Mohamed Daoudi ne s’est pas limité, dans son intervention publiée le 24 octobre 2026, à commenter les échanges qui ont accompagné la présentation du projet de loi de finances pour 2027 devant le Parlement. Il a prolongé ce débat politique en le confrontant à une question qui concerne directement le sport marocain : la capacité du secteur à fonctionner selon des règles de gouvernance, de responsabilité et de contrôle, sans que les équilibres partisans ne finissent par peser sur les institutions censées développer la pratique sportive.
L’intervention de Daoudi intervient après la présentation du projet de loi de finances par Fouzi Lekjaa, ministre de l’Économie et des Finances, devant la Commission des finances et du développement économique de la Chambre des représentants, le 23 octobre 2026. Les documents parlementaires confirment que la réunion était consacrée à la présentation du projet de loi n° 60.26 relatif à l’année budgétaire 2027, dans le cadre de son examen législatif.
Daoudi a choisi de lire cette séquence à travers une métaphore empruntée au football : la première mi-temps appartient aux joueurs, la seconde aux entraîneurs. Selon son appréciation, le débat parlementaire a d’abord été marqué par les positions de l’opposition, avant que Fouzi Lekjaa n’intervienne à son tour. Daoudi le présente comme l’un des principaux visages gouvernementaux de cette confrontation, allant jusqu’à le qualifier de « chef du gouvernement indirect » dans cette séquence politique. Il s’agit d’une appréciation de l’intervenant, et non d’une fonction institutionnelle ou constitutionnelle.
Ce qui retient surtout son attention est la possibilité de voir émerger un nouvel équilibre entre un gouvernement tenu de respecter ses engagements et une opposition capable d’exercer une pression pour corriger les insuffisances. Il relie cette évolution à ce qu’il considère comme un affaiblissement de la pratique politique au cours des années précédentes, ainsi qu’à la nécessité de restaurer la confiance dans l’action politique, dans un contexte de désaffection électorale.
Cette lecture relève de son appréciation personnelle. L’intervention ne suffit pas, à elle seule, à établir l’ampleur de l’abstention, à en déterminer les causes ou à mesurer l’effet de l’opposition sur son évolution. Mais le passage du débat parlementaire au champ sportif révèle une préoccupation plus précise : comment faire vivre la confrontation des programmes et la responsabilité des dirigeants au sein des fédérations, des ligues et des associations sportives ?
Quand les rivalités politiques pénètrent les institutions sportives
Daoudi revient sur une observation qu’il attribue à Idriss El Azami, relative au risque de politisation du paysage sportif et à la nécessité de le démocratiser et de l’améliorer conformément aux lois en vigueur. Il refuse que les prises de position sur ces questions soient jugées uniquement à travers l’appartenance partisane de leurs auteurs. Soutenir une proposition, insiste-t-il en substance, ne signifie pas nécessairement adhérer au parti qui l’a formulée.
Cette distinction structure son raisonnement. Il ne défend pas une séparation absolue entre la politique et le sport, au sens où les partis et les élus devraient s’abstenir de discuter des politiques publiques sportives. Il distingue plutôt le débat politique légitime — portant sur les lois, les budgets et les choix publics — de l’utilisation des institutions sportives au service d’intérêts partisans étroits.
La nuance est importante. Le sport dépend de décisions publiques concernant le financement, les équipements, la formation et les infrastructures. L’État, le gouvernement et le Parlement participent nécessairement à la définition des conditions de son développement. En revanche, faire de l’appartenance politique un critère de contrôle des responsabilités sportives ou d’exclusion des contradicteurs relève d’un autre problème, qui doit être établi à partir de faits précis concernant les nominations, les élections, les décisions et la gestion des ressources.
La loi n° 30-09 relative à l’éducation physique et aux sports fournit un cadre juridique à l’organisation du secteur. Elle a été promulguée par le dahir du 24 août 2010 et publiée au Bulletin officiel le 25 octobre de la même année.
L’existence de ce cadre juridique ne suffit toutefois pas à garantir une pratique démocratique effective au sein des institutions. L’épreuve se situe dans l’application des règles, le respect des statuts, l’organisation des élections, l’accès à l’information, le fonctionnement des mécanismes de contrôle et la capacité à distinguer un désaccord sur la gestion d’un conflit personnel paralysant l’activité sportive.
