jeudi, septembre 24, 2026
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Après les élections marocaines : qui entend le silence de ceux qui ont déserté les urnes ?

38,02 %. Un chiffre sorti des urnes marocaines le 23 septembre, mais qui ouvre un débat dépassant les résultats annoncés par le ministère de l’Intérieur. Lors des élections législatives de 2026, la participation est passée de 50,35 % en 2021 à 38,02 %, à un moment où le pays abordait le scrutin avec des questions sociales, économiques et politiques particulièrement lourdes.

Les élections législatives marocaines ont déjà connu de faibles taux de participation, notamment en 2007, lorsque celui-ci s’était établi autour de 37 %. Il convient donc de corriger l’affirmation selon laquelle le scrutin de 2026 serait le plus faible de toute l’histoire du Royaume. Il demeure toutefois, selon les données publiées, le niveau le plus bas depuis les élections de 2011, ce qui fait de ce chiffre un élément central de la lecture de la nouvelle étape politique.

Que signifie le fait que moins de quatre électeurs sur dix se soient rendus aux urnes ? S’agit-il d’un recul de l’intérêt pour les élections, d’une distance croissante entre le discours des partis et les attentes des citoyens, ou d’un ensemble de facteurs économiques, sociaux et politiques que l’on ne peut réduire à une seule explication ?

Le chiffre ne répond pas à ces questions à lui seul. Mais il rend leur évitement plus difficile.

Quand la carte politique change sans faire disparaître les questions

Le Parti authenticité et modernité (PAM) est arrivé en tête avec 97 sièges, suivi du Rassemblement national des indépendants (RNI) avec 66 sièges, puis de l’Istiqlal avec 65 sièges. Le Parti de la justice et du développement (PJD) retrouve une présence parlementaire avec 54 sièges, après en avoir obtenu 13 lors des élections de 2021.

Ces chiffres dessinent une carte différente de celle issue du scrutin précédent, sans pour autant donner à un parti la majorité absolue à la Chambre des représentants. Le prochain gouvernement devra donc s’appuyer sur une coalition, dans un contexte où la majorité parlementaire requiert 198 sièges sur 395.

Une autre phase de la vie politique marocaine commence ici. Les partis qui se sont affrontés pour obtenir les voix des électeurs vont désormais s’asseoir autour de la table des consultations. Leurs relations, les programmes susceptibles de les réunir et la répartition des responsabilités deviendront des éléments essentiels de la formation du gouvernement.

La proximité du nombre de sièges ne signifie toutefois pas nécessairement une convergence des positions ou des conditions de négociation. De même, les divergences apparues pendant la campagne ne rendent pas une coopération ultérieure impossible, pas plus qu’elles ne garantissent la cohésion d’une future coalition. Pour en juger, il faudra examiner les accords annoncés, le programme gouvernemental, puis la manière dont celui-ci sera mis en œuvre.

Les silencieux dont nous ignorons encore le message

À chaque élection, les absents des bureaux de vote laissent une large place aux interprétations. L’abstention peut exprimer une défiance, un manque de conviction à l’égard des choix proposés ou d’autres raisons liées aux conditions personnelles et sociales, voire à l’intérêt porté à la politique.

C’est pourquoi l’expression « parti des silencieux » demeure une métaphore journalistique, et non un parti constitué autour d’un programme commun et d’une position déclarée. Rien ne permet d’affirmer que tous ceux qui n’ont pas voté souhaitaient transmettre le même message.

Cela ne retire rien à la portée politique de la question. Les partis ne peuvent traiter le recul de la participation comme un chiffre dépourvu de signification. Des manifestations de jeunes et des revendications sociales liées à l’emploi, aux salaires et à la justice sociale ont précédé les élections. Ces dossiers ont été évoqués dans les reportages internationaux consacrés au scrutin, comme faisant partie du contexte auquel le prochain gouvernement devra faire face.

Ces questions sociales expliquent-elles directement l’absence de tous ceux qui n’ont pas voté ? Les résultats ne permettent pas de l’établir. Ils placent toutefois la relation entre les partis et les citoyens, ainsi que la manière dont les forces politiques répondent aux revendications sociales, parmi les enjeux qui accompagneront la prochaine étape.

Un nouveau gouvernement face à une ancienne épreuve

Les consultations gouvernementales se dérouleront dans le contexte d’une carte parlementaire renouvelée. Le parti arrivé en tête devra rechercher des partenaires pour constituer une majorité, tandis que les autres formations préciseront leurs positions sur le programme gouvernemental et la répartition des responsabilités.

L’enjeu ne concerne pas uniquement la formation du gouvernement, mais aussi ce qu’il fera une fois en place. Les dossiers présents dans le débat électoral, de l’emploi au pouvoir d’achat en passant par les services publics, resteront posés au-delà des salles de consultation.

Le futur gouvernement travaillera également dans le contexte des préparatifs liés à la Coupe du monde 2030, un chantier qui soulève des questions sur l’investissement, les opportunités d’emploi et la répartition des effets de la croissance.

Dans ce contexte, le citoyen est en droit de demander quelle différence existe entre ce qu’il entend pendant la campagne et ce qu’il constate après la formation du gouvernement. Mais la réponse ne viendra pas du discours seul. Elle apparaîtra dans les décisions et les résultats qui pourront être suivis et sur lesquels les responsables pourront être interpellés.

Après l’annonce des résultats

Les élections ont produit un nouvel ordre entre les partis et ouvert la voie aux consultations pour la formation du gouvernement. Elles ont également montré, à travers le taux de participation, qu’une part importante des électeurs inscrits ne s’est pas rendue aux urnes.

Ces données ne suffisent pas, à elles seules, à porter un jugement global sur le rapport des Marocains à la politique. Elles obligent toutefois les partis à intégrer la participation, la confiance et la représentativité parmi les questions auxquelles ils devront répondre au cours de la prochaine étape.

Ce qui donnera à ces questions leur portée réelle apparaîtra dans la manière dont le gouvernement sera formé, dans son programme, dans ses relations avec le Parlement et dans sa capacité à traiter les dossiers qui préoccupent les citoyens.

Le résultat électoral met fin au jour du scrutin, mais il ne clôt pas le débat sur ce que la société attend des institutions issues des urnes.

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