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Espace aérien du Sahara marocain : entre gestion espagnole depuis les îles Canaries et présence croissante du Maroc, un accord encore en suspens

Le dossier de la gestion de l’espace aérien du Sahara marocain revient au premier plan, alors que l’Espagne continue d’assurer, depuis les îles Canaries, les services de navigation aérienne dans la zone, tandis que des informations publiées dans la presse font état d’un élargissement des interventions marocaines ayant des effets directs sur l’utilisation de certaines parties de cet espace. L’enjeu dépasse la simple répartition technique des fonctions de contrôle aérien. Il renvoie à des arrangements internationaux hérités d’une période antérieure, à des négociations maroco-espagnoles engagées en 2022 et à un transfert de gestion dont l’achèvement n’a pas été officiellement annoncé dans les informations disponibles.

Le 25 décembre 2024, le quotidien espagnol El Independiente a publié une enquête affirmant que le Maroc exercerait un contrôle effectif sur 15 à 20 % de l’espace aérien concerné. Le journal s’appuyait sur des sources présentées comme fiables et sur des éléments relatifs à la création de zones aériennes dangereuses ainsi qu’à des mesures marocaines ayant affecté la gestion de certains espaces autour des aéroports. Cette proportion demeure toutefois une estimation journalistique attribuée aux sources du média, et non une annonce officielle attestant le transfert au Maroc de la responsabilité de l’ensemble de l’espace aérien concerné.

Cette distinction est essentielle. La gestion des services de navigation aérienne ne se confond pas avec la souveraineté sur l’espace aérien, pas plus que la mise en œuvre de mesures opérationnelles dans une zone donnée ne signifie, à elle seule, que la responsabilité internationale des services de contrôle aérien a été transférée. Le dossier comporte plusieurs niveaux de responsabilité, dont la confusion pourrait transformer une évolution technique ou opérationnelle en conclusion politique ou juridique que les informations publiées ne suffisent pas à établir.

Des Canaries à Agadir : où en sont les négociations ?

Les informations publiées par la presse espagnole en octobre 2026 replacent le dossier au centre de l’actualité, près de deux ans après les articles évoquant la perspective d’un nouvel arrangement entre Rabat et Madrid. Le quotidien espagnol AS a notamment fait état du maintien de la gestion espagnole de l’espace aérien du Sahara depuis le centre de contrôle des îles Canaries, sur une superficie estimée à environ 266 000 kilomètres carrés, près d’un demi-siècle après le retrait de l’administration espagnole du territoire en 1976.

La gestion espagnole repose sur des arrangements relatifs aux services de navigation aérienne associés à la région d’information de vol, désignée par le sigle FIR. Il s’agit d’une zone géographique dans laquelle sont fournis des services d’information de vol et d’alerte. L’existence de tels arrangements ne constitue pas, en elle-même, une décision définitive sur la souveraineté territoriale : la responsabilité de fournir des services aéronautiques doit être distinguée du statut politique et juridique du territoire.

L’établissement public espagnol ENAIRE assure la gestion des services de navigation aérienne relevant de son périmètre opérationnel dans la région des Canaries. L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), institution spécialisée des Nations unies, constitue pour sa part le cadre international dans lequel sont organisées les régions d’information de vol et la répartition des responsabilités liées à ces services. La particularité de cette situation tient à la continuité de ces arrangements malgré l’évolution de la réalité politique et administrative sur le terrain.

Le Maroc, de son côté, a renforcé sa présence opérationnelle dans la gestion du trafic aérien au-dessus des provinces du Sud, parallèlement à l’administration des principaux aéroports de la région et au développement de leurs infrastructures. Le rapport d’El Independiente publié en décembre 2024 évoquait notamment la création de zones dangereuses liées à certaines activités militaires, des modifications apportées à des données et références aéronautiques publiées, ainsi que des difficultés de communication entre certains aéroports et le centre de contrôle des Canaries.

Ces éléments ont été rapportés par le journal à partir de sources et d’un document interne qu’il attribuait au côté espagnol. Ils ne doivent donc pas être présentés comme une déclaration officielle marocaine annonçant la prise en charge intégrale de l’espace aérien.

Ce chevauchement entre les dispositifs de gestion existants et les mesures opérationnelles prises sur le terrain explique pourquoi le passage à un nouveau système dépasse le simple transfert de responsabilités d’un centre de contrôle à un autre. Une réorganisation des services de navigation aérienne exige des dispositions techniques précises, une coordination concernant la sécurité des vols, les communications et les informations aéronautiques, ainsi qu’une définition claire des responsabilités en cas d’incident ou d’urgence.

L’accord d’avril 2022 : quels engagements ont réellement été pris ?

La référence politique centrale de ce dossier remonte à la déclaration conjointe adoptée par le Maroc et l’Espagne le 7 avril 2022, à l’issue des entretiens tenus à Rabat entre Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez.

