samedi, octobre 24, 2026
AccueilActualitésL’Académie olympique numérique dans le viseur de Mohamed Daoudi : les champions...

L’Académie olympique numérique dans le viseur de Mohamed Daoudi : les champions marocains ont-ils besoin d’une expertise étrangère ou d’une meilleure valorisation des compétences nationales ?

Une formation à la préparation mentale encadrée par un expert international, et une critique qui dépasse la nationalité de l’intervenant pour interroger la vocation de l’Académie olympique numérique et la place accordée aux chercheurs et spécialistes marocains dans la préparation de la performance sportive.

La session de formation organisée par le Comité national olympique marocain (CNOM) les 20 et 21 octobre 2026, consacrée à la préparation mentale des sportifs de haut niveau, a relancé le débat sur les choix opérés en matière d’accompagnement des champions marocains. Le militant des droits et acteur du mouvement sportif Mohamed Daoudi a vivement critiqué le recours à un expert étranger, estimant que l’Académie olympique numérique aurait dû évoluer vers un espace permanent de préparation des athlètes, plutôt que de se limiter à des activités de formation de ce type.

La session a été encadrée par Edward E. Barbe, spécialiste des neurosciences appliquées et de leurs liens avec la performance. Le programme portait notamment sur le fonctionnement du cerveau, la gestion du stress en compétition, l’amélioration de la concentration et la prise de décision.

Ces éléments permettent de circonscrire précisément l’objet du débat : il s’agit d’une formation à la préparation mentale, et non de l’annonce de la création d’un nouveau centre national de regroupement des champions ou d’une refonte générale du dispositif de préparation olympique.

Dans son message, Daoudi ne s’est pas limité à contester le choix de l’intervenant. Il a également mis en cause la conception même de l’Académie. Selon lui, celle-ci aurait dû devenir un espace physique permettant aux athlètes de se retrouver régulièrement, dans le cadre de programmes techniques et scientifiques destinés à préparer les prochaines échéances olympiques. À ses yeux, une activité numérique animée par un expert étranger ne répond pas à cette ambition.

La distinction est importante. Évaluer une initiative ne consiste pas simplement à connaître la nationalité d’un intervenant ou le nombre de participants à une session. Il faut déterminer la place de ces activités dans un programme plus large : complètent-elles un dispositif existant de préparation olympique, ou constituent-elles l’un des principaux leviers retenus pour développer les compétences sportives ?

Une académie de formation à distance : que dit réellement le Comité olympique ?

Les informations publiées par le Comité national olympique marocain présentent l’Académie olympique numérique comme un espace de partage des connaissances et d’échange d’expériences entre les acteurs du mouvement sportif national et international. Ses activités comprennent notamment des rencontres à distance et des conférences consacrées aux sciences du sport, à la performance et à la gestion sportive.

Le 3 juin 2026, le CNOM avait annoncé une conférence animée par Edward Barbe sur le cerveau et la performance sportive, dont la diffusion était prévue le 5 juin de la même année. Une formation appliquée à la préparation mentale a ensuite été organisée, selon les informations publiées, les 20 et 21 octobre.

Ces éléments montrent que le recours à cet expert ne se limite pas à une intervention isolée : il s’inscrit dans un programme de partage des connaissances auquel l’Académie a consacré plusieurs activités. Ils ne démontrent toutefois pas que le Comité a décidé de transformer cette plateforme en un centre permanent de préparation olympique, ni qu’un tel projet figurait parmi ses objectifs annoncés lors du lancement.

La différence entre les deux fonctions est substantielle. Une académie numérique est, selon la présentation institutionnelle disponible, un espace de formation et d’échange. Un centre de préparation des champions suppose, quant à lui, une organisation permanente, des programmes de suivi, une coordination avec les fédérations sportives, les encadrements techniques et médicaux, ainsi que des mécanismes permettant de mesurer la progression des athlètes.

Les informations publiées ne suffisent pas à établir que l’Académie avait initialement vocation à devenir un centre de cette nature, ni que le Comité aurait renoncé à un projet comparable. Il convient donc de considérer la proposition de Daoudi comme une revendication sur ce que l’Académie devrait devenir, et non comme la description d’un engagement institutionnel documenté qui aurait ensuite été abandonné.

Les compétences marocaines en préparation mentale existent-elles ?