Dans son intervention, Daoudi ne présente pas de dossier documenté établissant des cas précis d’ingérence partisane dans une fédération ou une ligue déterminée. Il serait donc inexact de transformer son avertissement en accusation générale contre l’ensemble du système sportif. Son propos désigne plutôt un domaine qui mérite d’être examiné : la relation entre l’indépendance de la décision sportive et l’exigence de responsabilité démocratique.
L’opposition au sein des fédérations : dépasser les déclarations pour proposer des solutions
L’un des passages les plus directement liés au fonctionnement quotidien du sport concerne la conception que Daoudi se fait de l’opposition. Il refuse de la réduire aux éclats de voix, à la volonté de s’affirmer ou à la recherche d’une éviction des responsables en place dans le seul but de prendre leur position. Il lui assigne une autre fonction : présenter des alternatives, proposer de nouvelles méthodes de gestion et mettre les dirigeants face à leurs insuffisances à travers des propositions susceptibles d’améliorer les résultats.
Cette distinction prend une importance particulière au sein des fédérations, des ligues et des associations sportives. L’efficacité d’une opposition ne se mesure pas au nombre de communiqués publiés ni à la virulence des déclarations, mais à sa capacité à discuter les programmes, les budgets, les rapports financiers et les orientations techniques, puis à proposer des solutions dont les effets peuvent être évalués.
Un membre minoritaire d’un bureau fédéral n’a pas besoin de détenir le pouvoir exécutif pour jouer un rôle utile. Il peut demander des explications sur une décision, contester la répartition des ressources, proposer un programme de développement des catégories d’âge ou réclamer une évaluation des résultats des centres de formation. Encore faut-il qu’il puisse accéder aux informations nécessaires et que l’institution dispose de mécanismes permettant d’examiner les propositions et d’y répondre.
Daoudi pointe ce qu’il considère comme un dysfonctionnement dans certaines fédérations : le niveau du débat à l’extérieur des bureaux dirigeants serait parfois supérieur à celui qui prévaut en leur sein. Le milieu sportif, les pratiquants et les observateurs seraient alors en mesure de formuler des idées et des solutions que les instances chargées de piloter la discipline ne parviendraient pas à produire.
Il s’agit d’une observation critique, et non du résultat d’une étude comparative présentée par l’intervenant. Elle conduit néanmoins à une question concrète : les bureaux fédéraux élaborent-ils des programmes adaptés aux besoins de leur discipline ou se limitent-ils à gérer les compétitions et les activités au rythme des saisons sportives ?
Une institution qui ne sait pas transformer les critiques de ses membres en débat organisé se prive d’une partie de l’expertise dont elle dispose. Mais l’opposition n’est pas constructive par définition, simplement parce qu’elle exprime un désaccord. Elle doit elle aussi s’appuyer sur des connaissances techniques, financières et juridiques, ainsi que sur des propositions applicables, plutôt que sur la seule expression de positions.
La loi de finances ramène le débat au cœur de la politique sportive
L’intervention de Daoudi devient plus précise lorsqu’il critique ce qu’il considère comme une réduction de la politique sportive à quelques objectifs : encadrer les jeunes, les éloigner de certains risques sociaux ou développer le football en prévision de la Coupe du monde 2030.
Il ne nie pas l’importance de ces objectifs. Il conteste plutôt qu’ils puissent tenir lieu de politique publique sportive globale, laquelle devrait être clairement définie dans le programme gouvernemental et traduite en mesures financières et organisationnelles dont les résultats peuvent être évalués.
Les documents du projet de loi de finances pour 2027 permettent d’aborder cette question de manière concrète. Ils comprennent notamment le texte du projet, sa note de présentation et des rapports annexes portant, entre autres, sur la budgétisation axée sur les résultats et la répartition territoriale de l’investissement.
L’existence de ces documents ne prouve toutefois ni que les ressources consacrées au sport sont suffisantes, ni que le gouvernement a effectivement réduit sa politique sportive au football. Pour établir un tel diagnostic, il faudrait comparer les crédits budgétaires aux programmes annoncés, distinguer les dépenses d’investissement des dépenses de fonctionnement, identifier les institutions chargées de l’exécution et examiner les résultats effectivement obtenus.
