Journalisme du regard et de l’analyse approfondie | Lecture des déclarations de Mohamed Mehdi Bensaïd sur les salaires, les réformes sociales et les rapports de concurrence au sein du Parti authenticité et modernité.
La question posée par Mohamed Mehdi Bensaïd dans le débat électoral ne se limite pas au montant de 5 000 dirhams associé à la promesse d’augmentation du salaire minimum. Elle renvoie à une interrogation qui accompagne toute grande promesse sociale : qui en supportera le coût et comment passer d’une annonce politique à un engagement économique réellement applicable ?
Membre de la direction collective du Parti authenticité et modernité (PAM), Bensaïd a choisi, lors de son passage dans l’émission « La route vers les élections de 2026 », de distinguer son parti de la promesse d’un relèvement du SMIG à 5 000 dirhams. Il a précisé que le PAM n’avait pas inscrit cet engagement dans son programme électoral, en insistant sur les difficultés que pourraient rencontrer les très petites, petites et moyennes entreprises pour supporter un tel niveau de rémunération.
La distinction formulée par Bensaïd compte dans la lecture du discours du PAM : selon ses déclarations, le parti ne s’oppose pas au principe d’une augmentation du salaire minimum, mais interroge la capacité des entreprises à en assumer le coût. Cette position ouvre un débat sur le rapport entre le revenu attendu par le salarié, la marge financière de l’entreprise et les effets possibles sur l’emploi. Pour passer du positionnement politique à une évaluation vérifiable, il faudrait toutefois disposer de données et d’études.
Le pouvoir d’achat comme alternative à l’augmentation directe des salaires
Bensaïd présente, en parallèle, une conception différente de la manière de soutenir le citoyen sur le plan économique. Au lieu de limiter le débat à une hausse directe du salaire minimum, il évoque des propositions figurant dans le discours du parti, notamment le relèvement du minimum de retraite à 3 000 dirhams et l’exonération de l’impôt sur le revenu pour certaines catégories de fonctionnaires et de cadres, afin de leur permettre de disposer d’un revenu mensuel supplémentaire.
Selon le raisonnement qu’il a exposé, l’amélioration du pouvoir d’achat pourrait soutenir la consommation et offrir aux entreprises de meilleures possibilités de bénéficier de la demande intérieure, ce qui pourrait contribuer à l’emploi. Il s’agit toutefois d’une conception économique défendue par le parti, et non d’un résultat démontré par la seule annonce des mesures. L’effet réel d’une exonération fiscale ou d’une hausse de revenu dépend de la conception du dispositif, de son coût pour les finances publiques et du comportement des ménages et des entreprises.
Un point mérite ici d’être vérifié dans le programme électoral lui-même. Des articles de presse ont fait état de la présentation, par le PAM, le 1er septembre, d’un programme doté d’une enveloppe d’investissement avoisinant 350 milliards de dirhams sur cinq ans, avec des engagements portant notamment sur le minimum de retraite et des mesures fiscales. La déclaration rapportée de Bensaïd dans l’émission évoque, quant à elle, l’exonération de l’impôt sur le revenu pour les fonctionnaires et cadres percevant moins de 12 000 dirhams. D’autres articles ont mentionné un plafond de 15 000 dirhams. Les seuils exacts doivent donc être confrontés au document officiel du programme, d’autant que la différence concerne directement l’estimation du nombre de bénéficiaires et du coût de la mesure.
Écoles pionnières : la réforme face à l’épreuve de l’évaluation
Dans le domaine de l’éducation, Bensaïd est passé de la défense des réformes à la reconnaissance de remarques appelant une évaluation. Il a évoqué des observations soulevées au Parlement ainsi que des mères rencontrées durant la campagne électorale, qui affirment ne pas avoir constaté d’amélioration dans les performances de leurs enfants.
Ces témoignages, tels qu’ils ont été rapportés dans la déclaration, ne suffisent pas à eux seuls pour juger les résultats de l’expérience des écoles pionnières. Ils permettent néanmoins de comprendre pourquoi Bensaïd appelle à une évaluation objective, d’autant qu’il a indiqué que le parti avait élaboré un rapport interne avec la participation d’enseignants concernés par le sujet.
D’après sa présentation, ce rapport fait apparaître deux lectures. La première estime que l’effet réel de la réforme devrait être mesuré à une étape ultérieure du parcours scolaire, lorsque les élèves actuellement bénéficiaires de l’enseignement préscolaire atteindront le collège. La seconde invite à ne pas attendre trop longtemps et à examiner dès maintenant la trajectoire de l’expérience.
La divergence porte sur le calendrier de l’évaluation, mais elle concerne aussi la manière de conduire la réforme. Une évaluation différée peut permettre d’observer des effets à long terme, tandis qu’une évaluation intermédiaire donne la possibilité de détecter les dysfonctionnements et d’ajuster les pratiques avant qu’ils ne s’étendent. Aucune de ces deux approches ne peut toutefois être tranchée à partir de la seule déclaration : il faudrait des critères précis et des résultats comparables.