Le cœur de la critique de Daoudi tient à une conviction : le Maroc dispose de docteurs, de chercheurs et de spécialistes dans plusieurs disciplines liées au sport, notamment l’accompagnement et la préparation psychologique des athlètes. Si l’expertise nationale était écartée au profit d’intervenants étrangers, estime-t-il, ce choix mériterait des explications.

Les données universitaires disponibles attestent de l’existence d’une base nationale de recherche dans ces domaines. Le laboratoire de recherche en sciences du sport de l’Institut des sciences du sport de Settat, relevant de l’Université Hassan-Ier, recense parmi ses axes de travail l’entraînement et la psychologie de la performance sportive, aux côtés de la biologie et de la santé par le sport, ainsi que de la gestion et de l’économie du sport. Ses thématiques comprennent également la psychologie sportive, les neurosciences appliquées au sport, la physiologie de l’effort, l’entraînement et la performance.

Ces informations ne permettent pas de déterminer le nombre de spécialistes marocains effectivement qualifiés pour encadrer des sportifs de haut niveau, ni de comparer leurs compétences à celles de l’expert retenu par le Comité. Elles montrent néanmoins que la demande de Daoudi en faveur d’une plus grande participation des chercheurs nationaux repose sur une question concrète, et non uniquement sur un principe de préférence nationale.

L’expertise étrangère ne garantit pas automatiquement une meilleure qualité. De la même manière, la nationalité marocaine ne constitue pas, à elle seule, une preuve de compétence. Les critères professionnels doivent rester la spécialisation, l’expérience de terrain, la capacité à transmettre les connaissances aux entraîneurs et aux athlètes, ainsi que l’adéquation du programme avec les besoins des équipes nationales.

Le Comité peut légitimement recourir à une expertise internationale lorsqu’il estime qu’elle apporte une valeur ajoutée. Le mouvement sportif est tout aussi fondé à demander comment l’intervenant a été sélectionné, quels critères ont guidé ce choix, si des chercheurs marocains ont participé à la préparation ou à la mise en œuvre du programme, et si la formation relève d’une coopération scientifique durable ou d’une intervention ponctuelle.

Ces questions ne prouvent pas que le CNOM a écarté les compétences nationales. Les informations publiées ne fournissent pas de preuves suffisantes pour soutenir une telle conclusion. Elles constituent cependant des questions légitimes pour évaluer la politique de formation et mesurer ses effets.

Les précédents du Comité : un débat antérieur à la session d’octobre

L’intérêt porté à la préparation mentale ne date pas de la session d’octobre 2026. Le 31 janvier 2024, le Comité national olympique marocain avait organisé une rencontre consacrée à l’accompagnement mental et médical des sportifs de haut niveau, avec la participation de plusieurs intervenants marocains, parmi lesquels Hassan Fekkak, le docteur Amine Dachemi, le docteur Saïd Dabbour, le docteur Salah Eddou et Rafik Benjelloun, selon les informations publiées à l’époque.

Lors des préparatifs des Jeux olympiques de Paris 2024, Hassan Fekkak avait également expliqué, dans un entretien accordé à SNRTnews, que le Comité mettait à la disposition des sportifs des services médicaux, des spécialistes en kinésithérapie, des professionnels de la nutrition et un accompagnement psychologique axé sur la préparation mentale. Il estimait alors qu’environ 10 % des sportifs recouraient aux services de préparation mentale.

Cette proportion correspond à une déclaration faite pendant la préparation des Jeux de Paris. Elle ne peut donc pas être présentée comme un indicateur actuel du recours à la préparation mentale au Maroc. Elle montre toutefois que le sujet était déjà abordé au sein du Comité avant la dernière session et que le débat dépasse la seule identité de l’intervenant : il porte aussi sur la place effective de la préparation mentale dans le parcours quotidien des athlètes.

Si le Comité a déjà accumulé une expérience dans ce domaine, la question opérationnelle consiste à comprendre comment les connaissances acquises lors des formations se traduisent dans la pratique. Les sportifs bénéficient-ils d’un suivi régulier ? Le psychologue travaille-t-il en coordination avec l’entraîneur, le médecin et le préparateur physique ? Les interventions sont-elles évaluées en fonction de leurs effets sur la préparation à la compétition, la gestion de la pression et la récupération après les échecs ou les blessures ?

Une seule formation ne permet pas de répondre à ces questions. L’organisation de plusieurs conférences ne suffit pas davantage à démontrer que les connaissances transmises sont devenues une composante stable de l’accompagnement des sportifs. Il faut pouvoir examiner les programmes, les modalités de mise en œuvre et les indicateurs d’évaluation, en tenant compte des différences entre les disciplines.

