26 sièges. C’est le nombre de députés obtenu par l’Union socialiste des forces populaires à l’issue des élections législatives du 23 septembre. Le résultat ramène le parti en dessous de son niveau de 2021 et lui fait perdre la première place numérique parmi les composantes de l’opposition à la Chambre des représentants.
Cinq ans plus tôt, l’USFP disposait de 34 sièges. Il en compte désormais 26, tandis que le Parti de la justice et du développement est remonté à 54 sièges et que le Mouvement populaire en a obtenu 29. La configuration de l’opposition s’en trouve mécaniquement modifiée. Le PJD a déjà annoncé son choix de rester dans l’opposition. Pour le Mouvement populaire, le positionnement définitif dépendra des consultations et des éventuels accords politiques.
Pour l’USFP, en revanche, la décision n’est pas encore arrêtée.
Driss Lachgar a reconnu le recul enregistré par son parti et annoncé une réunion de la direction pour évaluer le résultat et déterminer les orientations de la prochaine étape. Il a également déclaré avoir été surpris par les résultats annoncés. Le parti entre donc dans une phase d’attente et d’évaluation, sans que son futur positionnement parlementaire soit encore fixé.
La question ne se limite pourtant pas à choisir entre gouvernement et opposition.
Si la coalition réunissant le Rassemblement national des indépendants, le Parti authenticité et modernité et le Parti de l’Istiqlal était reconduite, ses trois composantes disposeraient ensemble de 228 sièges sur 395. Une majorité qui permettrait de former le gouvernement sans apport supplémentaire.
Cela ne signifie pas que la participation de l’USFP serait exclue. Cela signifie simplement qu’elle ne répondrait pas, dans cette configuration, à une nécessité arithmétique.
Sa présence éventuelle au gouvernement dépendrait donc d’un choix politique : élargissement de la coalition, recomposition de la majorité ou modification de l’équilibre entre les formations qui la composent. Les consultations à venir permettront de voir si cette hypothèse prend forme.
C’est là que le nouveau rapport de forces prend son importance.
Lors de la précédente législature, l’USFP disposait de 34 sièges et occupait, numériquement, la première place parmi les formations de l’opposition. Cette position ne s’était cependant pas transformée en une direction politique unifiée de l’opposition. Les différentes composantes avaient travaillé de manière relativement dispersée, avec des désaccords autour de la coordination parlementaire et de certains postes, notamment la présidence de la Commission de la justice et de la législation ou encore la motion de censure contre le gouvernement d’Aziz Akhannouch.
La nouvelle configuration ne lui permet même plus de revendiquer cette première place sur la seule base du nombre de sièges.
Avec 54 députés, le PJD se trouve désormais largement devant lui. Le Mouvement populaire, avec 29 sièges, le devance également.
Cela ne suffit pas, à lui seul, à déterminer qui exercera une éventuelle influence politique sur l’opposition. Le nombre de sièges donne un rapport de force parlementaire ; il ne produit pas automatiquement une coordination politique. Mais pour l’USFP, la perte de cette avance change incontestablement les conditions dans lesquelles il devra travailler au Parlement.
Il reste alors un autre chiffre à regarder.
Depuis l’élection de Driss Lachgar au poste de premier secrétaire de l’USFP en décembre 2012, le parti a connu trois résultats législatifs très différents : 20 sièges en 2016, 34 en 2021 et 26 en 2026.
Au moment où Lachgar avait pris la direction du parti, celui-ci disposait de 39 sièges issus des élections de 2011.
Le calcul est simple : quatorze ans plus tard, l’USFP compte treize sièges de moins qu’au début de cette période.
Ce chiffre ne permet pas, à lui seul, d’attribuer le recul électoral à la direction du parti. Les résultats d’une formation politique dépendent de nombreux facteurs : compétition locale, système électoral, candidats, contexte politique, mobilisation et comportement des électeurs.
Mais le calendrier rend la question difficile à éviter.
Les élections de 2026 interviennent moins d’un an après la reconduction de Driss Lachgar pour un quatrième mandat. En octobre 2025, le douzième congrès national de l’USFP avait approuvé la modification de certaines dispositions statutaires et réglementaires relatives aux mandats des instances du parti, ouvrant la voie à cette reconduction.
La question de la direction, qui avait longtemps été principalement abordée sous l’angle des règles internes, se trouve désormais confrontée à un autre type de mesure : le résultat électoral.
En septembre 2021, Lachgar avait annoncé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat, affirmant alors vouloir respecter les règles du parti et laisser place à une nouvelle direction. Il fut pourtant réélu en 2022, avant d’être reconduit une nouvelle fois en 2025.
La séquence est désormais prolongée par un résultat électoral inférieur à celui de 2021.
C’est ce qui donne au prochain débat interne une dimension différente. Il ne portera pas seulement sur le choix de rester dans l’opposition ou de participer aux consultations gouvernementales. Il devra également porter sur la manière dont le parti a conduit les dernières années, sur les choix effectués et sur la capacité de ces choix à produire une progression électorale durable.
Une autre question s’inscrit dans cette évaluation : celle des candidatures.
Au cours des dernières années, l’USFP a élargi son recrutement électoral et accueilli des personnalités ayant connu d’autres expériences partisanes. Cette ouverture avait notamment été visible lors des élections de 2021 et s’est poursuivie à travers différentes candidatures et adhésions.
Le principe n’a rien d’exceptionnel dans la vie des partis politiques. Une personnalité disposant d’un ancrage local peut apporter une voix, un réseau et éventuellement un siège supplémentaire.
Mais la question devient différente lorsque l’on examine le résultat final.
Le pari sur des personnalités disposant d’un poids électoral local n’a pas empêché l’USFP de passer de 34 à 26 sièges.
Il serait toutefois excessif d’en déduire que cette stratégie est la cause du recul. Les résultats nationaux ne permettent pas, à eux seuls, d’établir une telle relation de causalité.
Ils permettent en revanche d’intégrer la politique de recrutement des candidats dans le bilan que la direction devra établir, notamment lorsque certaines investitures ont suscité des contestations ou des tensions dans les structures locales du parti.
Le débat qui s’ouvre au sein de l’USFP se situe donc à plusieurs niveaux.
Au Parlement, le parti passe du statut de première composante numérique de l’opposition à celui d’une formation de 26 députés, derrière le PJD et le Mouvement populaire.
Sur le terrain gouvernemental, il n’existe pas de nécessité arithmétique de l’intégrer si les trois composantes de l’ancienne majorité reconduisent leur alliance, même si la nouvelle carte parlementaire peut donner lieu à d’autres configurations.
Et à l’intérieur du parti, le résultat intervient après la reconduction de la direction et après une campagne électorale au cours de laquelle l’USFP affichait des ambitions plus élevées que sa récolte finale.
Le prochain débat ne portera donc pas seulement sur la chaise parlementaire que l’USFP occupera.
Il portera aussi sur ce que signifie, pour le parti, de passer de 34 à 26 sièges après avoir fait de la progression électorale un objectif politique, et sur la manière dont sa direction entend lire cette nouvelle donnée.
Le choix entre gouvernement et opposition sera déterminé par les consultations politiques qui s’ouvrent.
Le chiffre, lui, est déjà connu. 26 sièges.


