur accompagnement sera-t-il organisé ? Des conventions seront-elles conclues avec les collectivités territoriales, les associations et les établissements publics ? Les compétences acquises seront-elles reconnues et valorisées ? Enfin, le ministère prévoit-il un mécanisme d’évaluation qualitative de l’expérience, au-delà du simple décompte des inscriptions ?
Le ministre a également évoqué le développement d’une plateforme consacrée au volontariat des jeunes, ainsi que des discussions avec le ministère de l’Enseignement supérieur sur la possibilité de valoriser les activités bénévoles dans le parcours universitaire des étudiants.
L’idée mérite d’être approfondie. Mais il convient de distinguer un projet de plateforme en cours de préparation d’un outil effectivement opérationnel, tout comme il faut distinguer une concertation avec le ministère de l’Enseignement supérieur d’une décision institutionnelle permettant de reconnaître les heures de volontariat dans le cursus universitaire.
Il s’agit de différentes étapes qui ne doivent pas être confondues dans la communication publique. Le passage d’une proposition à un dispositif effectif suppose un cadre réglementaire, des modalités de validation, des établissements partenaires et des mécanismes de contrôle.
Une autre initiative annoncée concerne l’organisation d’un rendez-vous mensuel de communication directe sur les réseaux sociaux avec les jeunes qui ne sont affiliés ni à des organisations politiques, ni à des syndicats, ni à des associations. Le premier rendez-vous est annoncé pour novembre 2026. L’objectif est de recueillir leurs observations et leurs propositions, de répondre à leurs préoccupations et de les associer aux décisions et aux politiques publiques qui les concernent.
Cette initiative touche à une difficulté réelle dans les relations entre les institutions et la jeunesse : tous les jeunes ne sont pas engagés dans des associations ou des organisations structurées, et tous ceux qui souhaitent exprimer une opinion ou proposer une initiative ne disposent pas nécessairement d’un canal institutionnel pour le faire.
Mais le dialogue numérique ne devient pas automatiquement une participation à la décision publique parce qu’une rencontre en ligne est organisée chaque mois. Il faut savoir ce que deviennent les propositions recueillies, comment elles sont classées, quel service est chargé de leur examen et si des rapports périodiques permettront de préciser les propositions retenues, celles qui n’ont pas été mises en œuvre et les raisons de ces choix.
Les jeunes n’ont pas seulement besoin d’une institution qui les écoute. Ils ont également besoin de savoir ce qu’elle fait des propositions qu’ils lui adressent.
Maisons de jeunes et colonies de vacances : le test que les déclarations ne suffisent pas à trancher
Parmi les dossiers qui méritent une attention particulière figure celui des infrastructures et des établissements chargés d’accueillir les jeunes.
Les maisons de jeunes ne sont pas de simples bâtiments ouverts à certaines heures. Elles constituent des équipements publics dont la vocation est de permettre l’accès à la formation, à l’expression culturelle et artistique, aux activités sportives, au développement des compétences et à l’accompagnement des initiatives locales. Si la nouvelle vision repose sur la proximité et l’inclusion, la situation réelle de ces établissements devrait occuper une place centrale dans le diagnostic ministériel.
Des déclarations du ministre relayées par les médias marocains le 4 novembre ont notamment évoqué l’orientation vers la création de structures spécialisées dans des quartiers confrontés à la pauvreté, aux addictions et à la criminalité, afin d’en faire des espaces de prévention et d’intégration.
Le ministre a également abordé la nécessité d’accélérer l’élaboration d’une nouvelle loi encadrant le secteur des colonies de vacances, notamment pour renforcer les conditions de sécurité, d’assurance et de protection juridique des enfants et des équipes d’encadrement.
Ces dossiers ne sont pas secondaires. Les colonies de vacances impliquent directement la sécurité des enfants, la responsabilité des organisateurs, les conditions d’encadrement, l’assurance et les mécanismes de contrôle. Toute réforme législative devra donc rechercher un équilibre entre la protection des bénéficiaires et la préservation de la capacité d’action des associations et des acteurs éducatifs qui contribuent à l’organisation des activités.
Quant à la création de nouvelles structures de jeunesse dans les quartiers fragilisés, elle exige des critères précis de sélection des territoires, une définition des services proposés, des ressources humaines qualifiées et une coordination avec les collectivités territoriales, les autorités locales, les établissements scolaires et les autres secteurs sociaux.
La proximité géographique d’un établissement ne garantit pas, à elle seule, la qualité du service public. Encore faut-il disposer de professionnels qualifiés, de programmes réguliers, d’équipements adaptés et d’un budget de fonctionnement suffisant.
Il serait également réducteur de considérer les problèmes rencontrés par les jeunes dans les quartiers vulnérables sous le seul angle sécuritaire ou préventif. Ces territoires ont besoin d’espaces consacrés au sport, à la culture, à la formation, à l’orientation, à l’initiative économique et à l’accompagnement social. L’objectif doit être de créer des possibilités réelles d’intégration et de participation à la vie collective.
