Le Parti de la justice et du développement (PJD) aborde la prochaine législature avec 54 députés et, surtout, avec un choix politique désormais tranché : rester dans l’opposition.
Le Conseil national du parti a adopté cette orientation à l’unanimité le 26 septembre, quelques jours après l’annonce des résultats définitifs des élections législatives du 23 septembre. Après cinq années marquées par l’effondrement électoral de 2021, le PJD renonce donc à une participation au prochain gouvernement et choisit de reconstruire sa position depuis les bancs de l’opposition.
Le chiffre de 54 explique en partie la satisfaction affichée par Abdelilah Benkirane.
En 2021, le parti n’avait obtenu que 13 sièges. Cinq ans plus tard, il en récupère 41 et remonte à la quatrième place du classement national.
Le PJD n’a évidemment pas retrouvé son niveau d’avant 2021. Il reste très loin des 107 sièges de 2011 et des 125 de 2016, son record historique. Mais il revient dans une configuration parlementaire suffisamment importante pour que son choix de l’opposition prenne une autre signification.
Benkirane l’a d’ailleurs assumé sans ambiguïté. À ses yeux, le résultat de 2026 mérite d’être célébré et pourrait ouvrir une nouvelle phase pour le parti. Il a même estimé que le résultat actuel était, politiquement, plus important que celui de 2016 et affirmé que « l’avenir sourit » au PJD.
Entre 54 sièges et un retour au premier rang, il reste pourtant un long chemin.
De neuf sièges à 107 : le premier cycle de montée
L’histoire électorale du PJD offre néanmoins un précédent.
Lors de sa première participation aux législatives, en 1997, le parti avait obtenu neuf sièges. Il en comptait 42 en 2002, puis 46 en 2007, devenant alors l’une des principales forces de l’opposition.
Quatre ans plus tard, le changement d’échelle fut spectaculaire : 107 sièges en 2011 et une première place qui conduisit le parti à la présidence du gouvernement.
Cette progression s’inscrivait dans un contexte politique particulier, marqué notamment par le mouvement du 20 février et par l’adoption de la Constitution de 2011.
Le PJD consolida ensuite sa position en 2016 avec 125 sièges, son meilleur résultat depuis sa création.
La comparaison avec 2026 est donc tentante. Elle doit toutefois rester limitée.
Le parti ne poursuit pas aujourd’hui une progression électorale continue. Il repart après une rupture brutale.
2021 a cassé la trajectoire
L’élection de 2021 avait ramené le PJD de 125 à 13 sièges.
La chute avait mis fin à une décennie au pouvoir et relégué le parti à la huitième place. Le contraste avec les deux scrutins précédents était particulièrement marqué.
Cinq ans plus tard, le mouvement s’est inversé.
Mais 54 sièges ne suffisent pas à effacer les écarts accumulés. Le PJD reste à 71 sièges de son sommet de 2016 et à 53 sièges du résultat de 2011 qui l’avait conduit à la présidence du gouvernement.
La lecture la plus prudente du scrutin de 2026 est donc celle d’une reconstruction.
Le parti a retrouvé une masse parlementaire significative. Il n’a pas encore retrouvé son ancien poids.
Une opposition avec des moyens différents
C’est précisément ce qui distingue l’opposition qui s’annonce de celle issue des élections de 2021.
À l’époque, le PJD disposait d’un groupe parlementaire réduit à 13 députés. Il abordera cette fois la législature avec quatre fois plus d’élus.
Cela change concrètement ses moyens d’action : présence dans les commissions, contrôle du gouvernement, questions parlementaires, propositions, amendements et capacité à faire entendre une ligne politique plus structurée au sein de l’institution.
Le Conseil national du parti a parlé d’une « opposition nationale, responsable et forte ». Benkirane, lui, a évoqué une opposition « raisonnable et forte ».
Le choix des mots compte.
Le PJD ne présente pas son retour à l’opposition comme une simple réaction à son exclusion du gouvernement. Il cherche à lui donner une fonction politique durable.