L’intervention de Daoudi ne fournit pas de données financières détaillées permettant cette comparaison. Sa critique reste donc, à ce stade, une prise de position sur les orientations générales. Pour devenir une évaluation de la politique gouvernementale, elle doit être confrontée aux crédits, aux programmes et aux indicateurs pertinents.
La question soulevée mérite néanmoins d’être examinée : une politique sportive ne se résume ni au nombre de stades, ni au volume des investissements, ni aux performances de la sélection nationale. Elle englobe les sports individuels et collectifs, la formation de base, le sport scolaire et universitaire, l’élargissement de la pratique, le développement des compétences techniques et la pérennité des clubs et des associations.
Si les préparatifs de la Coupe du monde 2030 imposent d’accélérer les investissements et de moderniser les infrastructures, cet horizon ne dispense pas les pouvoirs publics d’évaluer les effets de ces investissements sur la pratique sportive en dehors du football. Il ne répond pas non plus à la question de savoir si les programmes atteignent effectivement les jeunes dans les différentes régions du Royaume.
Les critères d’évaluation sont pourtant identifiables : nombre de bénéficiaires des programmes de formation, continuité de la pratique, répartition des infrastructures et des équipements, évolution de l’encadrement et accès des disciplines moins médiatisées aux ressources disponibles. En l’absence de telles données, les jugements sur la réussite ou l’échec de la politique sportive restent exposés aux généralisations.
Football et sélections nationales : évaluer la production de talents, au-delà des résultats
Daoudi consacre une partie de son intervention au football. Il évoque la transformation des clubs du championnat national en sociétés sportives ainsi que le développement des académies de formation, notamment l’académie nationale et le projet, qu’il mentionne, de créer des académies régionales.
Il ne considère cependant pas ces transformations comme une preuve suffisante de la réussite du système de formation. Il interroge leur rendement réel et leur capacité à produire des joueurs qui accèdent aux sélections nationales.
L’intervenant avance à ce sujet une estimation selon laquelle environ 90 % de l’élite composant la sélection nationale de football serait constituée de joueurs marocains évoluant à l’étranger. Ce chiffre apparaît dans son intervention sans être accompagné d’une statistique, d’une définition précise de la population concernée ou d’une période de référence. Il ne peut donc pas être présenté comme une proportion officielle vérifiée ni comme une donnée actuelle établie.
La question qu’il soulève ne dépend cependant pas uniquement de la validation de ce pourcentage. Il s’agit de déterminer si le système de formation national produit des joueurs capables d’atteindre le niveau international et si les académies et les clubs remplissent les objectifs pour lesquels ils ont été créés.
Le nombre de joueurs qui atteignent l’équipe nationale A ne suffit pas à mesurer cette performance. Il faudrait également suivre les parcours des diplômés des académies, leur taux d’accès aux équipes professionnelles, le temps de jeu dont ils bénéficient, leur progression dans les catégories d’âge et la capacité des clubs à valoriser les joueurs issus de leur propre formation.
Il faut aussi distinguer la formation reçue au Maroc de celle acquise à l’étranger. La nationalité d’un joueur ou son lieu de résidence ne permettent pas, à eux seuls, de reconstituer toutes les étapes de son parcours de formation.
Ce dossier appelle donc la publication régulière de données par les fédérations, les clubs et les académies, afin que le débat sur le rendement des investissements sportifs ne demeure pas enfermé dans des impressions générales. Les dépenses consacrées à la formation doivent être évaluées au-delà des résultats immédiats des sélections, en examinant la capacité du système à renouveler son vivier de joueurs, d’entraîneurs et de cadres techniques.
Fête de l’Unité à Laâyoune : le sport entre mobilisation nationale et action de terrain
L’intervention se tourne ensuite vers les préparatifs liés à la Fête de l’Unité, que Daoudi associe à la défense de l’intégrité territoriale du Royaume et au rôle que le sport peut jouer dans l’expression de l’appartenance nationale.
Il évoque des programmes sportifs dans les provinces du Sud, ainsi que la participation de plusieurs fédérations, selon ses estimations, à des activités prévues dans les régions de Laâyoune-Sakia El Hamra et de Dakhla-Oued Ed-Dahab. Il mentionne notamment des compétitions de taekwondo, le championnat national seniors, hommes et femmes, ainsi qu’un tournoi national ouvert. Il signale également des préparatifs techniques concernant l’utilisation d’équipements électroniques homologués au niveau international pour cette discipline.