La responsabilité de la réforme suppose de rendre visibles les dysfonctionnements
Si le nouveau ministre entend corriger les insuffisances de la gestion antérieure, l’opinion publique est en droit de connaître la nature des problèmes identifiés et les changements envisagés.
Une nouvelle politique ne peut être construite uniquement à partir d’intitulés généraux. Elle doit s’appuyer sur une évaluation objective de la période précédente. Il ne s’agit pas de mettre en cause personnellement les responsables antérieurs, mais de déterminer ce qui a été réalisé, ce qui n’a pas abouti, où se situent les difficultés et si celles-ci relèvent du manque de ressources, de la gestion des établissements, du chevauchement des compétences ou de l’insuffisance de coordination entre les intervenants.
Plusieurs dossiers devraient figurer dans cette évaluation :
- La situation des maisons de jeunes : nombre d’établissements réellement opérationnels, niveau d’équipement, ressources humaines et programmes proposés.
- L’accès des jeunes des zones rurales, montagneuses et des provinces éloignées aux services et aux activités.
- Les relations entre le ministère, les associations de jeunesse et les acteurs culturels et sportifs, notamment les conditions de partenariat, de soutien et de transparence dans la distribution des ressources.
- La situation des colonies de vacances, les normes de sécurité, d’assurance, d’encadrement et de contrôle.
- L’accès aux programmes publics des jeunes qui ne sont affiliés à aucune association ou organisation.
- L’efficacité des programmes de formation, de volontariat, d’insertion et d’accompagnement, au regard des moyens financiers qui leur sont consacrés.
Une autre question institutionnelle mérite également d’être clarifiée. L’article 33 de la Constitution marocaine prévoit l’adoption de mesures appropriées pour étendre et généraliser la participation des jeunes au développement social, économique, culturel et politique du pays, faciliter leur intégration dans la vie active et associative et les aider à prendre part à la vie nationale.
La loi n° 89.15 relative au Conseil consultatif de la jeunesse et de l’action associative a été adoptée dans le prolongement de ces dispositions constitutionnelles.
La situation de cette institution, son fonctionnement, ses missions consultatives et sa relation avec l’élaboration des politiques publiques destinées aux jeunes méritent une explication gouvernementale. La participation de la jeunesse à la décision ne devrait pas se limiter à des rencontres numériques, aussi utiles soient-elles. Elle nécessite également des institutions et des mécanismes durables de consultation, d’évaluation et de proposition.
Pourquoi le ministère devrait-il organiser une conférence de presse nationale ouverte ?
C’est à ce niveau que la presse nationale doit pleinement assumer sa responsabilité.
La présentation de la vision du ministre délégué devant les parlementaires, puis l’examen du budget sectoriel au sein de la commission compétente de la Chambre des représentants, relèvent naturellement du contrôle institutionnel et du débat parlementaire. Mais ces exercices ne dispensent pas le ministère d’une communication directe avec l’opinion publique. La présentation devant le Parlement ne saurait remplacer l’explication de la politique gouvernementale aux citoyens.
La nature des dossiers évoqués justifie pleinement l’organisation d’une conférence de presse nationale approfondie.
Il ne s’agirait pas d’une rencontre destinée à lire un communiqué officiel ou à répéter les déclarations déjà diffusées, mais d’un véritable échange permettant aux journalistes de poser des questions précises, d’examiner les chiffres, de discuter les choix budgétaires et d’obtenir des réponses sur les dossiers qui suscitent des attentes et des interrogations chez les jeunes, les acteurs associatifs et les professionnels de l’encadrement.
La presse est en droit de demander au ministre :
- Quel diagnostic officiel a été établi pour identifier les dysfonctionnements nécessitant une réforme ? Existe-t-il un document d’évaluation de la période précédente qui puisse être rendu public ?
- Quel programme opérationnel permettra de traduire la vision stratégique en décisions et en mesures concrètes au cours de l’année 2027 ?
- Quelle est la part exacte du budget consacrée à la jeunesse, indépendamment des crédits communs avec les secteurs de l’enfance et de la femme ? Comment seront répartis les crédits de fonctionnement et d’investissement ?
- Combien de maisons de jeunes nécessitent une réhabilitation et combien d’établissements seront effectivement ouverts, équipés ou modernisés au cours de l’année prochaine ?
- Quels critères permettront de sélectionner les quartiers et les territoires qui bénéficieront des nouvelles structures de jeunesse ?
- Comment les colonies de vacances seront-elles contrôlées et quel calendrier est prévu pour l’élaboration de la nouvelle législation ?
- À quelle date la plateforme du volontariat sera-t-elle opérationnelle ? Quelle est la nature de l’accord actuellement discuté avec le ministère de l’Enseignement supérieur ?
- Comment les rencontres mensuelles avec les jeunes pourront-elles influencer réellement les décisions gouvernementales ?
- Quelle est la situation du Conseil consultatif de la jeunesse et de l’action associative et quel rôle lui sera attribué dans la prochaine étape ?
- Comment le ministère mesurera-t-il les résultats de ses programmes et quelles données publiera-t-il régulièrement afin de permettre aux citoyens, aux médias et au Parlement d’en évaluer l’impact ?
Ces questions ne sont ni excessives ni destinées à mettre en difficulté un ministre qui n’exerce ses fonctions que depuis quelques semaines. Elles relèvent des exigences normales de la responsabilité publique, particulièrement lorsqu’un gouvernement annonce vouloir transformer la gestion d’un secteur qui concerne une partie importante de la société.
Les jeunes ne sont pas de simples bénéficiaires des programmes gouvernementaux
Un autre aspect devrait occuper une place centrale dans le débat : la manière dont les institutions considèrent la jeunesse.
Les jeunes ne sont pas uniquement une catégorie de population ayant besoin d’animation, d’encadrement ou de loisirs. Ils représentent également des compétences, des projets professionnels, des initiatives culturelles et sportives, des ambitions entrepreneuriales et des capacités d’innovation qui nécessitent accompagnement, reconnaissance, financement et infrastructures adaptées.
Une politique publique efficace en faveur de la jeunesse ne peut être dissociée des questions d’éducation, de formation professionnelle, d’emploi, d’économie numérique, de sport, de culture et de santé psychologique et sociale. Or, ces domaines relèvent de plusieurs départements gouvernementaux. La coordination institutionnelle constitue donc une condition essentielle de réussite.
Le ministère chargé de la Jeunesse ne peut, à lui seul, résoudre le chômage, le décrochage scolaire ou les difficultés d’insertion professionnelle. Il peut cependant jouer un rôle important dans la mise en relation des jeunes avec les institutions concernées, en développant des espaces, des programmes et des mécanismes d’accompagnement capables de transformer les initiatives en possibilités concrètes.
Les associations et les organisations de jeunesse ne devraient pas non plus être considérées comme de simples exécutantes d’activités programmées au niveau central. Elles disposent d’une connaissance du terrain et des besoins locaux qui peut contribuer au diagnostic et à la formulation des solutions, à condition que les partenariats reposent sur des règles transparentes et clairement définies.
Au ministre de présenter sa vision, à la presse de l’évaluer
La diffusion par le ministre délégué d’une vidéo intitulée « Vision stratégique pour le développement du secteur de la jeunesse, fondée sur la proximité, l’inclusion et le renforcement de la participation à la prise de décision » constitue une occasion de faire connaître les orientations qu’il souhaite promouvoir.
Toutefois, le contenu textuel disponible de la séquence audiovisuelle communiquée ne permet pas, à lui seul, d’établir une transcription suffisamment claire pour en tirer des citations précises ni d’évaluer l’ensemble des mécanismes de cette vision.
Il serait donc utile que cette présentation soit suivie de la publication d’un document écrit et détaillé comprenant des objectifs précis, des programmes identifiés, des indicateurs de performance, un calendrier d’exécution, les crédits budgétaires correspondants et les administrations responsables de leur mise en œuvre.
La presse ne demande pas au ministre de répéter ce qui a déjà été présenté devant les parlementaires. Elle attend de lui qu’il explique aux Marocains ce que son département compte réellement faire, comment il entend procéder et quels changements seront perceptibles pour un jeune vivant loin des grandes villes, pour celui qui ne dispose pas d’un espace d’activités, pour celui qui souhaite lancer un projet, s’engager dans la vie associative ou bénéficier d’une formation et d’un accompagnement.
Les premiers mois d’une responsabilité gouvernementale devraient également être consacrés à l’écoute des acteurs de terrain, à l’examen de la situation des établissements, à l’identification des difficultés rencontrées par les cadres, les employés et les associations, avant de dresser un bilan ou de porter des jugements sur des résultats qui n’ont pas encore été éprouvés.
Salah Eddine Abkari dispose d’une occasion de proposer un modèle de communication gouvernementale fondé sur l’explication, la transparence et l’évaluation des résultats. Le débat autour de sa vision ne devrait pas se transformer en polémique personnelle ni en jugement anticipé sur son expérience. Il doit devenir un exercice de suivi professionnel permettant de vérifier dans quelle mesure les orientations annoncées se traduisent en mesures concrètes.
Ce qui est attendu du nouveau ministre n’est donc pas de convaincre les journalistes de la pertinence des intitulés de son programme, mais de mettre à la disposition de la presse et de l’opinion publique une véritable feuille de route, d’accepter d’en discuter les détails et de rendre compte de l’avancement des projets après trois mois, des réalisations après six mois, ainsi que des retards éventuels et de leurs causes.
Quant à l’appréciation de la réussite ou des limites de cette vision, elle devra reposer sur les faits, les chiffres et les résultats observables sur le terrain, et non sur les intitulés des programmes ou le nombre d’apparitions du responsable devant les caméras.