Des données officielles existent, par ailleurs, dans le discours gouvernemental sur les effets des écoles pionnières. En juin 2026, le chef du gouvernement a présenté des résultats qu’il a qualifiés de positifs, en s’appuyant sur des évaluations réalisées par des institutions nationales et des organismes indépendants. Le débat ne devrait donc pas se limiter aux impressions rapportées par les familles ou aux positions partisanes. Il suppose de confronter ces données à des évaluations indépendantes et méthodiques, en précisant ce que mesure chaque étude, à quelle date elle a été menée et sur quel échantillon.
Mansouri et Lekjaa : de la rumeur de concurrence à la règle de l’article 47
La partie politique de l’intervention de Bensaïd s’est orientée vers une question plus sensible au sein du parti : les informations faisant état de deux courants, l’un soutenant Fatima Zahra Mansouri pour la présidence du gouvernement et l’autre appuyant Fouzi Lekjaa.
Sa réponse a été directe : « Si c’est ainsi, personne n’a lu la Constitution. » Il a ensuite invoqué l’article 47 de la Constitution marocaine, qui prévoit la nomination par le Roi du chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants, sur la base de leurs résultats.
La disposition constitutionnelle définit le cadre de nomination du chef du gouvernement. Elle ne règle toutefois pas, à elle seule, l’ensemble des arrangements politiques susceptibles de précéder ou de suivre cette nomination. Quant à l’existence de deux courants au sein du PAM, Bensaïd n’a pas présenté cette hypothèse comme une réalité organisationnelle établie. Il a insisté sur le fait que Mansouri, Lekjaa et les autres militants s’inscrivaient dans un même cadre de direction.
Il a parlé d’une « trêve positive » que le parti connaîtrait depuis 2020, en la reliant à la possibilité de renforcer sa construction organisationnelle, après des années de conflits qui, selon lui, avaient empêché l’achèvement de ce chantier. Bensaïd présente cette entente comme un facteur susceptible de contribuer à la résolution du problème de confiance entre le citoyen et l’acteur politique.
Le discours sur l’entente organisationnelle reste cependant distinct d’une autre épreuve politique : comment le parti gérerait-il les concurrences internes autour des postes et des orientations si les résultats électoraux imposaient de nouveaux arrangements ? La déclaration ne répond pas à cette éventualité et ne suffit pas à établir l’existence ou l’absence de divergences à l’avenir.
L’alliance avec le RNI : ambition électorale et limites de la riposte politique
Sur la question d’une alliance avec le Rassemblement national des indépendants (RNI), Bensaïd a déclaré avoir soutenu la position exprimée auparavant par Fatima Zahra Mansouri, lorsqu’elle avait affirmé ne pas être personnellement concernée par une alliance avec les indépendants si ceux-ci arrivaient en tête des élections.
Bensaïd a relié cette position à ce qu’il a décrit comme des « attaques » visant le PAM après l’expression de son ambition de diriger le gouvernement. Il a estimé que son parti, comme les autres formations, avait le droit d’aspirer à arriver en tête du scrutin et qu’il n’était pas justifié, selon lui, de l’attaquer pour cette ambition.
Il a également critiqué l’emploi de termes sportifs dans le champ politique, en faisant référence à des débats apparus après l’arrivée de Fouzi Lekjaa au parti, avant la circulation d’une fuite attribuée à Rachid Talbi Alami au sujet d’une éventuelle nomination de Lekjaa au ministère des Finances dans le prochain gouvernement. La fuite, telle qu’elle est rapportée dans la matière initiale, est attribuée à son auteur présumé et ne permet pas, à elle seule, d’établir une décision politique ou un arrangement gouvernemental arrêté.
Bensaïd n’a pas présenté, dans cette intervention, de détails sur un programme de négociation concernant les alliances. Il n’a pas non plus défini de conditions institutionnelles ou politiques permettant de lire la position du parti après les élections. Il a confirmé que le PAM voulait voir son ambition électorale considérée comme un droit légitime et qu’il ne jugeait pas conforme à ce qu’il appelle l’éthique politique le fait de l’attaquer pour cette ambition.
Que révèle cette déclaration sur le discours du PAM ?
Les positions de Bensaïd se répartissent entre trois domaines liés : la promesse sociale, l’évaluation de l’action publique et la gestion de la concurrence politique. Sur les salaires, il place la capacité de mise en œuvre et le coût de la mesure pour les entreprises au centre du débat. Sur l’éducation, il ouvre la voie à une évaluation tout en reconnaissant que la réforme se poursuit. Sur la présidence du gouvernement et les alliances, il insiste sur l’unité du parti et sur son droit à la compétition.
Ces positions ne fournissent pas, à elles seules, de preuve sur la manière dont chaque engagement serait appliqué ni sur les résultats qu’il pourrait produire. Elles permettent toutefois de préciser les questions que Bensaïd souhaite soumettre aux électeurs dans les derniers jours de la campagne : qui supportera le coût des promesses sociales ? Comment mesurer les résultats des réformes ? Et quelles sont les limites de la concurrence au sein du parti et entre les formations politiques ?
L’épreuve concrète de ces conceptions restera liée au programme écrit, aux chiffres qui le soutiennent, puis à la capacité de transformer les engagements en décisions mesurables après le scrutin électoral.