Reste à savoir comment cette opposition sera exercée.
Car disposer de 54 sièges donne davantage d’outils. Cela ne garantit pas, à lui seul, leur efficacité politique.
Benkirane face à un deuxième cycle
Un autre élément relie la séquence actuelle à la première montée du parti : Abdelilah Benkirane lui-même.
Il avait pris la direction du PJD en 2008 et conduit le parti à ses deux victoires électorales successives de 2011 et 2016, avant de revenir à la tête du parti après la défaite de 2021.
Cinq ans après ce retour, il accompagne désormais un PJD qui a récupéré une partie importante du terrain perdu.
Le secrétaire général n’a pas minimisé la portée du résultat.
Il y voit un point de départ et non une simple amélioration statistique. Le président du Conseil national, Jamal Moatassim, a lui aussi présenté le scrutin comme une réinstallation du parti dans ce qu’il considère comme son « positionnement électoral naturel », allant jusqu’à rappeler que la vocation du PJD est, selon lui, de viser la première place.
Cette lecture appartient au discours interne du parti.
La réalité électorale de 2026 est différente : avec 97 sièges, le PAM arrive en tête, devant le RNI avec 66 et l’Istiqlal avec 65. Le PJD, avec ses 54 députés, occupe la quatrième position.
La question n’est donc plus de savoir si le PJD est déjà revenu au premier rang. Il ne l’est pas.
La question est de savoir ce qu’il fera de la remontée enregistrée en 2026.
Une remontée plus rapide que la première
La comparaison des chiffres fait apparaître un élément intéressant.
Lors de son premier cycle, le PJD avait mis dix ans pour passer de neuf sièges en 1997 à 46 en 2007, avant le saut à 107 en 2011.
Après l’effondrement de 2021, il lui aura fallu un seul scrutin pour passer de 13 à 54 sièges.
La reconstruction électorale est donc, pour l’instant, plus rapide que la première montée.
Mais les chiffres ne suffisent pas à établir une répétition du scénario.
Le passage de 46 à 107 sièges en 2011 s’était produit dans un contexte politique exceptionnel. Les équilibres institutionnels, les attentes sociales, les forces en présence et les conditions de compétition ne sont plus les mêmes.
Le résultat de 2026 offre au PJD un point de départ plus élevé qu’après 2021 et, numériquement, une base plus importante que celle dont il disposait en 2007.
Il ne dit pas ce que donnera 2031.
Cinq années pour transformer le retour en trajectoire
Le choix de l’opposition donne maintenant au PJD cinq années pour travailler en dehors du gouvernement, avec une représentation parlementaire nettement renforcée.
La prochaine majorité devra, de son côté, gérer des dossiers qui pèseront fortement sur l’évaluation de son action : emploi, pouvoir d’achat, services sociaux, réformes économiques et préparation des grands rendez-vous liés à l’horizon 2030.
Ces dossiers fourniront au PJD une matière politique considérable pour exercer son rôle d’opposition.
Mais ils constitueront aussi un test pour le parti lui-même.
Il devra conserver les électeurs revenus vers lui en 2026, élargir éventuellement cette base, faire émerger de nouveaux profils et maintenir une cohérence entre son discours parlementaire et son projet politique.
La question de 2031 se construira donc progressivement.
Si le résultat de 2026 permet au PJD de stabiliser puis d’élargir son retour électoral, cette élection pourra rétrospectivement apparaître comme le début d’un nouveau cycle.
Si, au contraire, les 54 sièges restent principalement le résultat d’un rattrapage après le choc de 2021, ils auront marqué une remontée importante sans nécessairement ouvrir un nouveau cycle de conquête.
Pour l’heure, une seule donnée est certaine : le PJD entre dans cette nouvelle phase avec 54 députés, cinq années d’opposition devant lui et un objectif politique que sa direction ne cache plus : reconstruire suffisamment pour que la prochaine échéance nationale puisse être abordée dans une autre position.
2031 reste encore à distance. Le travail, lui, commence avec les 54 sièges de 2026.