Des annonces publiées le 23 octobre 2026 font effectivement état de manifestations sportives liées à la Fête de l’Unité à Laâyoune. Parmi elles figure la première édition de la « Ceinture de l’Unité nationale », annoncée pour le dimanche 25 octobre à la salle couverte Al-Hizam. Cette annonce concerne une manifestation déterminée ; elle ne suffit pas à confirmer l’ensemble des programmes et la totalité des fédérations mentionnés par Daoudi.
L’intérêt de cette séquence réside dans la nécessité de distinguer la portée symbolique des activités sportives de leurs effets sur le terrain. Le sport peut contribuer à renforcer les liens nationaux, à élargir la participation, à encourager les jeunes à pratiquer et à mettre en valeur les talents des provinces du Sud. Mais l’évaluation de ces effets suppose de connaître la nature des programmes, les catégories de bénéficiaires, le nombre de participants, les conditions d’organisation et la continuité des initiatives après la manifestation.
La référence de Daoudi aux nouveaux équipements électroniques de taekwondo renvoie à une dimension technique qui ne se limite pas à l’aspect événementiel. Des équipements conformes aux normes internationales peuvent améliorer les conditions de compétition et d’arbitrage. Pour mesurer leur effet, il faudrait toutefois vérifier la nature du matériel homologué, les modalités de son utilisation et les bénéfices concrets pour les athlètes et les arbitres.
L’intervenant adresse également ses remerciements aux responsables de la ligue de taekwondo, aux autorités locales et aux élus dont il souligne la coopération dans la préparation de ces activités. Ces éléments restent attribuables à son témoignage tant que des communications indépendantes ne permettent pas de préciser la répartition des responsabilités, les ressources mobilisées et les résultats obtenus.
Les activités sportives dans les provinces du Sud prennent toute leur dimension lorsqu’elles s’accompagnent d’un développement des infrastructures, d’un élargissement de la base des pratiquants, d’un accès accru à la formation et à la compétition, ainsi que de la disponibilité des équipements nécessaires. La réussite d’une manifestation, aussi importante soit-elle, ne suffit pas à établir à elle seule le niveau de développement de l’ensemble du système sportif régional.
Gouvernement et opposition : qu’est-ce qui doit changer dans le sport marocain ?
Dans la dernière partie de son intervention, Daoudi revient sur la notion d’équilibre. Il estime que la réussite d’un gouvernement ou d’une institution suppose l’existence d’une critique réaliste et démocratique, ainsi que d’une capacité de résistance intellectuelle et administrative permettant de corriger les trajectoires et de défendre les idées jugées utiles à l’intérêt général.
Cette position peut être lue comme un appel à déplacer le débat sur la politique sportive du terrain des personnes et des rivalités vers celui des programmes et des résultats. Le responsable gouvernemental doit expliquer ses choix ; la fédération doit rendre compte de ses décisions ; l’opposition doit présenter des alternatives ; les associations doivent contribuer au développement de la pratique au lieu de limiter leur rôle à l’attente de subventions ou à la contestation de leur répartition.
Cet équilibre ne peut cependant être obtenu par les seuls discours. Il suppose un accès effectif aux informations financières, des rapports de performance vérifiables, des règles claires de gouvernance et des mécanismes permettant de demander des comptes aux responsables dans les limites de leurs compétences réelles. Il exige également de distinguer la responsabilité politique des responsabilités administratives et techniques, afin que chaque résultat sportif ne devienne pas un jugement global sur une seule institution et que chaque critique ne soit pas assimilée à une accusation de politisation.
Mohamed Daoudi exprime une position critique à l’égard de certaines tendances qu’il juge préoccupantes dans le paysage sportif marocain. Il défend clairement la fonction démocratique de l’opposition et la nécessité d’une politique sportive plus large que le football. En revanche, établir l’ampleur des dysfonctionnements qu’il évoque suppose de disposer de preuves et de données propres à chaque institution et à chaque programme.
C’est dans cet écart entre la prise de position et l’évaluation que se situe le travail journalistique : prendre l’avertissement au sérieux sans le transformer en fait établi avant vérification, et mesurer les institutions à partir de leurs réalisations effectives plutôt que de leurs seules déclarations.


