lundi, septembre 28, 2026
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Mohamed Cheikh Biadillah dans les spéculations : que sait-on réellement du scénario d’une nomination à la tête du gouvernement ?

Depuis l’annonce des résultats définitifs des élections législatives du 23 septembre, la question politique marocaine ne se limite plus à savoir quel parti est arrivé en tête. Le Parti authenticité et modernité (PAM) a remporté 97 sièges, devant le Rassemblement national des indépendants (RNI) avec 66 sièges et l’Istiqlal avec 65, tandis que le Parti de la justice et du développement (PJD) en a obtenu 54. Une nouvelle séquence s’est ainsi ouverte : celle de la formation du prochain gouvernement et du choix de la personnalité appelée à le diriger.

C’est précisément à ce moment que plusieurs noms ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux, dans certains médias et parmi des journalistes et intellectuels. Mohamed Cheikh Biadillah est revenu dans les conversations, aux côtés d’autres personnalités, certaines publications allant jusqu’à évoquer la possibilité de sa nomination à la tête du gouvernement.

Mais entre un nom qui circule et un nom effectivement retenu, l’écart reste considérable.

C’est à partir de cette différence que le dossier mérite d’être regardé.

Le texte publié par le Dr Abdelkader Al-Hafedh Brihma, sous le titre « Biadillah… de l’autre récit à la présidence du gouvernement ? », part précisément de cette circulation et présente Mohamed Cheikh Biadillah comme une personnalité réunissant une expérience gouvernementale, parlementaire et partisane, susceptible de correspondre à certaines exigences de la prochaine étape politique. Le texte constitue une lecture politique du moment, et non l’annonce d’une décision officielle.

Ce qui peut être établi indépendamment de ces spéculations, en revanche, c’est que Mohamed Cheikh Biadillah n’est pas une personnalité apparue soudainement dans le débat après les élections. Son parcours institutionnel est ancien. Il a été ministre de la Santé entre 2002 et 2007, secrétaire général du PAM en 2009, puis président de la Chambre des conseillers. Il a également exercé des responsabilités administratives et territoriales avant de passer par le gouvernement, le Parlement et la direction partisane.

Cette succession de fonctions explique en partie pourquoi son nom peut retrouver une certaine place dans une période où la question n’est plus seulement celle de la victoire électorale, mais aussi celle de la capacité à construire une majorité et à gérer les relations entre gouvernement, Parlement et opposition.

Mais l’expérience passée ne constitue pas, à elle seule, une indication sur la décision à venir.

Le cadre constitutionnel est beaucoup plus précis. L’article 47 de la Constitution prévoit que le Roi nomme le Chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants, compte tenu de leurs résultats. La première partie de l’équation est donc connue : le PAM est arrivé en tête. La seconde — le nom de la personnalité qui sera chargée de former le gouvernement — ne découle pas automatiquement du résultat électoral.

C’est une distinction importante dans la lecture des informations qui circulent actuellement. L’expression « nomination royale » ne signifie pas que le choix se fait indépendamment du résultat électoral. Le texte constitutionnel fixe une relation directe entre le résultat des élections et le parti au sein duquel doit être choisi le Chef du gouvernement.

En revanche, il ne transforme pas le nom d’une personnalité évoquée dans les médias en décision constitutionnelle.

Le portail officiel consacré aux élections législatives de 2026 inscrit d’ailleurs la nomination du Chef du gouvernement parmi les étapes qui suivent l’annonce des résultats, ce qui signifie que le processus institutionnel ne doit pas être confondu avec les spéculations qui l’accompagnent.

C’est à cet endroit que le cas Biadillah devient plus intéressant.

La question journalistique n’est donc pas simplement : Mohamed Cheikh Biadillah sera-t-il le prochain Chef du gouvernement ?

Elle est plutôt celle-ci : pourquoi son nom revient-il précisément après la victoire du PAM, quels éléments de son parcours rendent ce scénario imaginable, et qu’est-ce qui, à ce stade, ne repose encore sur aucune preuve publique ?

Une partie de la réponse se trouve dans son parcours.

Biadillah réunit des expériences qui ne se retrouvent pas nécessairement ensemble dans une même carrière politique : administration territoriale, gouvernement, direction d’un parti politique et présidence de la deuxième Chambre du Parlement. Dans une période où le futur gouvernement devra construire une majorité parlementaire et composer avec des formations politiques aux orientations différentes, cette expérience constitue objectivement l’un des éléments susceptibles d’être pris en considération lorsqu’une personnalité politique est examinée.

Mais elle ne permet pas de conclure qu’elle sera retenue.

Il existe aussi une autre donnée : le PAM lui-même n’est plus le parti qu’il était à l’époque où Biadillah en assumait la direction. Le parti a connu plusieurs générations de responsables, des changements organisationnels et un renouvellement de ses élites. Dans ses propres communications, le PAM insiste désormais sur son évolution depuis sa création et sur la question du renouvellement des générations politiques.

Cela introduit une question qui apparaît moins souvent dans les discussions actuelles : la prochaine étape recherchera-t-elle d’abord l’expérience accumulée ou le renouvellement de la représentation politique ? Et faut-il nécessairement opposer les deux ?

Les données publiques ne permettent pas de répondre à la place des acteurs concernés.

Il y a aussi la dimension saharienne de la personnalité de Biadillah, abondamment mobilisée dans certaines analyses. Originaire d’El Smara, il a construit une partie importante de son parcours politique et administratif dans les provinces du Sud. Sa biographie politique fait également état de sa participation, dans les années 1990, au processus d’identification conduit sous l’égide des Nations unies.

Cette expérience constitue un élément concret de son parcours et explique pourquoi certains commentateurs établissent un lien entre son nom et le dossier du Sahara marocain.

Mais il faut s’arrêter là où s’arrêtent les faits.

Aucune donnée publique disponible ne permet, à ce stade, d’affirmer que cette dimension serait un facteur déterminant dans une éventuelle décision de nomination. Transformer l’origine saharienne, l’expérience institutionnelle et la connaissance du dossier du Sahara en une équation automatique conduisant à la présidence du gouvernement relèverait davantage de l’interprétation que de l’information vérifiée.

C’est précisément cette frontière que le journalisme doit maintenir.

Les noms qui circulent ne sont d’ailleurs pas limités à Mohamed Cheikh Biadillah. D’autres personnalités apparaissent dans les articles et sur les plateformes, avec des récits parfois présentés comme provenant de « coulisses » politiques. Mais la répétition d’une information sur plusieurs plateformes ne suffit pas à en faire une information indépendante, pas plus qu’elle ne prouve l’existence d’une décision prise au sein des institutions.

Le Groupe Soussi Média ne peut donc pas traiter ce type de circulation comme une information établie simplement parce qu’elle est largement reprise.

La répétition ne transforme pas une hypothèse en fait.

Mohamed Cheikh Biadillah dispose d’un parcours politique et institutionnel réel. Son nom peut donc légitimement faire l’objet d’une analyse. Mais affirmer qu’il sera le prochain Chef du gouvernement exige autre chose que l’addition de son expérience, de son parcours et de son profil : il faudrait une décision officielle, ou des éléments suffisamment solides établissant qu’il est effectivement devenu le choix retenu dans le processus constitutionnel.

Jusque-là, l’histoire demeure ouverte.

Il y a un parti arrivé en tête avec 97 sièges, une Constitution qui définit le cadre de nomination du Chef du gouvernement, un parti qui entre dans une nouvelle phase après une victoire électorale, et une personnalité expérimentée dont le nom revient avec insistance dans les discussions publiques.

Entre ces éléments subsiste une zone que les informations actuellement disponibles ne permettent pas de remplir.

C’est précisément cette zone que le suivi journalistique doit continuer à observer.

La question n’est donc pas encore de savoir si Mohamed Cheikh Biadillah est le prochain Chef du gouvernement.

Elle est de savoir si son nom relève seulement d’une réactivation médiatique d’un ancien parcours politique, ou s’il commence réellement à apparaître dans les calculs qui détermineront la composition du prochain exécutif.

La réponse ne viendra pas du nombre de publications consacrées à son nom.

Elle viendra des faits qui apparaîtront au fil des prochains jours.

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