Le septième point de cette déclaration prévoyait l’ouverture de discussions sur la gestion des espaces aériens. Cet engagement s’inscrivait dans une nouvelle phase des relations bilatérales, couvrant plusieurs dossiers politiques, économiques et sécuritaires, après l’évolution annoncée de la position espagnole sur la question du Sahara marocain. Madrid avait alors considéré l’initiative marocaine d’autonomie comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour parvenir à un règlement du différend.

La formulation de la déclaration mérite cependant attention : elle évoquait l’ouverture de discussions sur la gestion des espaces aériens, sans annoncer un transfert de responsabilité à une date déterminée ni fixer de calendrier public pour la mise en œuvre d’un tel changement.

En mars 2023, le gouvernement espagnol a reconnu, dans une réponse parlementaire, que les discussions avec le Maroc avaient commencé. Il avait précisé que leur objectif était d’améliorer la coordination entre les deux parties et de renforcer la sécurité des communications ainsi que la coopération technique. En avril 2024, des informations de la presse espagnole, s’appuyant sur une réponse gouvernementale, ont fait état de deux réunions de la commission de coopération aérienne au cours des deux années précédentes, sans annoncer d’accord définitif sur le transfert de la gestion de l’espace aérien du Sahara.

Quant au projet d’un nouveau centre aérien à Agadir, appelé à prendre en charge la zone méridionale après une éventuelle réorganisation de l’espace aérien marocain en deux secteurs, nord et sud, il a été évoqué dans des articles de la presse marocaine en 2024. Ces publications décrivaient des préparatifs en vue d’un transfert potentiel. Toutefois, l’existence d’un projet technique ou la préparation d’un centre de contrôle ne suffisent pas à démontrer que le transfert a été définitivement arrêté ou qu’il est entré en vigueur. Il faudrait, pour l’établir, une confirmation officielle précisant les arrangements retenus et la date de leur application.

La position géographique d’Agadir et ses possibilités opérationnelles en font un point d’appui envisageable pour la gestion du trafic aérien entre le nord du Royaume et ses provinces méridionales. Mais le rôle définitif du centre, les limites opérationnelles de la zone qui lui serait confiée et les modalités de coordination avec les installations existantes restent liés aux arrangements officiels entre les deux pays.

Pourquoi ce dossier revêt-il une importance stratégique ?

L’importance de l’espace aérien du Sahara marocain dépasse le contrôle des avions en transit. La connectivité aérienne entre les provinces du Sud et les autres régions du Royaume est liée au développement des aéroports, à l’extension des liaisons nationales et internationales, aux flux touristiques et aux investissements, ainsi qu’aux besoins des activités économiques sur la façade atlantique.

À mesure que ces activités se développent, les besoins d’un système aéronautique intégré deviennent plus importants : circulation rapide de l’information, coordination efficace et répartition claire des responsabilités opérationnelles. Le renforcement des capacités de contrôle aérien à Agadir, si les dispositions nécessaires à sa mise en service sont finalisées, pourrait ainsi s’inscrire dans la modernisation de l’infrastructure aérienne du Royaume, plutôt que constituer une simple mesure administrative isolée du développement des provinces du Sud.

Dans le même temps, certains milieux des îles Canaries abordent le dossier sous un autre angle, lié à la sécurité aérienne et aux conséquences économiques éventuelles d’une modification des arrangements régissant l’espace aérien autour de l’archipel. La presse espagnole a relayé des inquiétudes concernant les effets possibles d’un changement d’autorité responsable des services de navigation aérienne sur la coordination, les communications et le trafic. Ces inquiétudes reflètent les positions exprimées par certains acteurs espagnols ; elles ne démontrent pas, à elles seules, qu’une modification future entraînerait nécessairement des perturbations du trafic aérien.

La question touche également à la clarté de la communication officielle entre les deux gouvernements. La circulation répétée d’informations annonçant un transfert imminent, alors que la gestion espagnole demeure en place, entretient une marge d’interprétation importante, notamment en l’absence de détails suffisants sur les résultats des négociations et sur les étapes techniques déjà achevées.

Le maintien de la gestion espagnole ne signifie pas que les négociations ont cessé. De même, les mesures marocaines évoquées dans la presse ne prouvent pas que le transfert de responsabilité est achevé. Ce que les informations publiées permettent d’établir, c’est que le dossier a fait l’objet de discussions bilatérales et que, selon les informations espagnoles les plus récentes, les arrangements relatifs aux services de navigation aérienne n’ont pas encore été intégralement modifiés.

La prochaine étape décisive serait une annonce officielle précisant la nature des nouveaux arrangements, l’étendue des responsabilités confiées aux autorités marocaines, les mécanismes de coordination avec la partie espagnole et le calendrier d’application. Tant que ces éléments ne seront pas clarifiés, l’espace aérien du Sahara marocain restera un dossier où une réalité opérationnelle en évolution continue de coexister avec des arrangements internationaux établis et des négociations bilatérales dont l’aboutissement définitif n’a pas été annoncé.

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