De la plateforme numérique à la préparation des Jeux de Los Angeles 2028

Le Comité national olympique marocain accompagne par ailleurs les sportifs bénéficiaires du programme de bourses olympiques dans la perspective des Jeux de Los Angeles 2028.

Les 1er et 2 octobre 2026, il a organisé un rassemblement réunissant les athlètes concernés ainsi que leurs équipes techniques et d’encadrement. Le programme comprenait des évaluations individuelles de leur préparation, l’identification de leurs besoins, des ateliers consacrés à l’amélioration de la performance et des consultations médicales.

L’existence de ce dispositif montre que la préparation olympique ne se limite pas à la formation numérique. Un autre parcours concerne directement les sportifs, leurs équipes et leurs besoins techniques et médicaux. Reste à connaître le degré d’articulation entre ces deux volets : comment les enseignements théoriques proposés par l’Académie sont-ils transformés en outils de travail pour les équipes qui accompagnent les champions ? Les thèmes des formations sont-ils déterminés à partir des besoins révélés par le suivi individuel des athlètes ?

Les responsabilités en matière de préparation des champions sont réparties entre le Comité olympique, les fédérations sportives et les autorités publiques compétentes, selon les attributions légales et réglementaires de chacun. Dans la présentation officielle de ses missions, le CNOM indique notamment soutenir les fédérations nationales dans les activités liées au sport de haut niveau, y compris la formation des dirigeants et des cadres, ainsi que la recherche et les études.

L’évaluation de l’Académie ne peut donc être dissociée de cette organisation. Si les rencontres numériques permettent d’améliorer les connaissances des entraîneurs et des cadres sportifs, elles remplissent déjà une fonction utile. Mais si l’objectif est de construire une préparation olympique continue, il faut préciser les responsabilités opérationnelles, les ressources disponibles, les programmes de suivi et les liens entre la formation et les résultats sportifs.

La nationalité ne mesure pas la compétence, mais l’institution doit pouvoir expliquer ses choix

Dans sa publication, Daoudi a relié sa critique à ce qu’il considère comme une tendance à privilégier l’expertise française. Il a évoqué les débats politiques en France sur l’immigration et les positions de certains partis de droite. Toutefois, cette comparaison relève de son argumentation politique. Aucun élément disponible ne permet d’établir que le choix effectué par le Comité traduit un alignement politique sur la France ou répond aux orientations de partis français.

Par ailleurs, les informations officielles consultées présentent Edward Barbe comme un expert international en neurosciences appliquées et en facteurs humains. Elles ne suffisent pas, à elles seules, à confirmer la nationalité française que Daoudi évoque dans sa publication avec une réserve explicite.

Il serait donc inapproprié de réduire l’évaluation d’une expertise scientifique aux positions politiques exprimées dans le pays auquel appartient l’intervenant. À l’inverse, la qualification d’« expert international » ne saurait remplacer l’examen de ses compétences et des résultats de son intervention.

Le critère déterminant reste ce que cette expertise apporte aux sportifs marocains, la capacité à transmettre les connaissances aux cadres nationaux et l’adéquation du programme avec les besoins réels des équipes.

Le débat mérite ainsi de rester centré sur trois enjeux : la place accordée aux compétences marocaines, la transparence des critères de sélection des intervenants et la capacité du Comité à transformer les formations en résultats mesurables. Ce sont des questions institutionnelles auxquelles des documents, des programmes et des données peuvent apporter des réponses, contrairement aux suppositions sur les intentions.

Par sa formulation incisive, lorsqu’il dénonce ce qu’il considère comme une mise à l’écart des compétences nationales, Mohamed Daoudi défend une conception de la préparation des champions fondée sur la valorisation des expertises marocaines et la création d’espaces permanents de formation et de préparation. La portée de cette critique dépendra aussi de sa capacité à déboucher sur des propositions concrètes : un programme structuré de préparation mentale, une participation effective des chercheurs marocains, une formation continue des cadres, un suivi individualisé des sportifs et une évaluation publique des résultats.

Les informations disponibles établissent que le Comité national olympique marocain a organisé une formation en préparation mentale et mis en place un espace numérique de partage des connaissances. Elles ne permettent pas, à elles seules, de connaître tous les détails du choix de l’intervenant ni de mesurer les effets concrets de la session. Ces éléments restent nécessaires pour juger la pertinence de l’initiative, sans la valoriser ou la rejeter par principe.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus