Entre le soutien à la prorogation du mandat de la MINURSO et la prudence quant à l’annonce d’une position définitive sur le projet de résolution américain, la diplomatie russe choisit de préserver sa marge de manœuvre jusqu’à la conclusion des consultations au Conseil de sécurité. Mais la lecture de cette position exige de distinguer ce que Moscou a effectivement déclaré, ce que le calendrier de cette déclaration permet éventuellement de déduire et la nature des évolutions qui traversent le débat international sur le Sahara marocain.
La Russie n’avait pas encore annoncé de position définitive sur le projet de résolution soumis au Conseil de sécurité concernant le Sahara marocain, selon la déclaration attribuée à Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, le 27 octobre 2026. Moscou a choisi de lier sa décision à l’issue des consultations entre les membres du Conseil, tout en indiquant soutenir, dans son principe, la prorogation du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).
Cette distinction dans la déclaration russe mérite attention. Le soutien à la prorogation du mandat de la mission ne signifie pas nécessairement une approbation de l’ensemble des dispositions politiques et institutionnelles contenues dans le projet de résolution. De même, le fait de ne pas annoncer immédiatement une position définitive ne constitue pas, en soi, une opposition à l’orientation défendue par le projet américain.
Selon les informations relayées par plusieurs médias marocains, Maria Zakharova a indiqué que Moscou attendait la conclusion des consultations avant de déterminer sa position sur le texte dans sa version appelée à être soumise au vote. Cette réserve laisse ouvertes plusieurs possibilités, notamment un vote favorable ou une abstention, en fonction de la rédaction finale et des compromis diplomatiques intervenant avant la séance.
Un projet de résolution qui dépasse la simple prorogation de la MINURSO
La portée de la réserve russe apparaît plus clairement lorsqu’on examine le contenu des négociations au Conseil de sécurité. Le projet porté par les États-Unis ne concerne pas uniquement le renouvellement du mandat d’une mission des Nations unies pour une année supplémentaire. Il touche également au cadre politique dans lequel le processus onusien pourrait évoluer au cours de la prochaine période.
Les informations publiées les 28 et 29 octobre font état d’une volonté américaine de maintenir la proposition marocaine d’autonomie comme base des négociations, tout en intégrant plusieurs modifications à la première version du projet à la suite des réserves exprimées par certains membres du Conseil.
Selon des informations relayées par la presse à partir de sources proches des discussions onusiennes, ces modifications auraient notamment porté sur la suppression de certains délais précis concernant une éventuelle restructuration de la MINURSO, ainsi que sur une réaffirmation du rôle du Secrétaire général des Nations unies et de son envoyé personnel, Staffan de Mistura, dans la conduite du processus politique. Le rôle américain dans la facilitation des négociations serait, quant à lui, maintenu.
Ces ajustements montrent que les discussions ne se limitaient pas à la formulation d’un paragraphe consacré à la prorogation du mandat. Elles concernaient également la nature de la mission onusienne, les limites de ses futures fonctions, ainsi que la répartition des responsabilités dans la conduite du processus politique.
La MINURSO revêt une importance particulière en raison de son histoire institutionnelle. Elle a été créée par la résolution 690 du Conseil de sécurité, adoptée le 29 avril 1991. Sa mission était liée à la mise en œuvre du plan de règlement alors approuvé, comprenant notamment des dispositions relatives au référendum et à la surveillance du cessez-le-feu.
L’échec de la mise en œuvre de ce plan n’a toutefois pas entraîné la disparition de la mission. Son mandat a été renouvelé à plusieurs reprises, tandis que le débat politique sur le règlement définitif du différend a progressivement évolué.
La résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025, avait prorogé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026. Elle avait également placé la proposition marocaine d’autonomie au cœur de l’orientation politique soutenue par le Conseil, en considérant qu’une autonomie véritable pouvait constituer une issue réaliste et applicable, et en appelant les parties à participer aux discussions sans conditions préalables.
Le texte demandait par ailleurs au Secrétaire général de présenter une revue stratégique de l’avenir du mandat de la MINURSO, en tenant compte des résultats des négociations.
Cette perspective de réexamen ne relève pas d’une simple question administrative. Elle ouvre un débat sur une éventuelle redéfinition des fonctions de la mission, en fonction de l’évolution du processus politique. C’est précisément ce qui explique la sensibilité de certaines capitales à l’égard des formulations concernant son avenir.
Des informations publiées le 29 octobre par plusieurs médias ont également évoqué une proposition visant à modifier la dénomination de la mission pour la désigner comme une « Mission politique des Nations unies au Sahara occidental ». Une telle évolution traduirait une orientation vers une redéfinition de sa fonction politique, plutôt que le maintien d’une référence explicite au référendum dans son appellation.
Il convient toutefois de distinguer les versions de travail qui circulent du texte officiellement adopté. En l’absence d’une version finale authentifiée et publiée, les détails de ces propositions ne peuvent être présentés comme des dispositions définitivement acquises.
Le précédent du vote de 2025 reste présent dans les calculs russes
La position actuelle de Moscou ne peut être examinée indépendamment du vote précédent. Le 31 octobre 2025, la résolution 2797 avait obtenu onze voix favorables, aucune voix contre et trois abstentions. L’Algérie n’avait pas participé au vote.
La Russie, la Chine et le Pakistan figuraient parmi les pays qui s’étaient abstenus.
Ce résultat, consigné dans les archives officielles des Nations unies, ne permet pas de réduire la position russe à une opposition à la résolution. Mais il ne permet pas davantage de considérer l’abstention comme une adhésion complète à son contenu. Moscou avait choisi de ne pas recourir à son droit de veto, sans pour autant rejoindre la majorité favorable au texte.
Ce précédent éclaire la déclaration de Maria Zakharova. La Russie a déjà distingué la question du renouvellement du mandat de la MINURSO de celle de son adhésion aux orientations politiques contenues dans la résolution qui encadre ce mandat.
C’est pourquoi l’annonce d’un soutien à la prorogation ne suffit pas, à elle seule, à déterminer le sens du vote russe sur le nouveau projet.
La Chine, qui s’était également abstenue lors du vote précédent, constitue un autre acteur dont la position mérite d’être suivie, notamment parce que les discussions actuelles portent sur l’avenir d’une mission onusienne et sur une possible redéfinition de ses fonctions, et non simplement sur le renouvellement de son mandat.
Pourquoi Moscou préserve-t-elle sa marge de réserve ?
Plusieurs considérations peuvent expliquer la prudence de la diplomatie russe, sans qu’il soit possible d’affirmer que Moscou cherche à obtenir des contreparties précises dans les négociations.
Le premier élément concerne le statut de la Russie au Conseil de sécurité. En tant que membre permanent disposant du droit de veto, son influence ne se limite pas au vote final. Elle s’exerce également au cours des consultations et dans les discussions portant sur la formulation des résolutions.
Un deuxième élément tient à la place que Moscou accorde officiellement au rôle des Nations unies dans la gestion des différends internationaux. La Russie insiste régulièrement sur la centralité du Conseil de sécurité et sur le cadre onusien dans les processus de règlement. Cette position la rend particulièrement attentive à la répartition des responsabilités entre l’ONU et les États-Unis dans le projet actuel.
Un troisième facteur concerne le contenu même du texte. Soutenir la prorogation de la MINURSO n’oblige pas nécessairement à accepter une transformation de ses compétences ou une modification de la nature de sa mission. Moscou pourrait donc ne pas avoir d’objection au maintien de la présence onusienne, tout en exprimant des réserves sur certaines formulations relatives à son avenir.
Il faut néanmoins éviter de transformer ces hypothèses en faits établis. Les déclarations publiques disponibles ne permettent pas d’affirmer que la Russie a posé des conditions précises en échange de son vote ou exigé des modifications déterminées du projet américain.
Quelles implications pour le Maroc ?
Pour le Maroc, l’enjeu ne se limite pas au nombre de voix que pourrait obtenir le projet. Il concerne également la nature du cadre politique que le Conseil de sécurité entend retenir pour traiter le différend régional autour du Sahara marocain.
La résolution 2797 de 2025 avait constitué une étape importante en plaçant la proposition marocaine d’autonomie au centre du cadre des négociations et en reconnaissant qu’une autonomie véritable pouvait représenter une solution réaliste et applicable.
Le nouveau projet intervient donc dans une phase où il s’agit de mesurer la continuité de cette orientation et la possibilité de la traduire en dispositions plus précises concernant le processus politique et l’avenir de la mission onusienne.
Il demeure cependant nécessaire de distinguer l’adoption de la proposition marocaine comme base des négociations du règlement définitif du différend. La première constitue une évolution documentée dans le langage du Conseil de sécurité. Le second reste tributaire d’un processus de négociation qui n’a pas encore abouti à un accord final.
La portée du nouveau texte dépendra de sa formulation effective, de sa capacité à préserver les acquis de la résolution précédente et de la manière dont il consolidera, ou non, la place de l’initiative marocaine dans le cadre onusien des négociations.
Quant à la Russie, une éventuelle abstention ne serait pas équivalente à un vote contre le projet, mais elle ne constituerait pas non plus une adhésion à la majorité favorable. À l’inverse, un vote en faveur du texte marquerait une différence avec le choix effectué par Moscou en octobre 2025, différence dont les raisons devraient être examinées à partir du texte définitif et des explications données par la délégation russe.
Le moment décisif reste celui de la séance de vote. Les consultations diplomatiques peuvent encore produire des modifications jusqu’aux dernières heures. Sur le plan procédural, l’adoption d’une résolution de fond au Conseil de sécurité exige au moins neuf voix favorables et l’absence de vote négatif d’un membre permanent.


